•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Les chefs croisent le fer sur la question de l'immigration

François Legault et Philippe Couillard se sont adonnés à plusieurs vifs échanges durant le débat des chefs jeudi soir.

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

Radio-Canada

Les politiques d'immigration et les salaires consentis aux médecins spécialistes ont été deux des principaux points de fracture du premier débat des chefs de la campagne électorale québécoise, jeudi soir, à la Maison de Radio-Canada, à Montréal. Si on attendait un tir croisé contre le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, en tête des sondages, le premier ministre sortant, Philippe Couillard, n'aura pas été épargné.

Un texte de Joëlle Girard et Yannick Donahue

Quel plan pour intégrer les immigrants?

Une question de Dung Lê, un électeur de Brossard, a ouvert la voie au débat sur la question de l'immigration. Ayant appris le français en arrivant au Québec, ce dernier a affirmé que le « test des valeurs [proposé par François Legault] n’[avait] aucune raison d’être », avant de demander aux chefs de préciser leur plan en ce qui a trait aux nouveaux arrivants.

Une occasion en or pour le chef libéral, Philippe Couillard, qui a notamment déclaré que François Legault faisait « peur » aux Québécois avec son projet d’imposer un test de valeurs et un test de français aux immigrants dans les trois années suivant leur arrivée, sans quoi ils risquent l'expulsion. « Jamais nous ne ferions un test d’expulsion comme celui de M. Legault », a dit M. Couillard.

Un test des valeurs existe au Danemark, en Allemagne, aux Pays-Bas, en Suisse, en Autriche, en Espagne, a souligné François Legault. « Est-ce que ces pays sont intolérants? a-t-il demandé. Ce que je sens beaucoup, depuis quelques mois, c’est que les Québécois, qui sont très accueillants, sont très tannés d’avoir un donneur de leçons comme M. Couillard qui les traite d’intolérants. »

François Legault a d’ailleurs profité de ce segment du débat pour évoquer une déclaration maladroite du candidat libéral dans Taillon, Mohammed Barhone, qui a affirmé jeudi que « la CAQ veut faire un nettoyage de l’immigration ». Le chef de la CAQ a exigé des excuses de M. Couillard.

Vous tolérez des gens qui disent n’importe quoi!

François Legault, chef de la CAQ

Savez-vous pourquoi les gens réagissent comme ça? Parce que vous leur faites peur, M. Legault.

Philippe Couillard, chef du PLQ

« Les Québécois sont tannés de vous avoir comme un donneur de leçons, M. Couillard », a rétorqué M. Legault.

Le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, a pris la balle au bond pour comparer le plan caquiste avec le sien, qui propose plutôt d’exiger que les immigrants aient une connaissance fonctionnelle du français avant d’arriver sur le territoire.

« Moi, ce n’est pas comme ça que j’ai envie de valoriser la langue française », a tranché la co-porte-parole de Québec solidaire, Manon Massé. « Ce n’est pas en disant "vous ne rentrerez pas si vous ne parlez pas français" ni "on va vous mettre dehors si vous ne parlez pas assez rapidement le français" », a-t-elle ajouté.

Manon Massé s'adresse à Philippe Couillard sur le plateau du débat des chefs.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Philippe Couillard et Manon Massé se sont notamment affrontés sur la question de la gestion de l'offre et des renégociations de l'ALENA.

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

Les accords commerciaux

La co-porte-parole de Québec solidaire s’est par ailleurs démarquée lorsque la question des renégociations de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) a été abordée. « Je suis "flabbergastée", comme on dit en chinois, a lancé Mme Massé. Dans le fond, vous êtes tous d’accord pour signer des accords de libre-échange, […] et pourtant, vous savez très bien que ces accords-là nous lient les mains. »

« Ça nous rend extrêmement dépendants, par exemple de M. Trump quand ça lui tente », a-t-elle souligné. Dépendants aussi dans la manière dont « on va régler nos différends, parce qu’avec les accords que vous aimez signer, ça permet aux entreprises privées de poursuivre les gouvernements », a ajouté la co-porte-parole.

Pour Québec solidaire, la réponse à l’impasse de ces renégociations, c’est l’indépendance du Québec.

Le salaire des spécialistes

Répondant à la première question de la soirée formulée par une citoyenne au sujet des soins donnés en CHSLD, François Legault a aussitôt dénoncé l’enveloppe consentie par le gouvernement libéral sortant de Philippe Couillard aux médecins spécialistes. « Il avait été prévu, à l’époque, qu’il y aurait une étude comparative et qu’à partir de cette étude, on réduirait cet écart. Vous avez, sans étude comparative, augmenté de 60 % le salaire des médecins spécialistes. Même Gaétan Barrette dit avouer que les médecins spécialistes au Québec gagnent plus qu’en Ontario. Ils gagnent 400 000 $. C’est de l’argent qu’on n’a pas mis dans les CHSLD! » a lancé M. Legault.

« Si vous déchirez l’entente, vous mettez en péril tous les soins et les nouveaux services que les médecins donnent maintenant. Pour la première fois, les médecins participent à l’organisation des soins », a répondu Philippe Couillard.

« C’est vous, M. Legault, qui nous avez mis la main dans le tordeur. C’est vous qui avez signé cette lettre pour nous engager dans cette comparaison », a-t-il noté en rappelant, à l'instar du chef du Parti québécois, la lettre d'entente promettant aux médecins québécois un revenu équivalent à celui de leurs collègues des autres provinces, signée en 2002 par François Legault, alors qu'il était ministre de la Santé dans le gouvernement péquiste de Bernard Landry.

Jean-François Lisée, les mains écartées, s'exprimant lors du débat des chefs.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Jean-François Lisée a souvent été à l'offensive durant le premier débat des chefs.

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

« C’est une idée folle que vous avez eue là-dessus, M. Legault! » a asséné pour sa part Jean-François Lisée. François Legault s'est défendu en rappelant l'importance de réduire l'écart avec les médecins spécialistes ontariens pour que nos médecins restent au Québec au lieu d'aller pratiquer ailleurs. « On est dans un monde capitaliste, que vous le vouliez ou non. L’offre et la demande, c’est important. Sur quelle planète vous vivez, M. Lisée? », a-t-il demandé.

« Je vis sur une planète où il y a de l’équité et où la capacité de payer des Québécois doit être [respectée] », a riposté M. Lisée.

On peut comparer tant qu’on veut, mais ce n’est pas Doug Ford, le premier ministre de l’Ontario, qui va décider combien on paie les médecins au Québec.

Jean-François Lisée, chef du PQ

Le chef péquiste croit que le mot final revient aux Québécois. « Nous, au Parti québécois, on veut déclarer l’indépendance du Québec en termes de rémunération de nos médecins. C’est aux Québécois de décider en fonction de leur capacité de payer », a-t-il dit.

Manon Massé s’en est prise à Philippe Couillard et à François Legault, les accusant de délaisser le régime public de santé en privilégiant le privé.

« Les supercliniques sont venues remplacer, dans le fond, un système public qui s’appelle les CLSC, parce que vous avez tous les deux, vous comme médecin [M. Couillard], préféré aller vers un mode où les médecins peuvent s’incorporer et générer des revenus et des profits aux dépens, je dirais, du budget de la santé publique. Et vous [M. Legault], vous avez signé une clause comme quoi il ne fallait pas que les médecins aillent en CLSC parce que sinon, il y avait des pénalités, en 2002. Ces partis ne croient pas au système public de santé. Ils souhaitent absolument que le système de santé aille dans les mains d’entreprises privées que sont les médecins », a-t-elle déclaré.

Philippe Couillard a vanté les projets de ratios patients-infirmière lancés par son gouvernement. « C’est plus qu’un ratio que ça prend, c’est des conditions de travail, a réagi Mme Massé. Qui va accepter une job avec 4 jours sur 14 assurés? »

Philippe Couillard s'adresse à Jean-François Lisée.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

En début de débat, Jean-François Lisée a été plutôt virulent à l'égard de Philippe Couillard, qui n'a toutefois pas hésité à répliquer.

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

Maternelle 4 ans ou CPE?

Dans le volet éducation du débat, Philippe Couillard a été attaqué à plusieurs reprises pour l’austérité, ou la rigueur budgétaire, c'est selon, qui a eu cours lors des deux premières années du mandat libéral. Jean-François Lisée a notamment fait un lien entre ces compressions et la valorisation du travail des enseignants. « Un des moments les plus tristes que j’ai vécus, c’est quand on a appris que le gouvernement Couillard avait mis dehors 375 orthophonistes, techniciens spécialisés, psychiatres, tous ceux qui aidaient nos enfants en difficulté », a affirmé le chef péquiste.

Philippe Couillard l’a toutefois rapidement rappelé à l’ordre : « M. Lisée, vous devriez être prudent avec vos paroles, l’a-t-il prévenu. Vous avez fait partie d’un gouvernement qui a mis des milliers de professionnels de l’éducation à la retraite du jour au lendemain. » M. Couillard faisait ainsi référence aux mises à la retraite massives qui sont survenues sous le gouvernement péquiste de Lucien Bouchard dans les années 90, dont le chef actuel du PQ a été un conseiller politique. Une attaque qu’il a réitérée plus tard en faisant d’une pierre deux coups en rappelant que François Legault faisait partie du Conseil des ministres de ce gouvernement, qu'il a intégré en 1998.

De son côté, M. Legault a tenté de mettre à profit le plus possible son temps pour évoquer la mesure phare de son parti en éducation, soit l’instauration de la maternelle 4 ans pour « 100 % des enfants ». « Il y a 82 000 enfants de 4 ans, a noté le chef de la CAQ. Actuellement, il y en a juste 20 % qui vont dans les CPE et 6 % dans les maternelles 4 ans. Le seul parti qui a l’ambition que tous les enfants de 4 ans soient en CPE ou en maternelle 4 ans, c’est la CAQ. Quel manque d’ambition! »

Une attaque qui n’a pas manqué de faire réagir les autres chefs. « Dans votre cas, M. Legault, ambition rime souvent avec brouillon », a lancé le chef du Parti libéral. « Au rythme où vous les développez, ça prendra 50 ans à l’offrir à tous les enfants », a répliqué M. Legault, attaquant directement M. Couillard.

Manon Massé a pour sa part tenu à recentrer le débat sur le rôle des CPE, en s'adressant directement au chef caquiste.

On a un vaste réseau éducatif qui s'appelle les centres de la petite enfance. On n'a pas besoin d'une maternelle 4 ans, parce que les centres de la petite enfance, c'est leur mandat de faire de l'éducation avec nos enfants.

Manon Massé, co-porte-parole de Québec solidaire

Hydro-Québec et le développement régional

Philippe Couillard a accusé François Legault de nuire au développement régional du Québec, lui reprochant de s’être opposé « aux deux industries qui donnent aux Gaspésiens des emplois de qualité » : la cimenterie McInnis de Port-Daniel-Gascons et le développement éolien.

M. Legault a dû expliquer pourquoi il rejetait le projet éolien Apuiat de la nation innue. Il a cité la vérificatrice générale : « À cause de l’éolien, le Québec, les Québécois ont perdu 2,5 milliards de dollars. »

« On ne peut pas forcer Hydro-Québec à acheter de l’électricité quand on prévoit des surplus d’électricité pour les 15 prochaines années. Vous avez essayé d’acheter des votes en Gaspésie, vous êtes en train d’essayer d’acheter des votes sur la Côte-Nord », a déclaré le chef de la CAQ.

Le chef libéral est revenu à la charge en estimant que M. Legault ne se souciait pas des Autochtones.

Non, M. Legault, vous êtes en train de chasser les Premières Nations du développement économique du Nord. C’est ce qui va arriver si on vous écoute. Il faut les faire profiter de cela.

Philippe Couillard, chef du PLQ

Le chef caquiste a parlé de « mauvaise gestion » et de « gaspillage ».

On a déjà des surplus d’électricité. [...] Les gens d’Hydro-Québec sont découragés de vous.

François Legault, chef de la CAQ

De son côté, Jean-François Lisée a accusé le chef de la CAQ de s’opposer au développement régional sans avoir fait ses devoirs. « Tous les gens de la Côte-Nord, pour la première fois, sont ensemble. Les Innus, les communautés, les villes. Vous avez dit que vous étiez contre. L’avez-vous vu, le contrat? Savez-vous ça va être combien? Vous êtes contre avant de savoir : le contrat, est-ce que c’est 13 cents, est-ce que c’est 10 cents, est-ce que c’est 6 cents? Vous ne le savez pas. Vous dites non à un développement, sans savoir, sans lire. C’est incroyable », a-t-il lancé.

La co-porte-parole de Québec solidaire appuie quant à elle le projet Apuiat.

François Legault s'adresse à Jean-François Lisée les deux bras dans les airs lors du débat.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

François Legault et Jean-François Lisée ont confronté leur vision respective de la francisation des immigrants.

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

L’or bleu

Les chefs de partis ont été questionnés par l’animateur Patrice Roy sur l’écart important qui existe entre les redevances que les gouvernements du Québec et de l’Ontario perçoivent sur l’eau : 70 $ par million de litres puisés contre 503 $, respectivement. N’est-ce pas le temps d’être plus sévère, a-t-il demandé?

Philippe Couillard s’est porté à la défense du système en place. « Le Québec a 3 % des réserves mondiales d’eau douce. C’est une richesse phénoménale. On en prélève des redevances. Je sais bien que vous trouvez que le niveau est différent. Mais on a beaucoup plus d’eau qu’en Ontario », a-t-il dit.

Manon Massé a dénoncé le régime de redevances en disant que le Trésor public n’en retire que des miettes. « Actuellement au Québec, que ce soit Pepsi, Coke, Eska, Naya qui utilisent notre or bleu, savez-vous c’est quoi la redevance? C’est des pinottes. C’est un quart de cent par mètre cube d’eau. C’est ridicule. Même chose pour les redevances minières. Nous à Québec solidaire, on va y aller à sept cents du mètre cube d’eau », a-t-elle réagi.

François Legault a semblé esquiver la question de la redevance, en parlant plutôt des investissements à faire dans les usines d’épuration. « Quand il y a des pluies abondantes, les usines d’épuration ne sont pas suffisantes, que ce soit à Montréal ou à Beauharnois. Il faut travailler à améliorer la qualité de l’eau. Il faut la protéger », a-t-il dit.

Le chef du PQ a promis d’être plus ferme envers les entreprises. « La CAQ n’a rien à dire sur les redevances. Nous, on pense effectivement que c’est donné. Nous avons mis dans notre cadre financier, aujourd’hui, une hausse significative des redevances qui fait qu’on va charger davantage que l’Ontario », a-t-il affirmé, sans toutefois dire combien la province allait facturer aux entreprises.


Nos journalistes Romain Schué, Jérôme Labbé et Julie Marceau, qui ont suivi les caravanes du Parti libéral du Québec, du Parti québécois et de la Coalition avenir Québec, respectivement, rendaient compte des propos des chefs tout au long de la soirée :

Politique provinciale

Politique