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Des gens passent la nuit dehors pour parrainer des réfugiés

Des citoyens assis sur des chaises de camping sur un trottoir, à Montréal, devant un édifice.

Des citoyens ont passé la nuit à l'extérieur du bureau du ministère de l'Immigration, à Montréal, afin de déposer leur dossier de parrainage de réfugiés.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2018 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

De nombreuses personnes ont passé la nuit de dimanche à lundi sur le trottoir, à l'extérieur des bureaux du ministère de l'Immigration du Québec, dans le Vieux-Montréal, dans l'espoir de déposer un dossier de parrainage de réfugiés. Le gouvernement a limité les places, parce que la demande est trop grande.

« C’est stressant et c’est une drôle de façon de faire », se désole Catherine Bellazzi, qui a passé la nuit, sans dormir, sur une petite chaise de camping. « Il y a des gens qui sont prêts à déposer et qui vont arriver, et ça va être fini. »

Catherine BellazziAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Catherine Bellazzi a déjà parrainé des réfugiés syriens. Elle vient déposer une nouvelle demande pour la sœur de l'un d'entre eux.

Photo : Radio-Canada

Mme Bellazzi s’est mise dans la file à 17 h dimanche. Son conjoint était passé à plusieurs reprises dans la journée, aussi tôt qu’à 10 h du matin, pour voir si la file commençait à se former. Ils ont été les cinquièmes en ligne. « On est corrects, c’est fait », a-t-elle dit, soulagée, une fois la demande déposée.

Formalité administrative oblige, c’est un courrier professionnel d’un service de messagerie qui devait déposer la demande, et personne d’autre. Mme Bellazzi a donc fait la file d’attente… pour le messager, qui est entré dans l'édifice et en est sorti avec son enveloppe. Tout le monde a fait de même.

« On se sent un peu démunis. On ne pouvait pas juste envoyer un courrier à 8 h 30! On ne savait pas si on allait être reçus, peut-être qu’il n’y aurait plus de place. Donc, on s’est dit qu’on allait venir faire la file, et qu’on allait passer l’enveloppe à notre courrier », dit Mme Bellazzi.

Une employée d'un service de messagerieAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Toutes les demandes ont dû être présentées par courrier.

Photo : Radio-Canada

Trop de demandes

Si les parrains de réfugiés ont ainsi fait la file, c’est parce que le ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion du Québec (MIDI) a rouvert lundi son Programme de sélection des personnes réfugiées à l’étranger, qu’il avait suspendu il y a plus d’un an et demi, en janvier 2017. Mais en vertu d’un arrêté ministériel promulgué en juillet, des quotas serrés ont été établis.

Le Ministère explique qu’il doit limiter les dossiers qu’il accepte, car il y en a trop déjà en attente.

Québec admet environ 4400 réfugiés par année, précise le Ministère, citant la cible de 2018. Or, il y a déjà 12 500 personnes qui ont été acceptées à titre de réfugiés dans les dernières années, et qui attendent leur tour, quelque part dans le monde, pour venir au Québec. Il faudra de deux à trois ans pour absorber ce nombre.

D’où l’idée de limiter les nouvelles demandes. « Il s'agit d'une décision responsable qui vise principalement à maintenir notre engagement humanitaire tout en freinant la prolongation des délais avant l'arrivée au Québec des personnes parrainées », dit le MIDI.

Différents quotas pour différentes catégories

Différents groupes peuvent déposer des demandes de parrainage collectif. Ils sont catégorisés en organismes « expérimentés » ou « réguliers », et encore subdivisés à Montréal ou en région. Il y a aussi une catégorie pour les simples citoyens, qui peuvent former des groupes de deux à cinq parrains.

Et dans chacune de ces catégories, le nombre de dossiers admis est limité. Ce sont 750 dossiers qui pourront être reçus au total, issus de l'ensemble des catégories.

Mme Bellazzi, par exemple, dépose un dossier dans la catégorie des groupes de citoyens-parrains. Seules 100 demandes seront étudiées dans cette catégorie.

Nous, on fait ça pour aider, mais ce ne sont pas des gens que je connais personnellement. Il y a des gens qui sont là pour leur famille. Si tu viens pour ton frère, tu vas être prêt à tasser les gens pour être dans les 100 premiers. J’avais peur que ça devienne très émotif, très physique.

Catherine Bellazzi

Finalement, tout s’est passé sans anicroche. Les gens ont même sympathisé dans les heures creuses de la nuit.

Pas assez de place

Asma Al-ShawarghiAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Asma Al-Shawarghi est bénévole pour une organisation d'accueil de réfugiés. La sélection des 10 dossiers retenus par son équipe a été difficile, dit-elle.

Photo : Radio-Canada

Les nouveaux quotas ont été crève-cœur pour différentes associations, comme le Refugees Sponsorship of Greater Montreal (RSMG). Asma Al-Shawarghi, qui y est bénévole, dit avoir passé les trois dernières nuits sans dormir, afin de préparer les 10 dossiers auxquels son organisme a droit.

« Ça fait mal, c’est vraiment émotionnel de devoir choisir parmi des centaines de dossiers, confie-t-elle. Vous devez choisir le futur de ces familles, la vie de ces familles. J’ai eu le plus gros mal de tête de ma vie. »

Nicolas Nour, qui fait du bénévolat pour une église du nord de Montréal, s’est organisé avec cinq autres membres de son comité afin qu'ils se relaient les uns les autres devant le ministère depuis dimanche après-midi.

Son organisme peut aussi présenter 10 dossiers, qui ont été sélectionnés sur la base du premier arrivé, premier servi. « Nous en avons beaucoup plus », dit-il.

Des délais qui font mal

Sylvain ThibaultAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Sylvain Thibault, responsable du volet parrainage des réfugiés, à la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes

Photo : Radio-Canada

La Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (TCRI) se réjouit de voir l’intérêt des simples citoyens et des organismes pour le système de parrainage.

Lors du pic de la crise des réfugiés syriens, au tournant de 2015-2016, un grand nombre de citoyens ont agi comme parrains, par solidarité. Aujourd’hui, ce sont plutôt des gens qui ont un lien de parenté avec les réfugiés qui sont prêts à agir comme parrains, note Sylvain Thibault, responsable du volet parrainage des réfugiés au sein de la TCRI.

« L’engouement s’est perdu un peu » avec la suspension du programme en 2017, dit-il.

Cette année-là, le Canada visait l’accueil de 40 000 réfugiés.

La TCRI espère que les délais de traitement des dossiers seront plus rapides. Dans les camps, comme en Jordanie ou en Turquie, « la vie des réfugiés, c’est une vie qui devient de plus en plus difficile, dit M. Thibault. Avec le temps, l’argent manque, il y a des problèmes de santé, les enfants ne sont plus à l’école. »

« Quand ils arrivent ici, ils sont plus malades, les enfants ont manqué deux à quatre ans d’école. Plus vite se fait le traitement des dossiers, plus les personnes qui arrivent ici ont de la facilité à s’intégrer, parce qu’elles ont moins de retard et moins de problèmes de santé », explique M. Thibault.

Avec des informations de Marie-Claude Morin et de Jay Turnbull

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