•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Comment vivre sans produire de déchets

4 bocaux en verre remplis d'aliments : noix, biscuits, carottes

Comment vivre sans produire de déchets

Photo : La Presse canadienne / CHAD HIPOLITO

Radio-Canada

Est-ce possible de ne produire aucun déchet? La mère de famille Sophi Robertson a presque atteint la cible, et ce n'est pas si compliqué que ça, dit-elle.

Un texte de Camille Feireisen

La résidente du centre-ville de Toronto a adopté le mode de vie zéro déchet il y a près de deux ans avec son conjoint et sa fillette. Ils ont considérablement réduit leurs déchets depuis.

Photo d'une femme aux cheveux longs devant un four à micro-ondes.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Sophi Robertson, son époux et leur fille n'ont produit qu'un sac de déchets en cinq mois.

Photo : Radio-Canada

Avant, nous remplissions un sac plastique d’épicerie par semaine en déchets. La dernière fois que nous avons fait le compte, un sac nous a tenus cinq mois.

Sophi Robertson, mère de famille de Toronto

Comme nombre de citoyens qui ont adopté le mode de vie zéro déchet, elle s’est lancée dans le mouvement après avoir pris connaissance d’articles publiés dans la presse et sur Internet. J’ai pris conscience en apprenant combien de tasses de café allaient dans la poubelle chaque jour à Toronto. Ce nombre, c’était des millions. Ça m’a fait mal. Je voulais changer ce nombre. 

Sophi Robertson montre son kit de zéro-déchet, qu'elle emmène partout lorsqu'elle sort.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Sophi Robertson montre son kit de zéro-déchet qu'elle emmène partout avec elle, lorsqu'elle sort.

Photo : Radio-Canada

Mais une fois la décision prise, comment la mettre en pratique?

  • Je cuisine beaucoup plus qu’avant, je fais même mon lait d’avoine, raconte Mme Robertson. Pour les bouillons de soupe, elle conserve les restes de légumes qu’elle n’a pas cuisinés : queues d’oignons, parfois quelques pelures de carottes... le tout est mis au congélateur pour une prochaine utilisation.
  • Elle garde aussi les pelures de citron au congélateur, en attendant d’être mélangées avec du vinaigre blanc, qui sert de produit ménager. Le vinaigre blanc lave tout, que ce soit du zeste de citron ou d’orange, c’est simplement pour donner une odeur agréable, précise la mère de famille.
  • Dans son réfrigérateur, la Torontoise a banni tous les papiers film et entrepose fruits et légumes sur une assiette ou dans du papier en cire d’abeille, qui prend la forme des aliments, mais qui est réutilisable.
  • Sur les étagères, les bocaux en verre ont remplacé les contenants en plastique.

Il ne s’agit pas de tout jeter pour se lancer, on garde ce qu’on avait déjà, même les contenants plastique comme pour le produit vaisselle. On va juste le remplir dans des magasins en vrac, ajoute Emily Charles-Donelson, une Torontoise qui vit dans l’est de la ville. Elle a adhéré au mouvement il y a cinq ans.

Son premier geste a été de s’équiper d’un kit zéro déchet, qu’elle emmène désormais partout, pour ne pas toucher un seul morceau de plastique quand je sors de chez moi.


Les objets à emporter dans la vie quotidienne

Dessins de sacs réutilisables et de bocaux en verre de différentes tailles, d'une tasse ìsotherme, d'une bouteille d'eau et des couverts réutilisablesAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Zéro déchet - Trousse de survie pour bien commencer

Photo : Vincent Wallon/Icônes : flaticon.com

  • Un ou plusieurs sacs réutilisables en coton ou recyclés pour y placer vos achats
  • De petits sacs en coton pour y mettre le pain, les légumes et les denrées sèches, etc.
  • Des couverts réutilisables
  • Des bocaux en verre de différentes tailles pour y mettre des aliments humides de type viande, poisson et produits laitiers
  • Une tasse isotherme pour le café
  • Une bouteille en métal pour l'eau

Les 5 principes du zéro déchet

Pour se lancer, Emily et Sophi ont suivi la philosophie de Béa Johnson, une Française installée près de San Francisco et figure de proue du mouvement international. Son livre publié en 2013, Zéro déchet, est un guide pour les adeptes du mouvement.

Les 5 principes du zéro déchet, selon Béa Johnson

Refuser tous les produits à usage unique, réduire la consommation de biens, réutiliser tout ce qui peut avoir une 2e vie, recycler tout ce qui peut l'être, composter les différents déchets organiquesAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Zéro déchet : les 5 règles

Photo : Radio-Canada / Vincent Wallon / Flaticon.com

Dans la famille Johnson, Béa, son époux et leurs deux fils ont chacun une garde-robe qui tient dans une seule valise. Leur poubelle annuelle, elle, tient dans un bocal d’un quart de litre.

Si la famille Johnson a réussi à se débarrasser en deux ans de 90 % de ses biens matériels, Emily Charles-Donelson rappelle que chacun doit y aller à son rythme.

C’est une chose que je dis souvent aux gens qui veulent adopter un style de vie zéro déchet : cela ne se fait pas en un an. Ils risqueraient d’avoir une attaque de panique s’ils essaient de tout faire d’un coup.

Emily Charles-Donelson, zéro déchet

Mme Charles-Donelson a quelques conseils pratiques pour la salle de bain : remplacer les cotons démaquillants par des cotons lavables en tissu, les rasoirs jetables par un rasoir en inox dont les lames durent une bonne année d’utilisation.

La jeune femme a une brosse à dents en bambou, donc recyclable, et son dentifrice est fabriqué maison avec du bicarbonate de soude alimentaire et un peu d’huile coco.

Emily Charles-Donelson a commencé à vivre zéro-déchet il y a cinq ans. blonde, lunettes transparentes, chapeau en pailleAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Emily Charles-Donelson a commencé à vivre zéro-déchet il y a cinq ans.

Photo : Radio-Canada

Appliquer les principes de Béa Johnson devient aussi plus facile à mesure que la communauté grandit, estiment Sophi et Emily. Et tout cela a commencé sur les réseaux sociaux.

Une communauté qui s’organise

La communauté demeure assez jeune à Toronto. La Torontoise Elspeth Chalmers raconte qu’il y a un an et demi elle a bien cru être la seule à vouloir adopter ce mode de vie. J’ai trouvé Béa Johnson en Californie, sur les réseaux, puis le blogue Paris to Go, à Paris. Mais rien à Toronto, j’ai cru qu’il n’y avait personne. C’est finalement sur Instagram qu’elle découvre que le mouvement existe aussi dans la Ville Reine.

Depuis, une page Facebook Zero Waste Toronto a été créée. En un an, elle est passée de 300 membres à plus de 1600 adeptes. Bons plans, où acheter tel ou tel produit en vrac ou encore des ateliers de réparation et de création de nouveaux objets à partir d’anciens constituent toute une série de thèmes abordés sur le réseau social.

bols avec des déchets organiques congelésAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Sophi Robertson conserve ses déchets organiques dans ce bol, qu'elle place au congélateur avant de les donner à son voisin, qui possède une poubelle de compostage.

Photo : Radio-Canada

Les initiatives ne se passent pas seulement sur les médias sociaux, mais prennent aussi forme dans la ville sous forme d’ateliers, de rassemblements et d’événements. Comme la Toronto Tool Library, dont Emily et Sophi sont des instigatrices. Cette bibliothèque propose d’emprunter des jouets, des effets de camping et toutes sortes d’outils. Il en existe désormais trois à Toronto.

La coopérative Karma organise quant à elle tous les mois des ateliers sur la fabrication de divers produits pour permettre aux gens de réduire leur empreinte écologique.

Chaque mois, la Torontoise Tracey TieF donne des ateliers à la coopérative Karma sur la fabrication et l’utilisation de produits écologiques pour réduire ses déchets.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Chaque mois, la Torontoise Tracey TieF donne des ateliers à la coopérative Karma sur la fabrication et l’utilisation de produits écologiques pour réduire ses déchets.

Photo : Radio-Canada / Marie-Hélène Ratel

Plusieurs démarches émergent et de nouveaux commerces en vrac ouvrent leurs portes. Katrina McGuire, une adepte du mouvement, participe au marché des fermiers à Withrow Park, dans le quartier Riverdale. Elle a mis sur pied un programme gratuit de contenants et ustensiles réutilisables.

Elle s’occupe de ramener les contenants chez elle et de les nettoyer. Jusqu’à présent, en 7 semaines, on a évité que 700 articles à usage unique ne se retrouvent à la poubelle, dit-elle.

De son côté, Béa Johnson raconte qu’après chacune de ses conférences, la communauté zéro déchet semble se renforcer, notamment en demandant davantage de structures adaptées à ses besoins.

L’an dernier, j’ai donné une conférence en Irlande et, trois mois après, il y avait cinq magasins de vrac qui s’y étaient ouverts. Quelques mois plus tard, je suis allée à Cape Town, en Afrique du Sud, et en deux ou trois mois, il y avait aussi trois magasins de vrac qui avaient ouvert.

Le zéro déchet, à qui la responsabilité?

Sur ce point, Béa Johnson est catégorique : le changement est entre les mains du consommateur.

J'estime que c’est le consommateur qui, à chaque fois qu’il achète, a le pouvoir de voter pour un futur meilleur.

Béa Johnson, conférencière et instigatrice du mouvement zéro déchet

Emily Charles-Donelson est plus nuancée. Selon elle, plus il y aura de magasins proposant des ventes de produits en vrac, plus la communauté s'agrandira. Ce n’est pas seulement l’individu, il faut aussi que ces lieux existent pour effectuer cette transition, juge-t-elle.

Emily montre son papier essuie-tout : ce sont des serviettes en tissu qu'elle peut laver. Elle les a faites durant un atelier.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Emily montre son papier essuie-tout : ce sont des serviettes en tissu qu'elle peut laver. Elle les a faites durant un atelier.

Photo : Radio-Canada

Si vous êtes obligés d’acheter un produit qui ne vous plaît pas, ou qui est conçu d'une façon qui ne vous plaît pas, faites entendre votre voix, répond de son côté Béa Johnson.

C’est de cette manière que Bulk Barn a commencé à vendre en vrac au Québec, explique-t-elle. Lors d’un séjour, elle s’est rendue avec ses propres contenants dans un magasin de Montréal.

La caissière n’a rien dit et j’étais tellement contente que je l’ai écrit sur mes réseaux sociaux, raconte-t-elle. Or, plusieurs Québécois s’étaient désolés par le passé de ne pas pouvoir y faire leurs achats avec leurs propres contenants. Avec tous ces commentaires sur leur site Internet, ils se sont rendu compte que ce serait bien qu’ils acceptent les contenants réutilisables et ils le font depuis l’année dernière dans les 270 magasins qu’ils ont à travers le Canada, dit-elle.

Elle reconnaît néanmoins que les municipalités, les fabricants et les consommateurs ont besoin d’une certaine harmonie. La municipalité peut faciliter le zéro déchet pour ses citoyens, selon elle.

Sophi Robertson estime pour sa part que la Ville de Toronto doit continuer à étendre son plan pour éliminer les déchets organiques des poubelles.

La mère de famille Sophi Robertson

Les emballages

Pour Katrina McGuire, le principal problème demeure l’emballage. Et pour un vrai changement, c’est aux différents ordres de gouvernement d’agir, car le consommateur ne peut pas avancer seul.

Je pense que les gouvernements devraient rendre plus difficile la tâche des fabricants qui utilisent des matières non recyclables. En tant que consommateurs, nous sommes confrontés à des défis pour faire le bon choix facilement, conclut-elle.

L’Ontario s’est engagé en 2016 à ce que son taux de réacheminement des déchets atteigne 30 % d’ici 2020, 50 % d’ici 2030 et 80 % d’ici 2050. On ne sait pas pour l’instant si le nouveau gouvernement de Doug Ford conservera cette cible.

Maison

Art de vivre