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Candide ou l’optimisme : S’il vous plaît, la lumière…

Emmanuel Schwartz se tient debout derrière un lustre géant. On aperçoit également d'autres acteurs de dos, dans l'ombre, assis sur une chaise ou sur un siège.
Emmanuel Schwartz dans Candide ou l'optimisme présenté au Théâtre du Nouveau Monde. Photo: Yves Renaud/TNM
Franco Nuovo

CHRONIQUE – Voltaire, cet homme touche-à-tout du 18e siècle, est moderne, intemporel, voire actuel. C'est lui et son œuvre que le Théâtre du Nouveau Monde (TNM) met en ce moment à l'honneur à Montréal dans Candide ou l'optimisme.

À notre époque de rectitude hypocrite qui tranche sans égards, qui blâme et condamne sur de simples intentions, qui tire le glaive au nom des prophètes, qui fustige le créateur et l’art, bref, qui censure et prive la société d’une liberté et d’une parole auxquelles elle a droit, n’y a-t-il pas meilleur moment pour réveiller Voltaire et rallumer les lumières?

Je ne savais trop à quoi m’attendre en allant voir Candide au TNM, sinon que la distribution, chapeautée par Emmanuel Schwartz dans le rôle de Voltaire lui-même, suffisait à m’appeler. Il y a cet acteur qui ne rate jamais une marche, oui, mais à ses côtés, quatre talentueux camarades aux rôles multiples nous entraînent dans un voyage où tous les malheurs sont possibles. La mise en scène d’Alice Ronfard, qui n’hésite pas à aller puiser dans la finesse évocatrice de l’âme théâtrale, est simple, mais ô combien efficace!

L’idée géniale de Lemieux

Toutefois, honnêtement et très sérieusement, le coup de génie de cette production, on le doit à Pierre-Yves Lemieux, qui a adapté (un mot qu’il n’aime pas trop, semble-t-il) l’œuvre de Voltaire en y incluant deux niveaux, celui de l’auteur et celui du personnage. Comme si Lemieux n’imaginait pas de Candide, ce naïf optimiste, sans son auteur. Il a donc marié dans sa reconstruction le philosophe, l’homme de théâtre et sa pensée universelle à son personnage.

Ici, Voltaire est présent, chez lui à Ferney, en France, où il s’entoure de quelques comédiens pour répéter Candide, qu’il veut monter et qu’il revoit scène par scène. L’humour, le drame et l’ironie même d’un Candide amoureux de Cunégonde prennent vie sous nos yeux.

Emmanuel Schwartz regrade au loin et tend son bras pour montrer quelque chose à Benoît Drouin-Germain qui se tient à ses côtés et regarde lui aussi au loin.Benoît Drouin-Germain (à gauche) et Emmanuel Schwartz dans Candide ou l'optimisme au Théâtre du Nouveau Monde. Photo : Yves Renaud/TNM

Le voyage initiatique déroule le monde et ses travers sous les pieds de ce jeune homme trop ingénu qui finit par apprendre, face aux malheurs et à la cruauté, à penser par lui-même. Du moins le devine-t-on. Le périple est long : le Portugal tremblotant, l’Argentine cruelle, la forêt amazonienne habitée de créatures inconnues, la Turquie d’où jaillit peut-être la lumière pour ce gamin un peu niais, Venise masquée et Paris.

Ni Dieu ni maître

Et comme guide de voyage, Voltaire lui-même. Le Voltaire qui s’oppose aux abus, au clergé, à la monarchie de droit divin, à l’esclavagisme, à la ségrégation et même à Dieu. Le Voltaire libre penseur, celui qui n’a ni Dieu ni maître.

À la fin, la troupe se retire, sauf Voltaire-Schwartz, qui reste planté là au milieu de la scène, cheveux en bataille, chemise battue et, le quatrième mur abattu sans trop de difficultés, il s’adresse à nous. En fait, on ne sait plus trop qui parle. L’acteur? Le philosophe? L’auteur?

Il parle de la parole, du droit de parole, de la liberté, de l’expression.

Du 18e siècle à aujourd’hui

Du coup, Candide ou l’optimisme grimpe dans la machine à traverser le temps. Du 18e siècle, il se transporte dans la modernité. Par ces mots qui nous sont lancés à la figure comme des pierres ardentes, Voltaire-Schwartz évoque les tares et les souillures portées par le mutisme, la dissimulation et l’hypocrisie. Par ces mots, Voltaire-Schwartz, dans un impressionnant monologue, rappelle que le verbe et l’expression ne sont libres qu’une fois l’humain affranchi de tous ses tyrans et de leurs diktats.

Voilà qui réchauffe l’âme!

Candide ou l’optimisme est présenté jusqu’au 6 octobre au Théâtre du Nouveau Monde.

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