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La boulangerie dont Philippe Couillard parle partout où il va

Le couple prend la pose devant la devanture de leur commerce.

Lise Colletti et Jean-François Schoofs, propriétaires de la boulangerie Paingruël, rue Saint-Jean, à Québec.

Photo : Radio-Canada / Jérôme Labbé

Jérôme Labbé

Le chef libéral Philippe Couillard ne cesse d'évoquer une boulangerie où il s'est arrêté il y a deux semaines, à Québec, pour illustrer l'importance, selon lui, de mieux gérer – voire de rapatrier au Québec – le programme des travailleurs étrangers temporaires, qui relève du gouvernement fédéral. Nous avons rencontré ses propriétaires pour écouter leurs doléances.

« C’est Couillard qui est venu, mais ça aurait été n’importe quel autre chef, je lui aurais dit, hein! »

Lise Colletti, Française d’origine, n’a pas la langue dans sa poche. Elle et son mari, le Belge Jean-François Schoofs, ont racheté en 2007 la petite boulangerie artisanale Paingruël, juste à côté de la Caisse Desjardins de Québec, rue Saint-Jean.

Ici, on fait du pain, et que du pain; « pas de sandwichs », précise le couple. Deux boulangers français, embauchés grâce au programme des travailleurs étrangers temporaires, leur donnent un coup de main aux fourneaux – un labeur éreintant, qui commence en fin de soirée pour se terminer au petit matin.

Qu’est-ce que le programme des travailleurs étrangers temporaires?

Ce programme permet aux employeurs canadiens d’embaucher des étrangers pour combler des pénuries temporaires de main-d’oeuvre et de compétences lorsqu’ils ne peuvent trouver de citoyens canadiens ou de résidents permanents pour pourvoir ces postes. Ces travailleurs étrangers temporaires sont autorisés à travailler au Canada pendant un maximum de deux ans avant de devoir retourner dans leur pays d’origine. Il ne s’agit pas d’une procédure d’immigration à proprement parler, mais elle précède souvent une demande de résidence permanente.

Mme Colletti soupire. « On aimerait bien que ce soit des Québécois, mais on dirait que ça ne marche pas, constate-t-elle. Ils ne restent pas! Je m’excuse de dire ça, mais il n’y a pas de culture du pain, ici. »

Le problème, c’est que les permis de travail de ces deux boulangers français arrivent à échéance sous peu. Pour les renouveler, explique la boulangère, il lui faudrait produire une Évaluation de l'impact sur le marché du travail (EIMT) – un processus compliqué et coûteux, imposé par le gouvernement Harper en 2014.

« Comment voulez-vous qu’on fasse une étude d’impact de quelqu’un qui est déjà là depuis un an et demi, presque deux ans » pour tenter de prouver qu'il mérite de rester au Canada, demande Mme Colletti.

« Eh bien, on ne peut pas. On ne peut pas tabler sur quelque chose comme ça », tranche-t-elle.

Une situation « illogique », selon Couillard

Cette situation n’est pas normale, répète à qui veut l’entendre le chef libéral Philippe Couillard depuis qu’il s’est fait interpeller par la boulangère, le 1er septembre, lors de la Fête Arc-en-ciel de Québec. Il en a reparlé quelques jours plus tard, après son allocution devant l'Union des producteurs agricoles; vendredi encore, après sa rencontre avec le maire Régis Labeaume; et deux fois samedi, en promettant une formation plus adaptée aux besoins de la main-d’oeuvre.

Évoquant chaque fois l’étude d’impact pancanadienne exigée par le gouvernement fédéral et le coût des démarches – environ 2000 $ –, M. Couillard s’offusque du fardeau bureaucratique imposé à la boulangerie.

« C’est illogique, a-t-il laissé tomber vendredi. C’était peut-être une bonne façon de faire à l’époque où il y avait un problème de chômage au Canada, mais au Québec, ce n’est plus le cas. On est au plein emploi! »

Pour lui, l’exemple de la boulangerie Paingruël illustre bien le problème de la pénurie de main-d’oeuvre auquel se heurtent les petites entreprises, un enjeu qu'il juge à ce point important qu’il en a fait l’une de ses priorités en vue des élections du 1er octobre.

Questionné fréquemment sur les seuils d’immigration que la Coalition avenir Québec voudrait voir abaissés, M. Couillard répond depuis plus d’une semaine qu’il souhaiterait plutôt faire en sorte que le programme des travailleurs étrangers temporaires soit revu et amélioré… quitte à entamer des négociations avec Ottawa pour rapatrier le programme au Québec.

Ça, ce serait avantageux pour le Québec, d’obtenir ce programme-là!

Philippe Couillard, chef du PLQ

« On va leur faire part de cette demande-là, a-t-il expliqué vendredi. D’abord, on leur dit : "Êtes-vous capables de l’améliorer rapidement?" Sinon, on va le prendre en main. »

Les deux hommes marchent côte à côte.

Le chef libéral Philippe Couillard (gauche) et son candidat dans Taschereau, Florent Tanlet (droite), samedi matin, à la marina de Québec.

Photo : Radio-Canada / Danny Pilote

Mais le programme des travailleurs étrangers temporaires n’est-il pas, justement, une solution temporaire à un problème qui ne l’est pas?

« C’est une des solutions », assure Florent Tanlet – lui-même d’origine française –, candidat du Parti libéral dans Taschereau, la circonscription de la boulangerie Paingruël. « Mais pour moi, ça ne peut pas être que ça », ajoute-t-il, évoquant la facilitation de l’immigration économique, « pour que la personne obtienne sa citoyenneté ou sa résidence permanente » et la revalorisation de certains métiers.

Le programme des travailleurs étrangers temporaires, explique-t-il, « c’est comme un plaster : ça aide à la main-d’oeuvre qu’on cherche maintenant ».

Invités par Radio-Canada à commenter la proposition libérale de négocier avec Ottawa pour améliorer le programme des travailleurs étrangers temporaires ou le rapatrier au Québec, le Parti québécois et la Coalition avenir Québec ont préféré ne pas se prononcer.

Québec solidaire, pour sa part, a ironiquement souhaité « bonne chance » au chef libéral dans sa négociation, ajoutant que « seule l’indépendance du Québec [permettrait] de revoir les règles de ce programme ».

Son candidat dans Laurier-Dorion, Andrés Fontecilla, croit surtout qu’« il est urgent de réviser ce programme en profondeur pour donner plus de droits aux travailleurs étrangers ».

Mme Colletti montre la baguette à la caméra.

Une baguette spéciale, marquée du logo de la boulangerie Paingruël, par un boulanger employé grâce au PTET.

Photo : Radio-Canada / Jérôme Labbé

Mme Colletti et son mari sont découragés. « Je ne sais pas quoi faire! » laisse tomber la boulangère, à la toute fin de l’entrevue.

Une chose est sûre, cependant : pas question pour elle de jeter l’éponge.

« C’est quand même notre gagne-pain, ce sont nos économies qui sont ici… On ne veut pas fermer pour une chose aussi stupide! » s’exclame-t-elle.

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