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Décentralisation des ministères : tout le contraire des quatre dernières années

Philippe Couillard, devant son autobus de campagne, sur lequel on peut lire le slogan électoral du Parti libéral, « Faciliter la vie des Québécois ».
Le chef libéral Philippe Couillard, devant son autobus de campagne, le 10 septembre. Photo: La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Le chef du Parti libéral du Québec, Philippe Couillard, s'est engagé la semaine dernière à décentraliser les processus décisionnels de certains ministères en transférant les équipes concernées dans les régions où se trouve une grande part de leurs activités. L'Abitibi-Témiscamingue accueillerait par exemple le secteur des mines du ministère de l'Énergie et des Ressources naturelles (MERN) : les 159 employés et gestionnaires qui travaillent actuellement à Québec pourraient ainsi venir grossir les rangs des 39 fonctionnaires de la région. Or, selon les données du Secrétariat du conseil du trésor sur les effectifs de la fonction publique, c'est plutôt à une centralisation de la fonction publique qu'on a assisté pendant les quatre dernières années au pouvoir des Libéraux.

Un texte d'Émilie Parent-Bouchard

Entre mars 2014 et mars 2018, les régions du Québec ont perdu 93 fonctionnaires. Pendant la même période, 588 fonctionnaires supplémentaires ont joint les rangs des fonctionnaires basés à Montréal ou à Québec, selon les données sur l'effectif de la fonction publique comptabilisées sur le site web du Secrétariat du Conseil du Trésor (cliquez sur les quatre flèches pour agrandir le tableau).

Avec 49 pertes d'emplois seulement en Abitibi-Témiscamingue, le président de la Chambre de commerce et d'industrie de Rouyn-Noranda, Jean-Claude Loranger, accueille donc l'engagement de décentralisation ministérielle du premier ministre Philippe Couillard avec scepticisme.

C'est incohérent avec tout ce qu'on a vu depuis les quatre dernières années. Je veux dire, on a perdu des emplois de fonctionnaires, des postes décisionnels en région qui ont été rappatriés vers les grands centres et ça, ça a fait mal à la région, plaide Jean-Claude Loranger, soulignant que la fonction publique joue un rôle particulièrement important dans l'économie de Rouyn-Noranda.

À long terme, c'est un effritement qu'on voit et la meilleure preuve de ça, c'est Revenu-Québec, qui est la première direction régionale qui est partie. Et aujourd'hui, tout ce qui entourait la direction régionale, maintenant c'est à Laval. On a de la misère à garder ces emplois-là en région.

Jean-Claude Loranger, président de la CCIRN

Il cite aussi l'abolition de la direction régionale du ministère de la Culture et des Communications, rappatriée à Gatineau, l'abolition de postes au sein du ministère de l'Éducation, ainsi que le non-remplacement de la direction générale du Régime québécois d'assurance parentale, dernier exemple connu de l'« effritement » de la fonction publique dans les régions, selon lui.

L'homme d'affaires, qui a multiplié les sorties publiques dans ces dossiers au cours des derniers quatre ans, croit qu'il serait pourtant plus efficient de conserver dans les régions des postes de décisions dans l'ensemble des secteurs d'intervention de l'État. Il prône plutôt une « stratégie intégrée » où on a des interlocuteurs du gouvernement dans les régions ont une latitude sur l'administration de leurs ressources.

On décentralise de plus en plus de responsabilités aux appareils municipaux, mais quand on leur demande d'intervenir sur le terrain et d'agir, ils sont toujours à distance avec des gens qui sont à Québec ou à Montréal, soulève M. Loranger. D'un autre côté, on fait ça sous prétexte d'optimiser la fonction publique, mais il faut être conscients des pertes de temps, des pertes de productivité dans les transports [quand on envoie les gens à Montréal]. [...] L'un dans l'autre, je ne pense pas qu'il y ait d'économies tant que ça.

Dans l'industrie minière même, la question de la décentralisation du secteur mines du MERN en Abitibi-Témiscamingue soulève davantage de questions qu'elle n'en résoud.

On peut se questionner sur comment ça peut se faire? Est-ce qu'ils vont engager de nouveaux géologues, les géologues résidents vont-ils reprendre un rôle plus important? Quelle catégorie de classes de métiers seront transférées? Il y a beaucoup, beaucoup de questions bien sûr. On prend ça un peu avec un grain de sel, parce qu'au-delà de l'annonce électorale, il n'y a pas plus d'information, illustre la directrice générale de l'Association d'exploration minière du Québec, Valérie Fillion.

Valérie FillionValérie Fillion Photo : Radio-Canada / Émélie Rivard-Boudreau

Elle ajoute que rappatrier le secteur mines du ministère serait intéressant, soit, mais à condition qu'on ne parle pas strictement d'emplois administratifs.

On voit qu'il y a des géologues qui partent à la retraite et on ne voit pas où sont les remplacements, poursuit Mme Fillion, mentionnant qu'elle considère pourtant cette fonction comme essentielle puisque le ministère est en quelque sorte la « bibliothèque géologique du Québec » parce qu'il est le premier à caractériser le sous-sol pour orienter les décisions des compagnies d'exploration. Il y a peut-être un coup de barre à donner, mais maintenant, est-ce que ça passe par des déménagements? Vous comprendrez que ça ne nous appartient pas de prendre des décisions. [...] Mais je suis sûre que nos membres seraient bien contents de voir des géologues responsables des régions avoir de la marge de manoeuvre et pouvoir aller sur le terrain beaucoup.

Le député sortant de Rouyn-Noranda-Témiscamingue, Luc Blanchette, avance quant à lui qu'il est déjà difficile de retenir certains professionnels dans la fonction publique.

Les 93 pertes d'emplois c'est pour l'ensemble des six régions périphériques. Pour l'Abitibi-Témiscamingue, on parle de 49, donc il faut le relativiser, lance d'emblée celui qui cumulait les fonctions de ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs et de ministre responsable de l'Abitibi-Témiscamingue et du Nord-du-Québec avant le déclenchement des élections. Il est vrai que parfois on a de la difficulté à recruter, mais tout le monde a les mêmes difficultés, poursuit-il, ajoutant que le directeur général du ministère des Transports dans la région lui donnait l'exemple du taux de roulement des ingénieurs civils, qui après un peu plus de deux ans dans la fonction publique, quittent généralement pour des emplois plus lucratifs, notamment dans l'industrie minière.

Un candidat du PLQ pose devant une de ses affiches.Luc Blanchette devant son local électoral de l'avenue Principale Photo : Radio-Canada / Lise Millette

Luc Blanchette, qui ajoute qu'il est primordial de maintenir des emplois dans les régions – il se targue d'ailleurs que son ministère soit l'un des plus décentralisés de la province, avec 68 % des emplois à l'extérieur de la Capitale-Nationale – a cependant des solutions, notamment financières.

Ce n'est pas l'idéal, mais il pourrait y avoir des incitatifs, notamment pour les fonctions plus critiques que j'appelle, que ce soit les ingénieurs, les informaticiens, les médecins, etc., énumère-t-il. Ça existe déjà dans le domaine de la santé notamment Ville-Marie et Témiscaming ont des suppléments pour essayer d'attirer plus et de garder le monde. [Il y a aussi] le crédit d'impôt pour le retour des étudiants diplômés en région qui fonctionne bien. Est-ce que c'est justifié de faire ça? Bien quand on est dans une situation critique comme on l'est, parce que même les dernières statistiques de chômage pour le mois d'août sont de l'ordre de 3,6 % de chômage pour la région. Donc, on s'entend qu'il va falloir mettre de l'avant des mesures pour stabiliser ces emplois-là.

Déjà, le Syndicat de la fonction publique et parapublique a émis des réserves, notamment parce que les conventions collectives prévoient qu'on ne peut forcer un employé à accepter un poste à plus de 50 kilomètres de chez lui.

Abitibi–Témiscamingue

Politique provinciale