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Le plus vieux dessin au crayon découvert à ce jour

Un fragment de silcrète portant sur l'une de ses faces un dessin composé de neuf lignes tracées au crayon d'ocre.
Fragment de silcrète portant sur l'une de ses faces un dessin composé de neuf lignes tracées au crayon d'ocre. Photo: Nature/D'Errico/Henshilwood
Radio-Canada

Le plus ancien dessin abstrait a été découvert sur un fragment de roche daté de 73 000 ans dans une grotte en Afrique du Sud.

Ce fragment de roche siliceuse (silcrète) de 4 centimètres de long a été mis au jour dans une grotte de Blombos, située à 300 kilomètres à l'est de la ville du Cap. Il porte sur une de ses faces un croisillon formé de neuf traits, qui ont été volontairement tracés avec un crayon d'ocre pourvu d'une fine pointe.

Le symbole, qui rappelle vaguement le mot-clic #, précède d'au moins 30 000 ans les plus anciens dessins abstraits et figuratifs connus jusqu'à présent et réalisés avec la même technique.

Les lignes ont été délibérément tracées avec un crayon d'ocre pointu, sur une surface préalablement lissée par frottement. La pointe devait faire 1 à 3 millimètres de large.

Francesco d'Errico, Université de Bordeaux

Cette grotte est fouillée depuis 1991 par l’archéologue sud-africain Christopher Henshilwood et des collègues internationaux. De nombreux autres objets travaillés par l'humain moderne (gravures, objets de parure, outils en os, etc.) ont aussi été récupérés.

Dans la présente étude, des chercheurs français spécialistes de l'analyse chimique des pigments ont épaulé M. Henshilwood.

Le saviez-vous?

Des gravures plus anciennes ont été retrouvées à Java, en Indonésie. Elles datent d'il y a plus de 540 000 ans et ont sans doute été réalisées par l'Homo erectus.

L’œuvre d’un humain?

Établir que ces lignes ont été tracées par des humains a représenté un défi pour l’équipe de recherche. Dans un premier temps, elle a reproduit expérimentalement les traits avec plusieurs techniques.

L’équipe a ensuite comparé ses productions au dessin original grâce à différentes techniques d'analyse. Le résultat est clair : les lignes ont été délibérément tracées avec un crayon d'ocre pointu sur une surface préalablement lissée par frottement. Ainsi, ce dessin devient le plus ancien motif dessiné par un humain.

Le fragment est tout petit. C'est une performance d'avoir réussi à le faire parler.

Francesco d'Errico, Université de Bordeaux

Le morceau de roche étudié fait partie d'un objet plus grand, qui était peut-être une meule pour produire de la poudre d'ocre.

Un symbole connu

La couche archéologique dans laquelle se trouvait le fragment a déjà livré de nombreux autres objets à vocation symbolique, notamment des morceaux d'ocre gravés où apparaissaient également des motifs en forme de croisillons, qui ressemblent beaucoup au nouveau dessin mis au jour.

Ces découvertes montrent que les premiers Homo sapiens de cette région d'Afrique ont utilisé différentes techniques pour produire des signes similaires sur divers supports, un constat qui renforce l'hypothèse d'une utilisation symbolique de ces signes.

C'est la première fois que l'on voit le même type de motifs reproduit sur des supports différents, avec des techniques différentes.

Francesco d'Errico

« Cela renforce l'idée que ces croisillons étaient vraiment quelque chose qui existait dans l'esprit de ces chasseurs-cueilleurs », explique M. d'Errico. Des signes qui avaient sans doute une « vocation symbolique », conclut le chercheur.

Avec les informations de Agence France-Presse

Anthropologie

Science