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The Band a 50 ans : l'entrevue avec Robbie Robertson

Robbie Robertson en répétition avec des membres du groupe The Band dans une maison de Woodstock, dans l'État de New York.
Robbie Robertson (à la guitare) avec des membres du groupe The Band lors d'une répétition dans une maison de Woodstock, dans l'État de New York. Photo: http://elliottlandy.com / Elliott Landy
Radio-Canada

La légende musicale qui est passée à l'histoire avec son groupe The Band, Robbie Robertson, décroche le téléphone au studio The Village, dans West Los Angeles, où il travaille sur plusieurs productions.

Une entrevue de Louis-Philippe Ouimet

La réédition pour le cinquantième anniversaire du classique Music from Big Pink de The Band n’a pas fait l’unanimité parmi les critiques musicales. Certaines ont écrit qu’on ne touchait pas ainsi à des enregistrements qui ont traversé le temps. D’autres auraient aimé entendre davantage de prises inédites. Robbie Robertson assume les choix qu’il a faits pour ce nouveau mixage. Généreux, il a répondu à nos questions pendant une vingtaine de minutes. Nécessairement, l’entrevue a débuté par son éloge de Montréal, ville dans laquelle il a habité plusieurs années.

Louis-Philippe Ouimet (LPO) : Je crois que vous avez habité pendant plusieurs années à Montréal.

Robbie Robertson (RR) : Oh oui, j’ai passé beaucoup de temps à faire des aller-retour, même avant d’emménager à Montréal. Tout ça à cause de ma femme, Dominique. J’ai tellement aimé cette ville...

LPO : Pendant cette période des aller-retour, vous avez enregistré Music from Big Pink avec votre groupe The Band. Qu’est-ce que ça signifie, pour vous, de célébrer le 50e anniversaire de cet album en le rééditant?

RR : C’est très excitant, cette idée de jongler avec les années. Ça fait 50 ans! Ça me semble impossible! Mais c’est une belle célébration, en même temps, de se rappeler que tout ceci est arrivé pendant cette période où des musiciens ont été très inspirés par cette musique. Et je suis très fier de ça.

LPO : Justement, c’était une période très fertile pour les créateurs de musique.

RR : En 1968, c’était une période extraordinaire où toutes sortes de choses arrivaient. Tu ne pouvais pas t’empêcher d’être inspiré par tout ce qui se passait. Même si nous étions isolés dans les montagnes, l’assassinat de Martin Luther King, l’assassinat de Robert Kennedy, la guerre du Vietnam et le rejet du Canada de cette guerre... Toutes ces choses s’entremêlaient dans nos esprits. Je pense que les autres musiciens de The Band et moi-même nous sommes réfugiés dans les montagnes de Woodstock pour nous éloigner de tout ce qui se passait de façon à ne pas être dans l’œil du cyclone, mais aussi pour réfléchir à tout ce qui se passait. De tout ça est sortie une musique très émotive. Je pense que si nous n’avions pas vécu à cette époque, nous n’aurions pas pu atteindre une telle profondeur émotive pour la musique de cet album. [...] En regardant en arrière, je suis fier qu’on ait pu faire une musique originale avec notre propre voix, avec un esprit unique, qui faisait partie d’un tout. Rappelez-vous : des cinq musiciens du groupe, quatre étaient Canadiens. Nous avions un regard différent.

Un dessin où on voit cinq musiciens jouer et un éléphantAgrandir l’imageLa pochette de l'album Music From Big Pink du groupe The Band Photo : Amazon

LPO : Pour le cinquantième anniversaire de Music from Big Pink, vous avez choisi de remixer l’album, pourquoi?

RR : La technologie nous permet de nous rapprocher de la musique et de mieux ressentir l’émotion qui y est rattachée. Ce n’est pas que l’émotion s’était perdue avec le temps, mais tout ce qui peut nous rapprocher encore plus de l’intention originale de cet album, je ne peux que l’encourager. J’aime bien cette idée que nous ne devons pas être emmurés dans le passé. Maintenant, pouvons-nous faire quelque chose pour améliorer l’expérience? Lorsque j’ai travaillé avec l’ingénieur de son Bob Clearmountain, il était clair que, si un nouveau mixage ne me plaisait pas, je ne l’autorisais pas. Et j’ai choisi Bob Clearmountain parce que je savais qu’il respectait cet album et qu’il n’allait pas essayer de faire un mixage qui ne serait pas respectueux. Je suis aussi très heureux de ce pressage en vinyle, en 45 tours, où l’on peut entendre la musique comme on ne pouvait pas l’entendre en 1968. Cet album sonne mieux, et il n’y a rien de mal là-dedans.

LPO : Je dois avouer que j’ai été un peu déçu par le nouveau mixage. On entend moins la basse de Rick Danko, et les voix sont mixées de façon très organique. Êtes-vous d’accord?

RR : Je n’ai pas du tout entendu ça de la même façon, pas du tout. Lorsque nous remixions cet album, nous avions la meilleure source possible. Parfois, pour les anciennes rééditions (en cassette, en disque compact), le processus de numérisation pouvait donner l’illusion d’une certaine rondeur dans les enregistrements originaux, mais ce n’était pas le cas en 1968. La clarté du son de la nouvelle version et du nouveau mixage peut vous donner l’impression qu’il y a moins de basses. Non. C’est juste moins "boomy". C’est toute une différence. Sous le microscope, Bob Clearmount et moi avons mis la main sur le meilleur exemplaire connue par l’homme des enregistrements originaux. Je ne suis pas du tout d’accord avec vous. Je sais ce que je sais, et si le mixage ne n’avait pas impressionné, je ne l’aurais pas autorisé. Et je ne sais pas s’il y a un meilleur juge au monde que moi ou Garth Hudson (le seul autre membre vivant de The Band). Il y a toutes sortes de façons d’écouter ce mixage, et toutes sortes de systèmes de son. Mais nous avons vraiment tout analysé au microscope. Bien sûr, j’ai entendu d’autres personnes me dire qu’ils aimaient mieux le mixage original. Eh bien oui, on préfère tous l’original dans notre âme. On ne peut pas s’en empêcher. Ce que nous avons fait pour cette réédition est d’exprimer mon sentiment intérieur pour cette musique. Je crois que si c’est bon pour moi, c’est OK.

LPO : Mais était-il vraiment nécessaire de mettre du bavardage en studio sur The Weight et Lonesome Suzie?

RR : Oui, il y avait plusieurs prises pour chaque chanson. Bob Clearmountain voulait montrer l’ambiance qui régnait en studio, et j’ai dit que je n’avais aucune objection à cela.

Rick Danko, Levon Helm, Richard Manuel, Garth Hudson, Robbie Robertson se tiennent côte à côte dans un champ avec des arbres en arrière-plan.Rick Danko, Levon Helm, Richard Manuel, Garth Hudson, Robbie Robertson (de gauche à droite) sur l'une des photos de la pochette de l'album Music From Big Pink. Photo : Redferns / Elliott Landy

LPO : Pourquoi, dans le coffret « super deluxe », n’y a-t-il pas plus de chansons inédites?

RR : Nous ne voulions pas être distraits par tout ça. Nous aurions pu mettre plus d’enregistrements inédits, bien sûr. Mais quand j’ai entendu une réédition des Beach Boys où il y avait 20 prises inédites, je me suis dit, ça ne m’intéresse pas. Je sais qu’il y a des maniaques qui veulent tout entendre ce qui a été enregistré. Mais moi, ça m’ennuie. Je n’ai juste pas voulu m’ennuyer.

LPO : Est-ce qu’il y aura d’autres rééditions?

RR : Je ne suis pas rendu là. Mais la compagnie de disques songe à rééditer le deuxième album de The Band. On traversera le pont lorsque nous y serons arrivés.

LPO : Justement, sur quoi travaillez-vous présentement?

RR : Je travaille sur la musique du prochain film de Martin Scorsese, The Irishman. Je termine aussi un nouvel album. Et il va y avoir un documentaire inspiré par mon autobiographie, intitulée Testimony. J’écris aussi la suite de cette autobiographie. J’ai également deux ou trois autres projets dans les cartons. Mes journées sont pas mal remplies.

LPO : Aimeriez-vous travailler à nouveau avec Bob Dylan?

RR : J’adore Bob Dylan. Mais chaque fois que je l’appelle pour avoir de ses nouvelles, on me dit qu’il est en tournée, en Nouvelle-Zélande ou ailleurs. Il est toujours sur la route. Ça fait longtemps que je l’ai vu. Mais je travaille en ce moment avec Van Morrison sur une chanson qui pourrait faire partie du le film de Martin Scorsese.

LPO : Robbie Robertson, merci beaucoup.

RR : Merci à vous, au revoir.

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