•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Les soins de santé aux aînés, un enjeu électoral au Nouveau-Brunswick

Des personnes âgées, assises autour de plusieurs tables, sont en train de manger.

À 16 h 30, c'est le souper à la résidence Saint-Pierre, à Caraquet, au Nouveau-Brunswick.

Photo : Radio-Canada / Marie-France Abastado

Radio-Canada

À quelques jours des élections au Nouveau-Brunswick, les candidats entament leur dernier sprint. Dans cette campagne qui oppose principalement le Parti libéral du gouvernement sortant et le Parti progressiste-conservateur, les soins de santé aux personnes âgées ont constitué un enjeu de taille.

Un texte de Marie-France Abastado, à Désautels le dimanche

Quand il fait du porte-à-porte dans sa circonscription, le député sortant, Wilfred Roussel, croise souvent des citoyens âgés. « On dirait qu’il n’y a pas assez de place pour nous autres », dit une électrice.

Dès les premières maisons, le sujet est abordé : « Où irons-nous quand nous ne pourrons plus rester chez nous? » demandent les citoyens âgés à leur candidat libéral dans Lamèque-Shippagan-Miscou.

Wilfred RousselAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le candidat libéral et député sortant de Lamèque-Shippagan-Miscou, Wilfred Roussel

Photo : Radio-Canada / Marie-France Abastado

Plus de lits dans les foyers de soins

Ce n’est donc pas un hasard si le Parti libéral du gouvernement sortant de Brian Gallant propose d'offrir 1000 nouveaux lits dans les foyers de soins, l’équivalent des CHSLD québécois, les centres d’hébergement et de soins de longue durée.

Il y a deux ans déjà, la vérificatrice générale de la province avait alerté les pouvoirs et le public sur le manque criant de places en foyers de soins. Elle soulignait le fait que 60 % des aînés en attente d’une place occupaient des lits d’hôpitaux. Mais surtout, elle rappelait l’urgence d’agir, compte tenu des prévisions selon lesquelles la population âgée de plus de 65 ans devrait doubler d’ici 20 ans au Nouveau-Brunswick.

En fait, la population du Nouveau-Brunswick est l’une des plus âgées au Canada et les besoins sont grands. « On veut, pour le prochain mandat, créer un Conseil du vieillissement. », promet Wilfred Roussel.

Le reportage de Marie-France Abastado est diffusé le 16 septembre à l'émission Désautels le dimanche, sur ICI Première.

Plus d’heures de soins dans les foyers

En attendant plus de lits, les libéraux s’engagent à augmenter le nombre d’heures de soins hebdomadaires de 3,1 heures à 3,5 heures d’ici huit ans. Le candidat libéral Wilfred Roussel justifie ainsi la lenteur des progrès promis : « Nous avons hérité d’un gouvernement fortement déficitaire. On a réussi à équilibrer le budget au cours de la dernière année de 2017-2018. »

Le candidat libéral s’engage tout de même à ce que son gouvernement fasse mieux, plus vite, si les finances publiques le permettent.

Nous sommes le premier gouvernement à nous engager à augmenter le nombre d’heures de soins. Les gouvernements précédents n’ont rien fait à ce sujet.

Le candidat libéral Wilfred Roussel

S’il est vrai que cette promesse n’a jamais été réalisée par les gouvernements précédents, Wilfred Roussel omet de dire que son propre parti l’a faite à plusieurs reprises sans jamais la concrétiser lorsqu’il était au pouvoir.

Les aînés, des électeurs courtisés

N’empêche, les partis en lice continuent à courtiser les aînés, qui représentent 20 % de l’électorat, dit François Gravel, éditorialiste au quotidien L’Acadie nouvelle.

C’est une population qui gagne en importance; les politiciens le savent. Ça a une influence sur leur politique, ça a une influence sur leurs engagements électoraux.

L’éditorialiste François Gravel

François Gravel rappelle que c’est une population qui est plus susceptible d’aller voter en grand nombre que les jeunes. Et c’est encore plus vrai dans la Péninsule acadienne, où la population est très âgée.

« Quand on voit le Parti libéral faire énormément de promesses sur les questions de santé, lance l’éditorialiste, quand on voit qu’une des rares promesses coûteuses du Parti progressiste-conservateur vise les citoyens aînés, c’est parce que ces gens-là connaissent la démographie du Nouveau-Brunswick! »

Pénurie de main-d’œuvre dans les foyers de soins

Ce jour-là, c’est à la résidence Saint-Pierre de Caraquet que le candidat progressiste-conservateur Kevin Haché fait sa tournée. Il se présente, mais n’a pas vraiment besoin de le faire, car il est aussi le maire de la ville. Cet homme plein d’entrain sait parler aux dames âgées.

On veut essayer de donner plus de sous aux gens qui s’occupent de vous, parce que quand on leur parle, on voit qu’ils sont brûlés et qu’il n’y a pas assez d’employés.

Le candidat progressiste-conservateur Kevin Haché

Le pari du Parti progressiste-conservateur, c’est qu’en augmentant le salaire du personnel qui s’occupe des personnes âgées, on pourra attirer davantage de travailleurs et de travailleuses et, surtout, les retenir dans leur poste. Parce que le Nouveau-Brunswick vit une véritable pénurie de préposés aux bénéficiaires.

Une maison à l'allure modeste.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les résidences Lucien Saindon, un foyer communautaire à Lamèque, dans la péninsule acadienne

Photo : Radio-Canada / Marie-France Abastado

C’est un problème auquel se heurte régulièrement Gaétan Haché, directeur des Résidences Lucien Saindon, un foyer communautaire à Lamèque, dans la Péninsule acadienne.

Promettre d’augmenter les salaires n’est pas suffisant, à son avis. Il faudrait, dit-il, élaborer des programmes de formation pour les chômeurs qui souhaitent retourner sur les bancs d’école. Car, souligne le directeur du foyer de soins, de nos jours, les formations de six semaines ne sont pas suffisantes. Il faut penser à des formations d’un an.

Gaétan HachéAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Gaétan Haché, directeur des résidences Lucien Saindon, à Lamèque, dans la péninsule acadienne.

Photo : Radio-Canada / Marie-France Abastado

Les personnes âgées qui rentrent dans nos foyers de soins sont très hypothéquées et ça nous prend du monde d’expérience.

Gaétan Haché, directeur des Résidences Lucien Saindon

Pour les pensionnaires du foyer de soins, la pénurie de personnel revêt une dimension bien concrète, dit Délima Basque, 78 ans.

Délima BasqueAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Délima Basque, 78 ans, résidente au foyer Lucien Saindon, à Lamèque

Photo : Radio-Canada / Marie-France Abastado

Ils n’ont pas beaucoup de temps. Les cloches sonnent de partout, pis c’est toujours en courant. Parfois, ils nous écoutent, mais on ne peut pas dire qu’ils ont du temps pour s’asseoir avec nous.

Délima Basque

Même si elle considère que les employés font leur maximum dans les circonstances, Délima Basque aimerait bien elle aussi que les politiciens s’engagent à faire plus pour régler le manque de personnel. « Ils viennent et ils nous proposent des 2 millions pour le bâtiment, mais ils ne proposent jamais rien pour le personnel, les infirmières, les auxiliaires et les préposés. Il n’y en a pas assez. C’est pas juste des cas légers ici, c’est des cas lourds. Il y en a qui sont au bout du rouleau. »

Mais les adversaires des progressistes-conservateurs se demandent comment, s’il est élu, leur parti pourrait remplir ses promesses de payer un salaire plus élevé aux préposés aux bénéficiaires sans augmenter les dépenses de l’État.

La réponse du candidat progressiste-conservateur de Caraquet, Kevin Haché : « Notre parti dit que si on gère mieux, on va être capables de donner plus aux citoyens avec le même montant. Un peu comme un budget qu’on a à la maison. On ne peut pas vivre sur une carte de crédit. »

 Kevin Haché et plusieurs femmes font quelques pas de danse en ligne.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le candidat progressiste-conservateur dans Caraquet, Kevin Haché, dans une soirée de danse en ligne

Photo : Radio-Canada / Marie-France Abastado

En fait, comme dans bien d’autres domaines, les progressistes-conservateurs n’ont pas vraiment chiffré leurs promesses. Ils sont, dit François Gravel, d’une prudence extrême dans cette campagne. « Le Parti progressiste-conservateur fait cette année une campagne avec très peu de promesses. Il se contente d’accuser les libéraux de faire des promesses coûteuses », explique l’éditorialiste au quotidien L’Acadie nouvelle.

Quand les libéraux promettent de construire de nouveaux foyers, les progressistes-conservateurs disent : “Nous, on ne veut pas investir dans le mortier. Nous, on veut investir plus d’argent pour permettre aux citoyens aînés d’obtenir leurs soins à la maison.”

L’éditorialiste François Gravel

Privatisation de la gestion des soins à domicile

Un autre dossier revient régulièrement dans les conversations quand on interroge les électeurs âgés sur les enjeux en matière de santé. La privatisation récente de la gestion des soins à domicile donnée à l’entreprise Croix Bleue Medavie par le gouvernement libéral a soulevé beaucoup d’inquiétudes dans la population.

On craint que les impératifs de rentabilité priment les besoins réels. Le sujet est d’ailleurs à l’ordre du jour de l’assemblée générale annuelle de l’Association francophone des aînés du Nouveau-Brunswick, dont Solange Haché est la présidente. On veut que ce qu’on appelle ici les soins extramuraux, les soins à domicile, revienne au secteur public. « L’Association a été le leader de ce mouvement-là d’opposition, et maintenant, on fait partie du regroupement qui demande le retour de l’extramural [au public]. »

Solange HachéAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Solange Haché, présidente de l’Association francophone des aînés du Nouveau-Brunswick

Photo : Radio-Canada / Marie-France Abastado

Solange Haché rappelle que le dossier comporte aussi une facette linguistique. « Une organisation comme Medavie n’est pas régie par la Loi sur les langues officielles et n’a pas l’obligation de fournir des services dans la langue de choix du patient. »

Le candidat du Nouveau Parti démocratique a une position claire dans ce dossier. Il annulerait carrément le contrat avec Medavie, dit le candidat dans Bathurst-Est-Nepisiguit-Saint-Isidore, Jean-Maurice Landry.

Jean-Maurice LandryAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le candidat du NPD dans Bathurst-Est-Nepisiguit-Saint-Isidore, Jean-Maurice Landry

Photo : Radio-Canada / Marie-France Abastado

« L’entente est secrète, mais on sait que le gouvernement doit verser une somme additionnelle de 40 millions à Medavie au cours des 10 prochaines années. On a au Nouveau-Brunswick des gouvernements qui sont de droite, que ce soit les libéraux ou les progressistes-conservateurs », affirme Jean-Maurice Landry.

Le candidat néo-démocrate rappelle les privatisations, entre autres, de terres publiques ou de la gestion forestière.

On semble être orienté au Nouveau-Brunswick vers un démantèlement du secteur public.

Le candidat néo-démocrate Jean-Maurice Landry

Les soins de santé et le dossier linguistique

Le NPD n’a pas d’assise forte au Nouveau-Brunswick, mais les arguments comme ceux de Jean-Maurice Landry portent dans la Péninsule acadienne, où la sauvegarde des services en français est une préoccupation majeure.

Le dossier linguistique, c’est aussi une épine dans le pied des progressistes-conservateurs, dont le chef, Blaine Higgs, est unilingue anglophone. Tellement que les candidats de son parti dans la Péninsule acadienne ont organisé une conférence de presse sans leur chef pour faire une profession de foi : tous se sont engagés à défendre les intérêts des francophones s’ils sont élus.

Et si les derniers sondages révèlent une avance confortable des libéraux sur les progressistes-conservateurs, ils montrent aussi que l’écart se rétrécit au profit de ces derniers.

Nouveau-Brunswick

Politique provinciale