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analyse

Trois sujets oubliés dans cette campagne électorale

Les quatre chefs des principaux partis prennent la pose sur le plateau du débat des chefs.
Jean-François Lisée, Philippe Couillard, Manon Massé et François Legault Photo: La Presse canadienne / Ryan Remiorz
Michel C. Auger

Nous avons dépassé la mi-campagne, le premier débat est chose faite. La semaine qui commence sera marquée par deux débats et le passage désormais obligé à Tout le monde en parle, il ne faut donc pas s'attendre à beaucoup de nouveaux engagements électoraux d'ici la fin. Et on peut déjà établir les sujets dont les divers candidats ont décidé de ne pas trop parler.

1. L’environnement

Bien sûr, Québec solidaire (QS) en a fait un de ses chevaux de bataille. C’était attendu, mais QS n’est pas, dans cette campagne, un parti qui aspire à former le gouvernement. Les trois autres ont littéralement choisi de ne pas en faire un enjeu majeur.

Le Parti québécois (PQ) a, comme à son habitude, pris le temps de déposer une plateforme assez élaborée, mais n’est guère revenu sur le sujet depuis la journée qu’il avait choisi de consacrer à ce sujet.

Il y a quelques mois encore, son chef, Jean-François Lisée, aimait répéter que « voter bleu, c’est voter vert », mais on dirait que depuis que le projet d’oléoduc Énergie Est a été abandonné, le PQ a lui aussi abandonné l’idée de faire de l’environnement un thème central de sa campagne.

Les nombreux revirements du PQ en matière d'environnement représentent son talon d'Achille. Personne n’oubliera qu’après avoir fait campagne, en 2012, pour faire sortir le Québec du pétrole, le même PQ, en 2014, voulait développer le potentiel pétrolier sur l'île d'Anticosti.

La Coalition avenir Québec (CAQ) a bien une plateforme environnementale, mais elle commence par l’idée de vendre plus d’hydroélectricité « verte », puisque le Québec a d’énormes surplus et qu’il faudrait construire des barrages sur des rivières de plus en plus éloignées et où les coûts de production seraient d’autant plus élevés. Et ça, M. Legault y tient.

Il est aussi le seul chef de parti à être prêt à recommencer la saga des forages sur l’île d’Anticosti. Comme il est celui qui promet le plus d’autoroutes, dont le fameux troisième lien entre Québec et Lévis.

Quant au Parti libéral du Québec (PLQ), il n’a pas publié de plateforme environnementale et répète que le passé est garant de l’avenir. Son site web renvoie essentiellement aux réalisations des gouvernements précédents.

On pourrait voir arriver une telle plateforme en fin de campagne, mais il est évident que, tout comme c'était le cas en 2014, les libéraux ont très clairement choisi de ne pas en faire un de leurs thèmes électoraux.

2. L’éducation postsecondaire

On pourrait croire que la campagne de 2018 va passer à l’histoire comme étant celle de l’éducation. Parce que pour l’école primaire et secondaire et même la maternelle, les partis ont donné dans la surenchère.

Cela va de construire « les plus belles écoles du monde » pour la CAQ au deuxième professeur en maternelle pour les libéraux et à une loi-bouclier pour protéger les budgets d’éducation pour le PQ. Toutes de bien belles idées.

Sauf qu’on a totalement oublié l’éducation supérieure. Comme si cela n’existait pas et que les cégeps et les universités ne connaissaient pas leur lot de problèmes.

La contribution du gouvernement québécois aux universités a été de 3,2 milliards de dollars en 2018, soit exactement le même montant qu’en 2012.

Quand le gouvernement se vante d’avoir réinvesti 1,5 milliard de dollars depuis six ans dans le réseau universitaire, il ne fait que confirmer qu’il y a eu des réductions budgétaires équivalentes pendant les années d’austérité.

Mais l’enseignement supérieur n’a pratiquement pas été mentionné par les partis politiques lors de cette campagne. On pourrait résumer la situation en citant le titre d’un communiqué des États généraux de l’enseignement supérieur qui demandait : « Faut-il rappeler aux chefs de parti que l’éducation ne s’arrête pas à 16 ans? »

3. La réforme du mode de scrutin

Trois des quatre chefs de parti disent que le scrutin du 1er octobre est « le dernier dans notre mode de scrutin actuel », comme le disait Justin Trudeau aux dernières élections fédérales. François Legault, en particulier, a répété plusieurs fois qu’il ne ferait pas comme le premier ministre fédéral et qu’il ne reculerait pas devant cette promesse.

On n’a toutefois guère discuté des modalités de cette promesse qui serait le plus grand changement non constitutionnel à notre système politique depuis la Confédération.

Surtout que les résultats de cette élection risquent de provoquer encore des débats sur la question. Surtout si on se retrouve, comme les sondages permettent de le penser, avec un gouvernement majoritaire qui aurait moins de 35 % du suffrage populaire.

Un gouvernement majoritaire pour quatre ans avec un mandat de juste un peu plus d’un électeur sur trois. Il n’est pas certain que le caucus du parti au pouvoir se découvrira un appétit de réforme du mode de scrutin qui l’aura porté au pouvoir. C'est ce qui s’était produit lorsque les gouvernements de René Lévesque, puis de Jean Charest, ont été élus en promettant la proportionnelle pour l’oublier aussitôt élus.

Reste que pour une réforme aussi importante, on en aura bien peu parlé, malgré les promesses faites avant la campagne par les trois partis d’opposition.

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