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La classe politique sommée de s'engager auprès des mères de famille monoparentale

Meilleur financement des ressources pour les mères de famille monoparentale réclamé
Radio-Canada

Immigrante et sans travail, Yenisley Mena-Groupierre craignait de finir dans la rue avec son bébé. Cinq ans plus tard, elle a remonté la pente grâce à projet d'habitation pour mères de famille monoparentale à Lévis. Mais pour qu'ils continuent à réaliser de petits miracles, ces organismes doivent être mieux financés, selon le Comité consultatif femmes.

Un texte d’Alexandre Duval

Originaire de Cuba, Yenisley vient rejoindre son mari au Québec en 2012. Six mois plus tard, la relation prend fin. À part sa petite fille à peine âgée d’un an, Yenisley ne connaît pratiquement personne. Soudainement, La Havane lui semble terriblement loin.

« J'arrive avec une fille, dans un grand pays, avec une autre langue, la culture complètement différente, pas de famille, pas d'amis, rien », illustre-t-elle.

Se trouver un toit devient une priorité, mais à chaque porte où elle frappe, on lui demande un endosseur. Elle n’en a pas.

Je ne connaissais personne ici! Ce n'est pas tout le monde qui veut être responsable et ce n'est pas tout le monde non plus qui veut te faire confiance.

Yenisley Mena-Groupierre

Après deux années d’instabilité, en processus de francisation, la vie place sur son chemin l’Espace Mélilot, à Lévis. Il s’agit d’un projet d’habitation qui comprend 18 logements subventionnés et qui accueille des mères de famille monoparentale en difficulté.

L'Espace Mélilot, à Lévis, comprend 18 logements pour accueillir des mères de famille monoparentale en difficultéL'Espace Mélilot, à Lévis, comprend 18 logements pour accueillir des mères de famille monoparentale en difficulté Photo : Radio-Canada / Alexandre DUVAL

Pour y entrer, les femmes doivent passer une entrevue et faire accepter un « projet de vie » qui démontre leur intention de retrouver une vie active, à l’école ou sur le marché du travail.

En décembre 2015, le projet de Yenisley est accepté. Une chance, confie-t-elle, car elle avait touché le fond du baril.

« Je vous avoue que je n'avais pas trop confiance en moi, surtout quand je faisais les démarches pour trouver un stage, un emploi, je ne réussissais pas. J'étais découragée. »

Vraiment quand je suis arrivée ici, c'est là que j'ai commencé à voir la lumière au bout du tunnel.

Yenisley Mena-Groupierre

Des portes tournantes

Des projets comme l’Espace Mélilot, il en existe une trentaine au Québec. Les femmes paient généralement 25 % du coût du logement, le reste étant assumé par la Société d’habitation du Québec.

« Ces femmes-là arrivent dans ces ressources-là et elles vivent des difficultés importantes, familiales », explique Céline Montesinos, membre du Comité consultatif femmes (CCF) en développement de la main-d’oeuvre.

Elles sortent parfois de situations personnelles très difficiles.

Céline Montesinos, membre du Comité consultatif femmes en développement de la main-d'oeuvre
Céline Montesinos, membre du Comité consultatif femmes en développement de la main-d'oeuvreCéline Montesinos, membre du Comité consultatif femmes en développement de la main-d'oeuvre Photo : Radio-Canada

Ces logements représentent toutefois une aide temporaire. Les femmes doivent respecter des règles et cheminer vers l’autonomie. À l’Espace Mélilot, par exemple, la durée maximale d’un séjour est de 36 mois.

Sur place, une intervenante sociale est donc chargée de suivre les femmes et de s’assurer de l’évolution de leur « projet de vie ».

Mais si les logements sont subventionnés par le gouvernement, les postes d’intervenants sont financés directement par des organismes à but non lucratif, affirme Mme Montesinos. Autrement dit, les budgets ne sont pas assurés.

Meilleur financement

Alors que la campagne électorale bat son plein au Québec, le CCF implore la classe politique à s’engager.

Selon Mme Montesinos, Québec doit créer un comité interministériel et mettre en place un financement annuel récurrent pour l’embauche et la rémunération des intervenantes dans les projets d’habitation.

C’est l’avenir des mères de famille monoparentale qui est en jeu, dit-elle.

« On a besoin de les accompagner dans un processus assez tranquille pour leur permettre, après, de se rétablir et d'envisager un retour sur le marché du travail, de reprendre en main leur autonomie. »

L’enjeu est réel : selon Statistique Canada, le taux d’emploi des mères de famille monoparentale avec un jeune enfant était de 61 % au Québec en 2016, comparativement à 71 % pour l’ensemble des femmes en âge de travailler.

Un effet d’entraînement

À l’Espace Mélilot, les femmes ont environ une rencontre par mois avec leur intervenante.

« Certaines auraient besoin de plus, surtout que quand les femmes arrivent ici, elles sont un peu déconstruites », affirme Annie Côté-Leroux, membre du conseil d’administration.

Annie Côté-Leroux, membre du conseil d'administration de l'Espace MélilotAnnie Côté-Leroux, membre du conseil d'administration de l'Espace Mélilot Photo : Radio-Canada

À son avis, plus l’aide psychosociale sera subventionnée généreusement, mieux les femmes seront suivies. Elles pourraient donc devenir autonomes plus rapidement et libérer leur logement pour d’autres femmes dans le besoin.

Les femmes plus soutenues pourraient laisser la chance à d'autres femmes de bénéficier d'un projet de vie également, parce que des projets comme ça, il n'en pleut pas au Québec.

Annie Côté-Leroux, membre du conseil d'administration de l'Espace Mélilot

Trois ans, et après?

Les trois années de Yenisley à l’Espace Mélilot arrivent à échéance en décembre. Elle se dit prête à voler de ses propres ailes.

« Ici, la plupart des femmes sont des Québécoises alors ça m'a permis de m'intégrer un peu plus. Aussi, les femmes ici, la plupart ont des enfants. Pour ma fille aussi, c'était une porte ouverte pour socialiser et s'intégrer. »

Aujourd’hui, Yenisley parle le français avec aisance et le comprend parfaitement. Depuis presque un an, elle a un travail qu’elle aime à l’Industrielle Alliance.

« J'ai retrouvé ma confiance, je me fais plus forte à chaque jour. Je vais quitter effectivement, mais mes racines sont ici », dit-elle, reconnaissante.

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