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« Insite m’a sauvé la vie à six reprises », dit un ancien toxicomane

D'un côté, une photo de police de Guy Felicella, mal en point. De l'autre, une photo de lui souriant et en bonne santé.
Guy Felicella avant l’arrivée d’Insite (à gauche) et après avoir réussi à devenir sobre (à droite) Photo: Courtoisie de Guy Felicella

Le premier centre d'injection supervisée d'Amérique du Nord, Insite, dans le quartier Downtown Eastside, de Vancouver, a été inauguré il y a 15 ans. Guy Felicella, un de ses premiers utilisateurs, tient à souligner l'importance de la réduction des méfaits.

Un texte de Benoit Clément

Au début des années 2000, Guy Felicella était héroïnomane. Il vivait dans le Downtown Eastside et consommait de la drogue chaque jour, plusieurs fois par jour. « Je prenais de l’héroïne pour masquer la douleur, mais je savais très bien que ça me tuait », explique-t-il.

« L’ouverture d’Insite, en 2003, a été très publicisée dans le quartier et j’ai été un des premiers à aller consommer ma drogue sur place », raconte M. Felicella.

Il dit qu’il a fait de nombreuses surdoses à Insite et que les infirmières ont réussi à le réanimer à six reprises. « J’ai été admis au centre de désintoxication, Onsite, situé au deuxième étage d’Insite. Avec l’aide du personnel, je suis maintenant sobre depuis 6 ans », précise-t-il.

Un homme se repose après s'être injecté de l'héroïne dans les locaux d'Insite.Insite offre une trousse d'injection propre, un endroit où les toxicomanes peuvent s'injecter leur drogue sous la supervision du personnel médical, et un endroit où jeter leurs seringues souillées. Photo : La Presse canadienne / Darryl Dyck

15 années, aucun mort

La régie de la santé Vancouver Coastal dit que, depuis l’ouverture du centre d’injection supervisée, plus de 3,6 millions de personnes y sont allées pour s’injecter de la drogue. Les infirmières sont intervenues auprès de plus de 6000 victimes de surdoses. Personne n’est mort d’une surdose à Insite.

« Ce qu’on oublie aussi, c’est qu’Insite tisse des liens entre le toxicomane et le système. Le personnel ne vous juge pas », affirme Guy Felicella.

Les gens à Insite font preuve de compassion, à un moment où personne d’autre au monde ne croit en vous.

Guy Felicella

Selon lui, même 15 ans après l’ouverture du centre, les préjugés entourant les toxicomanes et la drogue n’ont pas changé. « Les gens voient un toxicomane et pensent tout de suite que c’est son choix de vivre ainsi. Et ce n’est pas vrai. C’est le genre de situation où les gens n’ont aucun choix », dit-il.

Guy Felicella donne une présentation lors de la conférence TED White Rock, en mai 2018Guy Felicella est devenu militant pour la réduction des méfaits. Photo : Courtoisie de Guy Felicella

Donner aux autres ce qu'il a reçu

Guy Felicella est maintenant consultant en réduction des méfaits. Il aide les communautés à gérer ces services, qui sont encore controversés.

« Les gens croient toujours que la valeur de leur propriété va diminuer si un centre d’injection supervisé s’installe dans leur communauté. C’est très égoïste », estime-t-il.

Guy Felicella tente toutefois de leur expliquer que les toxicomanes vont consommer de la drogue de toute façon, avec ou sans centre à cet effet. « Le centre est bénéfique pour la communauté et peut aider les toxicomanes à ne pas perdre espoir. [Leur faire comprendre] qu’on croit en eux. »

M. Felicella est d'avis qu’avec la crise des surdoses qui sévit en Colombie-Britannique et le succès d’Insite au fil des ans, il faudrait étudier la décriminalisation des drogues au Canada.

« Si consommer de la drogue n’est pas un crime, un toxicomane peut être traité par le système de santé, plutôt que par le système judiciaire », ajoute-t-il.

Colombie-Britannique et Yukon

Drogues et stupéfiants