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Débat en anglais : Legault ciblé au sujet de l'immigration

François Legault, avec les mains levés comme s'il montrait le chiffre 6, échaange avec Philippe Couillard sur un plateau de télévision.
François Legault et Philippe Couillard ont eu des échanges musclés au sujet de l'immigration au cours du débat. Photo: La Presse canadienne / Allan McInnis
Radio-Canada

Le deuxième débat de la campagne électorale québécoise, qui se déroulait en anglais, une première depuis 1985, s'est concentré sans surprise sur le sujet de l'immigration, dans des échanges qui ont vu le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, faire l'objet de tirs croisés de ses adversaires.

Un texte de Marc-Antoine Ménard et Yannick Donahue

C'est dans un volet consacré d'abord à l'économie que le sujet de l'immigration s'est imposé, lundi soir. Le chef du Parti libéral, Philippe Couillard, a accusé son adversaire caquiste de nier, par sa promesse de réduire les seuils d'immigration, l’existence du problème de la pénurie de main-d'œuvre. M. Couillard a reproché à M. Legault d'être mal informé.

François Legault a répliqué avec une statistique qu'il évoque constamment, soit que 26 % des immigrants finissent par quitter le Québec. « Pouvez-vous admettre que c’est un échec de votre gouvernement? », a-t-il demandé au chef libéral.

« Pas du tout, a nié M. Couillard. Ce à quoi nous assistons ici est que M. Legault tente de trouver une excuse pour décroître l’immigration pour une quelconque raison, un quelconque problème qu’il a avec les immigrants. »

Le chef libéral a souligné que le taux d’immigrants qui quittent le Québec n'est pas si différent de celui dans les autres provinces. Le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, a rétorqué : « Le nôtre est plus élevé. C’est plus élevé que la plupart. Avouez-le. Nous ne faisons pas aussi bien. »

M. Couillard reproché à M. Legault de faire peur au monde avec les tests de valeurs et de français qu'il compte imposer aux immigrants trois ans après leur arrivée, que le chef libéral qualifie de « tests d’expulsion ».

Je lui ai demandé à propos d’une famille, l’autre jour, ce qu’il ferait si le père échouait son examen. Il ne pouvait pas répondre. J’imagine que vous allez juste les conduire au pont Macdonald-Cartier, vous allez les déposer au pont Macdonald-Cartier à Hull, en disant ce que vous voulez pour vous en débarrasser.

Philippe Couillard, s'adressant à François Legault

M. Legault a répliqué que le gouvernement fédéral imposait déjà des tests de français, d’anglais et de culture générale aux immigrants.

Pourquoi êtes-vous contre le fait que le gouvernement du Québec oblige pareils tests?

François Legault, s'adressant à Philippe Couillard

Le chef péquiste est aussitôt intervenu pour condamner le sort qui serait réservé aux immigrants qui ne rempliraient pas les exigences d’un éventuel gouvernement caquiste. « Vous demanderiez au gouvernement fédéral de les expulser, a-t-il dit. C’est votre position. C’est épouvantable. Votre position est épouvantable. »

« Vous faites pire que lui! », a lancé le chef péquiste en montrant du doigt son adversaire libéral. « Vous en connaissez si peu sur l’immigration, c’est surprenant que vous en fassiez votre enjeu principal », a asséné Jean-François Lisée à son adversaire caquiste, qui a peiné à expliquer le processus d'immigration pendant toute la fin de semaine.

François Legault s’en est pris à M. Lisée au sujet de sa promesse d’obliger les immigrants à passer avec un succès un examen de français avant de venir s’établir au Québec. « Vous allez refuser des gens avec plusieurs qualifications, des ingénieurs provenant de divers pays, parce qu’ils ne parlent pas le français », a-t-il dit.

Le chef péquiste s'est défendu en disant que le Royaume-Uni procédait de cette manière et que le Québec, par son « programme de talents internationaux », pourrait tout de même recruter ces ingénieurs, à qui on apprendrait le français après leur arrivée. M. Legault l'a accusé d'avoir changé d'idée, ce à quoi M. Lisée a rétorqué que son adversaire caquiste aurait compris « s'il avait fait ses lectures ».

« Nous avons besoin d’un nouvel objectif, nous avons besoin de soutenir ceux qui choisissent de s’établir au Québec, a encore ajouté le chef de la CAQ. Le reste est juste un écran de fumée qui a donné de mauvais résultats. »

« C’est inquiétant de vous entendre parler d’immigration comme vous le faites », a lancé Philippe Couillard. « Vous ne pouvez pas discuter calmement d’une meilleure intégration », lui a répondu François Legault. « Je vous dirai très calmement que vos politiques ne sont pas acceptables », a réitéré le chef libéral.

La co-porte-parole de Québec solidaire, qui a peiné à se faire entendre au cours du débat en raison, de son propre aveu, de son manque d'aisance en anglais, a rappelé la promesse de son parti d'assurer que 25 % des nouvelles embauches dans la fonction publique seront réservées à des personnes issues de minorités.

« Aucun d’entre eux n’a été capable d’appuyer une commission sur la discrimination systémique », a ajouté Manon Massé, qui a promis une telle démarche si son parti prenait le pouvoir.

Manon Massé, Jean-François Lisée, François Legault et Philippe Couillard, sur un plateau de télévision.Manon Massé, Jean-François Lisée, François Legault et Philippe Couillard ont participé à un premier débat des chefs en anglais depuis le duel radiophonique de 1985 entre Robert Bourassa et Pierre Marc Johnson. Photo : La Presse canadienne / Allan McInnis

Commissions scolaires et maternelles 4 ans

Les quatre candidats au poste de premier ministre se sont fait demander quels moyens ils prendraient pour que les anglophones du Québec ne se sentent pas comme des citoyens de seconde classe.

« Un gouvernement de la CAQ va respecter les droits des anglophones à être servis dans le domaine de la santé et de l’éducation, a déclaré François Legault. Il faut écouter les propositions formulées par les institutions anglophones afin de bâtir des politiques pour l’ensemble de la population. »

Le chef du PLQ a pris la balle au bond et a reproché à M. Legault de vouloir abolir les commissions scolaires. Il lui a reproché de parler des deux côtés de la bouche. M. Couillard s’est dit fier d’avoir permis aux communautés anglophones de garder le pouvoir sur leurs hôpitaux.

François Legault s’est défendu en disant qu’il existe neuf commissions scolaires anglophones et que celles-ci seront remplacées par neuf centres de services anglophones. « Ce que nous voulons, c’est d’arrêter de dépenser 20 millions de dollars pour des élections où moins de 20 % [des gens] votent. Nous voulons avoir les parents des différentes écoles décider qui seront leurs représentants dans les centres de services », a-t-il riposté.

« Nous voulons décentraliser. Il y a trop de centralisation au sein des commissions scolaires. Il faut décentraliser aux parents et aux enseignants dans chacune des écoles », a-t-il précisé.

M. Legault a à son tour accusé M. Couillard d'avoir voulu abolir les commissions scolaires il y a trois ans. « Mais nous ne l’avons pas fait, a rétorqué ce dernier. Nous avons changé d’idée. »

M. Couillard et M. Legault ont aussi eu un échange au sujet de la maternelle 4 ans pour tous les enfants, une promesse phare de la CAQ en éducation. Au chef libéral qui lui reprochait de ne pas avoir chiffré cette promesse dans son cadre financier, François Legault a répondu : « Vous me dites que, dans le prochain mandat, c’est impossible d’offrir l’école à tous les enfants de 4 ans. »

Vous êtes un médecin, je suis un comptable agréé; je crois que je connais mieux les chiffres que vous.

François Legault, chef de la CAQ

Si mon comptable m’avait présenté cet exposé, je l’aurais congédié.

Philippe Couillard, chef du PLQ

Jean-François Lisée a souligné, quant à lui, que 40 % des Québécois n’auraient pas accès à la baisse de taxe scolaire promise par François Legault. « Vous désinformez les gens », a lancé le chef péquiste à son adversaire caquiste.

Enfin, François Legault a rappelé des propos de M. Lisée dans un blogue, en 2009, où il suggérait de fusionner les cégeps francophones et anglophones au Québec en un seul réseau où il y aurait prédominance du français. Dans la présente campagne, M. Lisée propose plutôt d'imposer aux étudiants des cégeps anglophones une session d'immersion en français, à la fin de leur parcours, pour parfaire leur connaissance de la langue de Félix Leclerc.

Les quatre chefs de parti ont tous promis de conserver le Secrétariat aux relations avec les Québécois d’expression anglaise, ce qui a forcé François Legault, qui a qualifié cette structure de « show de boucane », à tenter de nuancer sa position.

Nos journalistes Jérôme Labbé, Julie Marceau et Romain Schué, qui suivent respectivement les caravanes libérale, péquiste et caquiste, rendaient compte des propos des chefs tout au long du débat :

Les journalistes Debra Arbec, de CBC, et Mutsumi Takahashi, de CTV, avaient la tâche de modérer les échanges entre les chefs du Parti libéral, du Parti québécois et de la Coalition avenir Québec ainsi que la co-porte-parole de Québec solidaire, lundi soir.

Les derniers chefs politiques québécois à avoir participé à un débat dans la langue de Leonard Cohen étaient Robert Bourassa et Pierre Marc Johnson, dans les studios de la station CJAD, lors de la campagne de 1985 remportée par le chef libéral sur son adversaire péquiste.

Un premier débat télévisé en français a eu lieu jeudi dernier. Un autre débat en français, organisé par le réseau TVA, aura lieu jeudi soir.

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