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Plus de candidates, plus de députées?

Des parlementaires travaillent au Salon bleu.
À la dissolution de l'Assemblée nationale, moins du tiers des députés étaient des femmes. Photo: La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Maintenant que la période de dépôt de candidature est officiellement terminée, on peut l'affirmer : pour la première fois lors d'élections générales au Québec, les principaux partis politiques présentent presque autant de femmes que d'hommes. Mais cette quasi-parité se traduira-t-elle nécessairement par un plus haut taux de députation féminine?

Un texte de Joëlle Girard

La Coalition avenir Québec (CAQ), le Parti libéral du Québec (PLQ), le Parti québécois (PQ) et Québec solidaire (QS) ont tous réussi à dégoter un candidat pour chacune des 125 circonscriptions que compte le Québec. Parmi ces 500 candidats, 47 % sont des femmes, du jamais vu dans la province.

À titre d'exemple, lors des dernières élections provinciales en 2014, ce taux était de 29,8 %.

Les électeurs de Laporte, en Montérégie, sont aux premières loges de cette tendance, puisque les candidats des quatre principaux partis y sont des femmes.

« Enfin, en 2018, on a démontré qu'il y avait une ouverture pour les femmes, une réelle ouverture qui se traduit en actions concrètes. [...] Là, enfin, on vient de passer de la théorie à la pratique et on vient de faire une place aux femmes », affirme la candidate de la CAQ, Jacinthe-Eve Arel.

« L’important, c’est de représenter notre société et, dans notre société, il y a beaucoup de femmes. On a aussi des points de vue différents, des manières de travailler différentes », indique pour sa part Claude Lefrançois, son adversaire de Québec solidaire.

En 2012, le Québec a connu une année record en élisant 32,7 % de femmes. Une progression qui a toutefois connu un léger recul en 2014, tandis que 27,2 % de candidates ont été élues à l'Assemblée nationale. Des taux qui, dans les deux cas, placent le Québec autour du 50e rang mondial pour ce qui est de la féminisation des parlements nationaux.

Des chances égales d'être élues?

Toutefois, selon l'analyse qu'en fait Noémi Mercier, journaliste à L'Actualité, le nombre record de candidates que le Québec voit présentement défiler est loin de garantir un nouveau record d'élues à l'Assemblée nationale.

« De façon générale, les partis politiques ont plutôt tendance à présenter les femmes dans des circonscriptions difficiles à gagner et à réserver aux hommes les circonscriptions où la victoire est assurée », explique-t-elle en entrevue à l'émission Mordus de politique, sur les ondes d'ICI RDI.

Une tendance à laquelle, visiblement, le Québec n'échappe pas. Les quatre principaux partis confondus, il y a effectivement plus de femmes que d'hommes dans des circonscriptions « perdues d'avance » et, inversement, plus d'hommes que de femmes dans des circonscriptions « forteresses ».

Pour effectuer son analyse, Mme Mercier s'est basée sur les données de l'agrégateur de sondage Qc125. Selon sa méthodologie, une forteresse ou une circonscription perdue d'avance sont celles où un parti a plus de 95 % de chance de l'emporter ou de perdre, le cas échéant.

En outre, 16 % des candidats sont assurés de gagner, contre 12 % des candidates, tandis que 34 % des candidats sont assurés de perdre, contre 46 % des candidates. Ce qui signifie que de toutes les candidates qui se présentent, près d'une sur deux est presque assurée de perdre, comparativement au tiers environ pour les hommes.

« Le parti où le déséquilibre est vraiment prononcé, c'est à la Coalition avenir Québec, estime Mme Mercier. Il y a proportionnellement deux fois et demie plus d'hommes qui ont des châteaux forts caquistes que de femmes qui ont des châteaux forts caquistes. »

35 % des candidates caquistes sont presque assurées de perdre tandis que 7 % des candidats caquistes sont presque assurés de perdre, donc il y a cinq fois plus de femmes, à la CAQ, qui s'en vont à l'abattoir, que d'hommes.

Noémi Mercier, journaliste à L'Actualité

Le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, a par ailleurs attaqué son adversaire caquiste au tout début de la campagne en affirmant que ce dernier présentait une « parité de façade » en présentant une grande proportion de femmes dans des circonscriptions perdues d'avance.

Nécessaires, les quotas?

En 2017, un comité de plusieurs dizaines d'anciennes parlementaires, réunies à l'initiative de l'ex-ministre péquiste de l'Éducation Marie Malavoy, avait évoqué l'idée d'une loi qui permettrait d'instaurer un quota minimal d'au moins 40 % de candidates pour chaque parti, et ce, dès les élections de 2022.

Québec solidaire a même présenté, le 19 avril dernier, un projet de loi « instaurant une représentation paritaire entre les femmes et les hommes au Conseil des ministres ». Sans l'appui de la majorité libérale, la proposition n'a toutefois pas été débattue par les députés.

L'idée d'une loi en la matière est loin de faire l'unanimité à l'Assemblée nationale. Les Québécois semblent toutefois favorables à la parité parmi les candidats. En avril dernier, un sondage Léger-Le Devoir indiquait que sept personnes sur dix pensent que les « partis politiques devraient avoir autant de femmes que d’hommes parmi leurs candidats ».

« Les partis se sont donné des obligations chiffrées [...] pour avoir la parité, ce qui revient au même que d'avoir des quotas », explique l'auteure Pascale Navarro, qui appuie d'ailleurs le Comité des femmes de l'Amicale des anciens parlementaires qui milite pour l'imposition de quotas.

Si, demain matin, il n’y a plus de pression de la société civile pour avoir une parité, est-ce qu’on a la garantie que ça va arriver?

Pascale Navarro, auteure et journaliste

Un point de vue que ne partagent pas toutes les femmes impliquées en politique. Nicole Ménard, candidate libérale dans Laporte, estime que les quotas peuvent avoir un effet pervers. « Les quotas me font peur un peu. Je m’explique : on ne veut pas avoir une femme pour avoir une femme. On veut une femme de talent », dit-elle.

« Je suis plutôt pour une zone paritaire qui pourrait varier entre 40 et 60 % », ajoute la députée sortante, qui représente Laporte depuis 2007 à l'Assemblée nationale.

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