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Projet Apuiat : « Si on ne le fait pas, dites adieu au développement du Nord »

M. Couillard, écouteurs sur la tête, parle dans un micro, dans un studio de radio.
Le premier ministre Philippe Couillard a accordé des entrevues dans deux stations de radio de Québec, vendredi. Photo: Radio-Canada / Danny Pilote
Radio-Canada

Le rejet du projet éolien d'Apuiat, tel que prôné par la Coalition avenir Québec (CAQ), ne signifierait rien de moins que la fin du développement du Nord, selon le chef libéral Philippe Couillard.

Un texte de Jérôme Labbé

Le premier ministre sortant a fait cette déclaration vendredi après-midi, en entrevue avec Jérôme Landry, animateur de l’émission du retour à Énergie 98,9, à Québec.

« Ce projet-là, si on ne le fait pas […] dites adieu au développement du Nord-du-Québec, a-t-il prévenu. Parce que toutes ces terres-là sont des terres revendiquées, des terres traditionnelles historiques des Premières Nations [qui] n’accepteront plus qu’on fasse quelque projet que ce soit sans qu’elles touchent non pas des avantages marginaux, mais des bénéfices directs, et ça inclut l’énergie. »

Si on ne fait pas ce projet-là, je pense que ce sera excessivement difficile de développer le Nord au cours des prochaines années, quels que soient les projets.

Philippe Couillard, chef du Parti libéral du Québec

De tous les partis politiques représentés à l’Assemblée nationale, seule la CAQ s’oppose fermement au projet Apuiat. Son chef, François Legault, estime qu’il ne sera pas rentable, puisque Hydro-Québec affiche déjà un surplus d’électricité historique.

A contrario, Philippe Couillard fait valoir que la décision de produire davantage d’énergie éolienne a déjà été entérinée par Hydro-Québec. « Le projet dont on discute, c’est le dernier projet d’un bloc de 4000 mégawatts qui est prévu depuis longtemps, a-t-il rappelé. Ce n’est pas comme si ça arrivait du ciel! »

Qu’est-ce que le projet Apuiat?

Apuiat, c’est un projet de 200 mégawatts d’énergie éolienne que souhaiterait lancer la société Boralex, en partenariat avec les communautés autochtones, dans la région de Port-Cartier. Or, le PDG d’Hydro-Québec, Éric Martel, s’est montré réticent à donner son aval au projet, jugeant qu’il n’était pas assez rentable. La société d’État a donc demandé au ministère des Finances de cautionner le projet, à supposer que les profits ne soient pas au rendez-vous. Après trois ans de négociations, une entente de principe a finalement été conclue le 22 août dernier, soit la veille du déclenchement du scrutin. Les parties concernées se sont toutefois entendues pour attendre la fin de la campagne électorale avant d’apposer leur signature au bas du contrat. En attendant, elles ont consenti à n’en rien dévoiler.

Ce n’est pas la première fois que le controversé projet nord-côtier s’invite dans la campagne électorale.

Jeudi encore, au Grand débat des chefs, M. Legault a été forcé par ses adversaires d'expliquer pourquoi il s’opposait au projet. Citant la vérificatrice générale, il a fait valoir qu'« à cause de l’éolien [...], les Québécois ont perdu 2,5 milliards de dollars ».

« On ne peut pas forcer Hydro-Québec à acheter de l’électricité quand on prévoit des surplus d’électricité pour les 15 prochaines années [...] Vous êtes en train d’essayer d’acheter des votes sur la Côte-Nord », a déclaré le chef de la CAQ à l’endroit du chef libéral, qui a répliqué que son adversaire caquiste ne se souciait pas des Autochtones.

De son côté, le chef péquiste Jean-François Lisée a accusé François Legault de s’opposer au développement régional sans avoir fait ses devoirs. « Vous avez dit que vous étiez contre... L’avez-vous vu, le contrat? », a-t-il lancé. « Vous dites non à un développement, sans savoir, sans lire. C’est incroyable! »

Le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, et le maire de Port-Cartier, Alain Thibault, discutent du projet d'énergie éolienne Apuiat.Le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée et le maire de Port-Cartier, Alain Thibault, discutent du projet d'énergie éolienne Apuiat. Photo : Radio-Canada

Plus tôt dans la campagne, lors d’un voyage dans l’Est-du-Québec, M. Lisée avait rendu visite au maire de Port-Cartier, Alain Thibault, et rencontré à Tadoussac le chef du conseil de bande d’Essipit, Martin Dufour, qui négocie au nom des neuf communautés concernées.

Il avait également profité de son passage sur la Côte-Nord pour demander à Hydro-Québec de lever la confidentialité entourant l’entente de principe conclue la veille du déclenchement de la campagne électorale – une exigence à laquelle la société d’État ne s’est pas encore conformée.

M. Lisée dit avoir un « préjugé très favorable » à l'égard du projet, mais il souhaite attendre de voir les détails de l’entente de principe avant de se prononcer pour de bon.

Son adversaire libéral a quant à lui rencontré des chefs innus à huis clos lors de son arrêt à Sept-Îles pour leur réitérer son appui, connu depuis longtemps. Car, avant même le début de la campagne électorale, tant M. Couillard que son ministre des Ressources naturelles, Pierre Moreau, s’étaient déjà positionnés en faveur du projet.

Depuis, l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador (APNQL) a fait monter la pression en publiant une lettre dans les médias selon laquelle « la relation politique de gouvernement à gouvernement entre les Premières Nations et la province de Québec [était] totalement à revoir » et exigeait une rencontre formelle avec le nouveau gouvernement dans les 100 jours suivant sa formation.

Sans mentionner explicitement le projet Apuiat, la lettre, signée par le chef de l’APNQL, Ghislain Picard, faisait du « développement d’une économie par et pour les Premières Nations […] une exigence fondamentale. »

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