•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Que nous réserve Paul McCartney?

Paul McCartney tient sa guitare d'une main et lève le poing de l'autre, lors d'un concert en 2017.
Paul McCartney lors d'un concert en 2017 Photo: The Associated Press / Brent N. Clarke
Philippe Rezzonico

Paul McCartney sera de retour au Québec la semaine prochaine, cinq ans après son dernier passage au Festival d'été de Québec et sept années après son doublé au Centre Bell. Que nous réserve-t-il? Pour essayer de répondre à la question, il faut connaître la façon de faire de McCartney sur scène depuis les quelque 30 dernières années. Analyse.

La tournée qui s’amorcera au Centre Vidéotron le 17 septembre se nomme Freshen Up. Ce titre est révélateur. Pour nombre d’artistes, une nouvelle tournée implique nécessairement la parution d’un récent album. Ce n’est pas toujours le cas pour McCartney.

Au cours des ans, l’ex-Beatle, qui est toujours un Beatle dans l’âme, est parti sur la route des spectacles sans avoir de nouvelles chansons à proposer. Cela a été le cas lors de sa tournée One on One (2016-2017), qui ne s’est pas arrêtée au Québec, mais qui a été présentée au Canada anglais. Situation identique pour la Up and Coming Tour (2010-2011), qui a fait escale à Montréal, et pour sa tournée estivale de 2009, tant en Amérique qu’en Europe.

Lorsqu’une tournée porte un nom différent de la précédente, cela indique impérativement que la sélection de chansons sera modifiée. Pour Macca, cette fois, c’est d’autant plus vrai que la tournée à venir est liée à un nouveau disque de fort bonne tenue, Egypt Station, paru la semaine dernière. Comme son nom l’indique, Freshen Up (qui signifie se rafraîchir) sera donc l’occasion de brasser les cartes. Mais lesquelles?

En 2013, Save Us et New ont été les seules chansons de l’album New à être interprétées sur une base régulière. En 2005, Fine Line, Jenny Wren et Follow Me, tirées de Chaos and Creation in the Backyard, faisaient partie intégrante de The "US" Tour. En 2009, il ne restait que Dance Tonight, de l’album Memory Almost Full (2007), parmi les récentes chansons au programme. Comprenez que McCartney ne fait pas comme Madonna ou U2 et n’interprète pas lors d’une même tournée une demi-douzaine de chansons tirées d’un nouveau disque.

En raison des critiques fort positives du nouvel album, je me dis que Paul nous offrira au minimum un trio de nouveaux titres : Come On to Me, le premier extrait qui a été sur toutes les plateformes promotionnelles, sera assurément de la partie.

Lors de son concert, que l’on peut qualifier de répétition générale, au Grand Central de New York la semaine dernière, McCartney a également interprété les toutes neuves Who Cares et Fuh You. Il y a fort à parier qu’on entendra les trois chansons au Québec dans les prochains jours, d’autant plus que la dernière a eu droit à un clip.

Les nouveaux titres prendront la place de quelles chansons qui étaient de la tournée One on One? Je serais très étonné que My Valentine – composée par McCartney pour son épouse Nancy Shevell – et FourFiveSeconds – sa collaboration de 2015 avec Kanye West et Rihanna – soient rayées de la sélection de chansons, mais il est probable que Save Us et Temporary Secretary devront céder leur place.

Les classiques en rotation

Si McCartney varie quelque peu ses offrandes quand il joue deux soirs dans la même ville, d’ordinaire, il reste fidèle à sa sélection de chansons programmées pour le premier concert de sa tournée. C’est la raison pour laquelle des millions d’amateurs de Macca scruteront avec attention ce qu’il proposera à Québec. Ce sera essentiellement le même menu, à quelques exceptions près, pour tous les concerts à venir de Freshen Up. Il y a une bonne raison pour cela.

McCartney sait fort bien que ses fans irréductibles sont principalement des amateurs des incontournables des Beatles. Donc, à chaque tournée, depuis des décennies, il sort des boules à mites une poignée de classiques peu ou pas jouées du Fab Four qui inciteront des purs et durs à acheter des billets pour sa nouvelle tournée.

Lors du premier concert de la tournée Out There, le 4 mai 2013, au Brésil, McCartney et ses musiciens ont interprété Eight Days a Week pour une toute première fois. Jamais les Beatles ne l’avaient jouée lors d’un concert. Nous avons eu le bonheur de l’entendre sur les plaines d’Abraham, le 23 juillet de cette même année.

Trois ans plus tard, au lendemain du premier concert de la tournée One on One à Fresno (Californie), j’ai consulté en déjeunant la liste des chansons jouées. Mon hurlement a réveillé tout le voisinage… Là, sous mes yeux, il y avait A Hard Day’s Night écrit en toutes lettres. Macca ne l’avait pas interprétée depuis 1965, avec les Beatles! Et là, plus bas, Love Me Do, pas jouée depuis 1963 dans son cas. Et puis Here, There and Everywhere, qui revenait parmi les chansons célébrées pour une première fois depuis une décennie…

Que croyez-vous que j’ai fait? Je me suis procuré immédiatement un billet pour le seul concert en sol canadien près du Québec, soit celui de Hamilton, afin d’être sûr d’entendre une fois dans ma vie ces incontournables.

La bonne nouvelle, c’est que McCartney a interprété A Hard Day’s Night et Love Me Do à New York il y a quelques jours, ce qui laisse présumer qu’elles seront de la tournée Freshen Up. Pensez-y… Le 20 septembre, on entendra peut-être à Montréal le fameux « twannnngggg! » d’ouverture de A Hard Day’s Night pour la première fois depuis le concert des Beatles au Forum le 8 septembre 1964. J’en tremble déjà… Interdiction formelle d’arriver en retard; c’est la première chanson du concert.

Cela dit, McCartney préférera-t-il Can’t Buy Me Love à All My Loving, ou déterrera-t-il un autre trésor musical? Je l’ignore, mais ce dernier sait qu’un certain nombre d’incontournables doivent être absolument de la partie. Hey Jude, Let It Be, Back in the USSR et Yesterday, pour ne nommer que celles-là, seront de la partie, tout comme Live and Let Die et Band on the Run de la période Wings du Britannique.

Grosso modo, deux douzaines de chansons des Beatles devraient être de la partie et plus d’une demi-douzaine de pièces de la période Wings seront programmées. Le reste du concert sera composé des chansons récentes ou toutes neuves. Le survol de Paul, du début des années 1960 à la fin des années 2010, sera ainsi complet.

Et la voix, elle?

Si une partie du plaisir est de tenter de deviner ce que McCartney nous interprétera, le risque, plus que jamais, demeure de savoir comment il nous l’interprétera. Les dénigreurs de McCartney disent qu’il y a déjà belle lurette que sa voix n’est plus à la hauteur du passé. Je nuancerais que cela dépend beaucoup des chansons choisies, mais sur le débat de fond, il est clair que Sir Paul n’a plus sa voix de jeunesse… ni même celle de ses 50 ans. C’est plus évident que jamais sur les nouveaux titres d’Egypt Station.

En concert, la dégradation s’est mesurée graduellement, au fil des tournées des dernières années. Je voyais – plutôt entendais – peu de variantes envers les versions studio au début des années 2000 et McCartney tenait encore étonnamment le fort lors de son passage à Montréal en 2010.

Puis, lors de chaque tournée subséquente, on a remarqué qu’un peu plus de chansons souffraient de cette dégradation vocale. Les amateurs de Québec et de Montréal qui n’ont pas entendu Macca depuis ses dernières visites dans leur ville respective pourraient avoir un choc la semaine prochaine.

Dans la photo, le musicien a les bras ouverts avec sa guitare devant un micro.La légende des Beatles, Paul McCartney est sur scène au Danemark en 2015. Photo : AFP / Jens Noergaard/Getty

À Hamilton, en 2016, McCartney s’était tellement claqué la voix durant Maybe I’m Amazed, que Here, There and Everywhere en avait drôlement pâti. Il avait d’ailleurs laissé tomber cette dernière en cours de tournée, du rarement vu.

Au-delà des affres de l’âge (76 ans) qu’il affiche désormais – McCartney montre enfin ses cheveux blancs –, c’est un peu la faute de l’Anglais qui s’évertue à interpréter ses chansons dans leur clé d’origine, ce qui s’avère désormais impensable pour certaines d’entre elles. Mais bon, très souvent encore, la magie opère, parfois parce que Brian Ray, Rusty Anderson, Abe Laboriel Junior et Paul « Wix » Wikens représentent le meilleur groupe de scène qui accompagne McCartney depuis les Beatles, tantôt parce que les chansons sont interprétées par des milliers de spectateurs à l’unisson.

On le souhaite encore une fois, pour ce qui sera peut-être une ultime Magical Mystery Tour.

Musique

Arts