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Comment Manon Massé se prépare-t-elle au débat en anglais?

Manon Massé répond à son adversaire libéral Philippe Couillard.
Après le débat des chefs en français, la co-porte-parole de Québec solidaire, Manon Massé, se prépare maintenant à débattre en anglais. Photo: La Presse canadienne / Paul Chiasson

Le débat des chefs en anglais est la prochaine étape à franchir pour Manon Massé. La co-porte-parole de Québec solidaire a tiré son épingle du jeu lors de l'échange en français, mais ses difficultés avec la langue de Shakespeare vont-elles lui nuire lundi soir?

Un texte de Daniel Blanchette Pelletier

Il est passé midi dans l’autocar de campagne de Québec solidaire (QS). Manon Massé discute en anglais avec un employé bilingue du parti.

« On devrait faire ça tous les jours », lance-t-elle après une quinzaine de minutes.

La co-porte-parole de Québec solidaire perfectionne son anglais depuis plusieurs semaines. Elle est accompagnée par des solidaires, qui l’aident à trouver les mots justes et à structurer ses idées.

Sur la route depuis quelques semaines déjà, Manon Massé écoute aussi plus que jamais la radio en anglais pour se faire l’oreille avant le débat des chefs en anglais.

Elle ne comptait pas y prendre part. Il était prévu qu’elle débatte en français aux côtés de Philippe Couillard, Jean-François Lisée et François Legault jeudi. Mais c’est Gabriel Nadeau-Dubois, l’autre co-porte-parole de QS, qui devait participer au débat en anglais, puisqu’il maîtrise mieux la langue.

Ses adversaires libéral et péquiste ont refusé ce scénario, estimant que Manon Massé devait elle-même défendre ses idées puisqu’elle avait été choisie par le parti pour devenir première ministre en cas de victoire de Québec solidaire.

« Je pense que c’était certainement pour nous embêter un peu, estime-t-elle. Mais j’ai fait mes devoirs. »

Malgré des difficultés persistantes avec certaines conjugaisons, notamment au passé, le pluriel, les chiffres, ou encore des termes très ancrés dans la langue française, Manon Massé estime avoir fait beaucoup de progrès. Jérémie Bédard-Wien, avec qui elle s’exerce ce jour-là, est d’accord.

Manon Massé a noté dans un calepin les erreurs qu’il a soulevées au fil de leur discussion sur le plan de Québec solidaire pour une assurance dentaire universelle afin de ne pas les répéter.

Tooth au singulier, teeth au pluriel. Idem pour child et children. Les significations de allow et de came up. Ne pas confondre eighty et eighteen.

Ce ne sont que quelques exemples relevés ce jour-là par Jérémie Bédard-Wien. Le rédacteur de Québec solidaire se présente lui-même comme le « bilingue de service » du parti.

Donner son 100 %

Manon Massé aurait pu renoncer à participer au débat en anglais. Elle a plutôt choisi d’intensifier ses efforts pour mieux maîtriser cette langue parce qu’elle sentait avoir une responsabilité envers la communauté anglophone de présenter les idées de Québec solidaire au débat.

« Le premier objectif, c’est d’être capable de bien livrer ce qu’apporte mon parti dans l’espace politique de cette campagne-là », explique-t-elle.

« Si j’oublie une conjugaison, si j’emploie une mauvaise expression, je pense que les gens ne m’en tiendront pas rigueur. Je pense que globalement, je suis capable de me faire entendre. »

Mais aura-t-elle la même aisance que ses adversaires pour débattre et argumenter en anglais? « Je suis une batailleuse, répond-elle sans hésitation. Je n’attends pas d’être parfaite avant d’amener les choses. »

Je pense que les gens sont plus reconnaissants des efforts que j’ai faits que des erreurs que je vais faire.

Manon Massé

L’imbroglio sur le statut de l’anglais au Québec au lendemain du déclenchement de la campagne électorale semble déjà oublié.

Sur le compte Twitter de QS, un employé du parti avait écrit que « l’anglais est une langue officielle du Québec et du Canada », puis Manon Massé avait accrédité le tout en répondant maladroitement à un journaliste en anglais à ce sujet. Elle avait ensuite rectifié l’erreur et assuré que seul le français était une langue officielle dans la province.

L’attachée de presse de Manon Massé, Élise Tanguay, assure que les difficultés de l’aspirante première ministre avec l'anglais ne compliquent pas pour autant ses relations avec la presse anglophone. Le parti a développé une mécanique « pour qu’elle soit à l’aise » pendant les points de presse, notamment. La présentation et les questions se déroulent d’abord en français, puis en anglais.

« Ça lui permet de passer, permettez-moi le terme, le switch anglais-français, explique Élise Tanguay. C’est plus facile pour elle de rassembler ses idées en anglais tout ensemble, et en français tout ensemble. »

Manon Massé n’hésite jamais non plus, rappelle-t-elle, à demander de l’aide pendant une entrevue, ou même en pleine conférence de presse. Et c’est apprécié de la part des médias anglophones, souligne Élise Tanguay.

Et si elle devenait première ministre?

Manon Massé concède que la fonction de première ministre du Québec exige d’être bilingue. « Comme première ministre du Québec, je vais vouloir être bien entendue au concert des nations », lance-t-elle, ironisant sur le fait que le français n’est pas la langue commune à l’international.

Elle admet que cette réalité l’attriste, mais « qu’effectivement là où plusieurs personnes de différents pays se rencontrent, l’anglais devient vite la langue de partage. À ce prix-là, quand tu as un peuple à défendre, tu le défends le mieux possible. »

Manon Massé ne croit pas pour autant qu’il faille imposer l’enseignement de l’anglais en bas âge. « Les langues, c’est l’ouverture sur le monde. Est-ce que c’est l’anglais? Dans plusieurs familles, ça va être bien d’autres langues que l’anglais », explique-t-elle.

Les enfants devraient avoir les outils nécessaires pour s’ouvrir sur le monde, poursuit-elle. « Mais, pour moi, ce n’est pas parce qu’il faut absolument qu’ils apprennent le français et l’anglais. Ils peuvent bien apprendre le mandarin. L’idée, c’est de s’ouvrir à l’autre, à la culture. »

Quelle place pour les anglophones à QS?

Même si Manon Massé se fait un devoir de rappeler qu’au Québec la langue officielle est le français, les anglophones ne seraient pas mis à l’écart avec un gouvernement solidaire.

Dans un Québec indépendant, dans la perspective de Québec solidaire, les droits des minorités anglophones seront protégés. Ça, on l’a toujours dit, et on va continuer à le dire.

Manon Massé

La plateforme électorale du parti ne mentionne ni les mots « anglais » ni « anglophone ». Québec solidaire a cependant certaines propositions, comme une enveloppe budgétaire supplémentaire de 260 millions de dollars aux organismes communautaires, dont ceux qui sont anglophones.

Le parti s’engage également à conserver les commissions scolaires de langue anglaise et à assurer aux anglophones une plus grande représentativité dans la fonction publique québécoise.

Questionnée par ailleurs sur la pertinence d’un premier débat télévisé en anglais au Québec, Manon Massé n’a pas mâché ses mots. « Au Nouveau-Brunswick, la seule province bilingue au Canada, il n’y a pas de débat en français. Nous, seul le français est la langue officielle du Québec et on va vers un débat en anglais. Je trouve ça vraiment particulier », dit-elle.

Après avoir d'abord refusé, les chefs au Nouveau-Brunswick ont finalement croisé le fer dans un débat en français, mais trois des candidats ne se sont pas exprimés en français. Une traduction simultanée était prévue, contrairement au débat en anglais auquel participera Manon Massé.

Sauf que, même localement, l’anglais est un enjeu non négligeable pour Manon Massé. Son adversaire du Parti québécois dans Saint-Marie-Saint-Jacques, Jennifer Drouin, est originaire de la Nouvelle-Écosse. Qui plus est, 1 électeur sur 5 dans cette circonscription montréalaise est anglophone.

« Mais très majoritairement, ils parlent tous français, s’empresse-t-elle d’ajouter. Et pour moi, la langue de partage au Québec, c’est le français. Alors, je n’aborde jamais mes concitoyens en anglais. Jamais. »

Le débat en anglais a été diffusé le lundi 17 septembre par CBC (télévision, Internet, Facebook et YouTube) ainsi que CTV News, Global News et The Montreal Gazette, notamment.

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