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Free North Korea Radio, les ondes de la défiance et de la méfiance

Dans le studio de Free North Korea Radio, Séoul, septembre 2018

On retrouve un micro dans le studio de Free North Korea Radio, à Séoul.

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Anyck Béraud

À Séoul, une radio s'est donné comme mission de « propager la vérité pour libérer les Nord-Coréens ». Elle a été fondée par un ancien général qui a fait défection dans les années 1990. Il suit avec beaucoup de méfiance le rapprochement actuel entre les deux Corées.

Le logo de la Free North Korea Radio dans le studio de la station, à SéoulAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le logo de la Free North Korea Radio dans le studio de la station à Séoul. Septembre 2018.

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Pas d’affiche. Aucun nom sur la sonnette. De grandes baies vitrées opaques, au fond d’un couloir d’un édifice de la capitale sud-coréenne. Rien n’indique que derrière la porte se trouve la Free North Korea Radio (FNKR). Mais c’est bien là que nous avons rendez-vous.

Ce matin-là, les locaux sont presque vides. Une journaliste enregistre un bulletin de nouvelles dans l’unique studio. Notre niveau de coréen, quasi inexistant, nous permet seulement de capter le mot « Pompeo », le nom du Secrétaire d’État américain très engagé dans le dossier nord-coréen. Il y a une heure de programmation par jour.

Une employée fait du montage sonore dans le studio de la Free North Korea Radio, à Séoul.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

En montage. Free North Korea Radio, Séoul. Septembre 2018

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Et pour rejoindre les Nord-Coréens – toute communication est interdite entre les deux Corées –, l’émission est envoyée par fichier à une firme américaine. Puis, elle est relayée par des antennes en Russie ou encore à Taïwan, explique Kim Seong-min, le fondateur et directeur. Il dit vouloir rester vague, par mesure de sécurité.

Stratagèmes pour rejoindre l’auditoire en Corée du Nord

Il nous montre aussi divers modèles de petites radios, distribuées clandestinement par milliers en Corée du Nord. « Des particuliers et des organisations nous aident. On a reçu pendant un temps de l'argent des États-Unis, mais aujourd'hui ce sont surtout des fonds privés », explique-t-il.

Kim Seong-min a fondé cette station il y a une quinzaine d’années. C'est à cette époque que le gouvernement sud-coréen a arrêté d’émettre vers le Nord dans un esprit d’apaisement. Séoul et Pyongyang avaient alors repris le dialogue. Il soutient qu’il se devait prendre le relais, pour expliquer aux Nord-Coréens ce qui se passe vraiment chez eux. Non seulement avec des émissions d’information, mais aussi avec divers messages.

« Par exemple, il fallait dire aux Nord-Coréens que non, ce n’est pas vrai, vous ne serez pas tués après un interrogatoire une fois au Sud, si vous faites défection », assure-t-il.

Une des radios acheminées clandestinement en Corée du Nord.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Une des radios acheminées clandestinement en Corée du Nord. Septembre 2018, Séoul

Photo : Radio-Canada / Fredéric Lacelle

Kim Seong-min a fui le régime dans les années 1990. Il dit qu’il avait le grade de général. Son périple ressemble à un roman. Il explique qu'il s'est d'abord fait prendre en Chine. Il s'est évadé du train qui le ramenait à Pyongyang vers une exécution certaine. Puis, il a caché son identité en travaillant dans des mines chinoises. Par la suite, il a gagné la Corée du Sud grâce à un oncle et à un faux passeport.

Spécialiste de la propagande militaire, il voit d’un mauvais œil le rapprochement intercoréen. Il assure que Kim Jong-un trompe tout le monde. Comme son père avant lui.

On a vu ça à l'époque de son père. Pendant qu'on parlait de réconciliation, le régime nord-coréen se dotait de l'arme nucléaire.

Kim Seong-min, fondateur de Free North Korea Radio

Une programmation qui dérange en ces temps d’apaisement intercoréen

Free North Korea Radio occupe de nouveaux locaux depuis deux mois. Son fondateur affirme qu’il n’a pas été facile de trouver un nouvel endroit. « Il a fallu changer notre nom pour éviter d’essuyer des refus », dit-il. Il soutient que la programmation de la station dérange aussi en Corée du Sud, pas qu’en Corée du Nord, particulièrement lors des périodes d’apaisement intercoréen, porteuses d’espoir pour une partie de la population.

Des gens pro-Corée du Nord nous disent que nous nuisons à la paix de la péninsule coréenne parce que nous irritons Pyongyang. Il y avait des manifestations presque chaque jour devant notre édifice.

Kim Seong-min, fondateur de Free North Korea Radio

Il assure que sa famille et lui ont souvent été menacés au téléphone et par courriel. Des colis leur ont été livrés, leur contenu variait, parfois une hache, ou encore, des rats crevés. Les locaux de Free North Korea Radio sont protégés en permanence. On sent bien que les deux hommes très courtois, au sourire poli et assis tout près de la porte d’entrée, tiennent les visiteurs à l’œil.

Anyck Béraud est correspondante de Radio-Canada en Asie.

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