•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
analyse

PQ : un cadre transparent, mais dépensier comme les autres!

Le chef du Parti québécois Jean-François Lisée.
Le Parti québécois a été le dernier parti à présenter son cadre financier. Photo: La Presse canadienne / Ryan Remiorz
Gérald Fillion

ANALYSE - Comme la Coalition avenir Québec (CAQ) et le Parti libéral du Québec (PLQ), le Parti québécois (PQ) a choisi de se lancer dans des promesses qui se chiffrent en milliards de dollars. En totalisant toutes les mesures qui se trouvent dans son cadre financier, les engagements s'élèvent à 3,3 milliards de dollars. La formation politique affirme qu'une partie de cet argent viendra couvrir les coûts de reconduction des programmes.

Cela dit, contrairement aux libéraux et aux caquistes, le parti de Jean-François Lisée n’a pas succombé à la tentation de gonfler les prévisions de croissance de l’économie. Le PQ s’appuie fermement sur les projections du ministère des Finances, qui se trouvent dans le rapport préélectoral du 20 août dernier, revu par la vérificatrice générale.

En retour, toutefois, une bonne partie du cadre du Parti québécois repose sur le gel de la rémunération des médecins, par lequel il compte récupérer 1,25 milliard de dollars à terme, en 2022-2023. Si le PQ présente cette économie comme une promesse ferme, il est évident que le non-respect de l’entente signée avec les médecins entraînera un vif débat, un affrontement majeur et peut-être un conflit juridique.

Si d’aventure le Parti québécois ne parvenait pas à obtenir ces concessions des médecins, un futur gouvernement Lisée devrait alors plonger dans la réserve de stabilisation pour respecter la Loi sur l’équilibre budgétaire. Cette réserve, c’est l’accumulation des surplus des dernières années que l’État met de côté pour éponger les pertes éventuelles des années subséquentes.

Cela dit, même avec la réduction de la rémunération des médecins, le PQ prévoit un cadre où il devrait utiliser les surplus prévus de 950 millions de dollars en 2021-2022 et en 2022-2023, en plus de piger dans la réserve de stabilisation durant quatre années de suite, en incluant l’exercice qui est en cours. La réserve tomberait à 5,3 milliards de dollars à la fin d’un mandat du Parti québécois, au lieu des 8,6 milliards prévus par le ministère des Finances dans le rapport préélectoral.

Il faut souligner que le PQ est le seul parti à avoir adopté le cadre proposé par l’Association des économistes du Québec, qui appelait à la clarté, la transparence et l’efficacité.

Le test de la réalité

Non seulement le défi sera grand pour soutirer des milliards aux médecins, mais le Parti québécois aura beaucoup de travail à faire pour arriver à augmenter les impôts et les taxes des multinationales et des mieux nantis. Le PQ prévoit une taxe sur les profits détournés des multinationales, une hausse de la taxe compensatoire des banques, une taxe aux grandes entreprises qui versent de trop fortes rémunérations à leur PDG et une hausse de l'impôt sur les options d'achat d'actions.

Un test de réalité sera nécessaire avant de conclure au succès de ces mesures. Il est tout à fait légitime pour un parti politique de vouloir trouver de nouvelles sources de revenus, notamment par des hausses de taxation, mais le Parti québécois sait plus que quiconque qu’il n’est pas facile de mettre en oeuvre des hausses de charges fiscales dans les milieux d’affaires.

En 2012, le gouvernement Marois a dû reculer après avoir annoncé une hausse importante des impôts des plus riches et un impôt rétroactif au début de l’année. Il faut dire, en retour, que le gouvernement du Parti québécois était minoritaire, ce qui venait augmenter la pression sur sa conduite des affaires de l’État.

Néanmoins, aujourd’hui, la tendance est à la baisse des impôts et non à la hausse. Ce n’est pas une raison pour s'empêcher d'agir, me direz-vous. C’est vrai. Mais il est difficile d’ignorer les effets des fortes baisses d’impôt décrétées par l’administration Trump aux États-Unis, notamment la réduction du taux d’imposition des entreprises de 35 à 21 %.

Selon une analyse de PricewaterhouseCoopers, dévoilée mercredi, les changements fiscaux aux États-Unis menacent l’économie canadienne, puisque de nombreux investisseurs et des entreprises choisissent de s’installer aux États-Unis plutôt qu’au Canada pour profiter des gains fiscaux. Selon l’étude, c’est 635 000 emplois au Canada qui sont en jeu et 20 milliards de dollars de revenus pour les gouvernements.

Les milliards pleuvent

Enfin, il est étonnant de voir la CAQ, le PQ et le PLQ arriver avec des promesses d’environ 3 milliards de dollars, alors que les défis du Québec demeurent importants : vieillissement de la population, ralentissement de l'économie, incertitude commerciale, possible récession. Tous les partis ont donc le potentiel de nous ramener en déficit budgétaire.

Les partis ne semblent pas tenir compte du fait que la marge de manoeuvre du gouvernement pourrait fondre rapidement en cas de récession moyenne. Selon le ministère des Finances du Québec, une récession coûterait 8,5 milliards de dollars à l’État, ce qui viendrait effacer complètement les réserves de prudence intégrées dans les cadres financiers et la réserve de stabilisation.

Élections Québec

Économie