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Incertitudes pour une future entrepreneuse de cannabis

Mireille Tessier se tient debout dans le local de son futur commerce de cannabis dans le sud d'Edmonton.
À 34 ans, Mireille Tessier a décidé de quitter Montréal avec son mari et leur fils de 8 ans pour tenter l'aventure de la ruée vers l'or vert en Alberta. Photo: Radio-Canada / Axel Tardieu
Radio-Canada

À un mois de la légalisation du cannabis à usage récréatif, certains futurs commerçants s'inquiètent à Edmonton. Parmi les 63 gagnants du permis de vente à la loterie municipale, Mireille Tessier, originaire de Montréal. La transition de vie qu'elle est en train de mener est semée d'incertitudes et d'embûches.

Un texte d'Axel Tardieu

« L'ambiance qu'on veut avoir, c'est un peu comme une maison de thé, avec un sentiment de calme », explique Mireille Tessier, souriante. Même si le local de 350 mètres carrés, situé au sud d'Edmonton, est encore vide, l'entrepreneuse en herbe a eu le temps de tout imaginer. Ouvrir une boutique de cannabis, c'est une idée qu'elle caresse depuis deux ans.

Ancienne artisane en confiserie et directrice marketing, la femme de 34 ans a décidé de quitter Montréal avec son mari et leur fils de 8 ans pour tenter l'aventure de la ruée vers l'or vert en Alberta.

Estimant que le marché en Colombie-Britannique était déjà trop saturé et voyant que celui du Québec sera géré par le secteur public, Mireille Tessier tente d'abord sa chance au Manitoba.

Une carte du Canada avec les provinces du pays en différentes couleurs selon leur modèle de venteUne carte des modèles de vente du cannabis au Canada Photo : Radio-Canada

« Finalement, on n'a pas été parmi les quatre entreprises acceptées. Donc, on a choisi l'Alberta. Le système de tirage à la loterie à Edmonton a grandement guidé notre choix final », avoue-t-elle.

Les embûches commencent

Trouver un local immobilier et une banque qui accepte de collaborer avec un futur commerce de cannabis n'a pas été facile, surtout pour les petits entrepreneurs.

« Les grosses entreprises avaient déjà fait des ententes avec des promoteurs immobiliers, mais, avec nous, les bailleurs étaient frileux parce que le cannabis est encore très stigmatisé », explique la future dirigeante de la boutique Daikoku.

Mireille Tessier passe le balais au milieu de son local vide au sud d'Edmonton.Locations du local, honoraires d'avocat, de notaire et de comptable... 75 000 $ ont déjà été investis par la famille. Photo : Radio-Canada / Axel Tardieu

Une fois son dossier prêt à être envoyé à la Ville et la loterie gagnée, tout s'accélère. « On a eu l'appel le 23 juin. J'étais ici le 24. J'ai passé mon entrevue le 25 et, à minuit, je retournais à Montréal pour préparer notre départ permanent », explique, tout sourire, Mireille Tessier.

Mais le plus long qui reste à faire, c'est d'obtenir l'accord de la Commission pour les jeux et l'alcool de l'Alberta (AGLC), l'organisme qui doit vérifier les casiers judiciaires et les états financiers des demandeurs.

Trois mois d'attente

Si les services de la Ville d'Edmonton se sont avérés « efficaces et humains », selon elle, ceux de la Commission ne montrent plus longs. « Ils ont accusé réception de notre dossier il y a trois mois, mais ils ont confirmé ne pas l'avoir encore ouvert... VCela nous empêche de dormir parfois, mon partenaire d'affaires et moi », dit Mireille Tessier.

Pendant ce temps, les dépenses s'accumulent. Locations du local, honoraires d'avocat, de notaire et de comptable... En tout, 75 000 $ ont déjà été investis par la famille. Lorsque le dossier sera complètement accepté, ce sont près de 350 000 $ qui devront s'ajouter, cette fois-ci avec l'aide d'une banque.

Un pari accompagné de doutes dans une nouvelle industrie qui s'apprête à franchir le pas de la légalité. Mireille Tessier vient à peine de recevoir les prix pratiqués en gros par l'AGLC, à qui les futurs commerçants albertains devront acheter le cannabis. Mais elle n'a aucune idée des prix de vente autorisés, ni du montant de la taxe pratiqué.

Les lois seront en place le 17 octobre, mais la plupart des magasins ne seront pas ouverts. Tout ce qu'on peut faire, c'est se tenir le plus prêt possible.

Mireille Tessier, entrepreneuse

Une pierre a été lancée sur la vitrine de son local après l'annonce de son tirage au sort à la loterie municipale. Cela a renforcé ses inquiétudes. « On est un peu paranoïaque », avoue la chef d'entreprise.

La vitrine brisée du local de la future entreprise Daikoku au sud d'Edmonton.Une pierre a été lancée sur la vitrine du local après l'annonce du tirage au sort de Mireille Tessier à la loterie municipale. Photo : Radio-Canada / Axel Tardieu

« On se demande toujours comment le crime organisé va réagir et comment ils vont approcher les commerçants », précise-t-elle. Dans son plan d'affaires, une dizaine de caméras de surveillance est prévue.

Alberta

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