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Oui, l'accès aux soins s'améliore au Québec, mais pas pour tous

Une femme habillée avec un sarrau blanc marche dans un corridor d'hôpital où l'on voit une civière.
Un médecin marche dans un corridor de l'Hôpital général juif de Montréal. Photo: Radio-Canada / Martin Thibault
Radio-Canada

Depuis la réforme Barrette, l'accès des Québécois au système de santé a connu une légère amélioration. Cependant, au cours des trois dernières années, pour certaines catégories de soins, particulièrement pour les soins en santé mentale et les services aux populations défavorisées, l'accès est toujours problématique.

Un texte de Djavan Habel-Thurton

C’est le constat d'un rapport de chercheurs de l’Université de Montréal, obtenu par Radio-Canada, évaluant l’accessibilité du système de santé québécois depuis la réforme Barrette.

Dans leur « atlas de l’accessibilité », les chercheurs François Champagne et André-Pierre Contandriopoulos détaillent l’accessibilité de 12 catégories de services rendus par les 22 Centres intégrés de santé et de services sociaux et Centres intégrés universitaires de santé et de services sociaux (CISSS-CIUSSS) du Québec.

Les professeurs de l’Institut de recherche en santé publique (IRSPUM) y ont colligé environ 70 indicateurs d’accessibilité pour les années 2015, 2016 et 2017.

Accessibilité

Pour les chercheurs, l’accessibilité d’un système de santé se définit simplement comme une « absence de barrières », que celles-ci soient économiques, organisationnelles (liste d’attente, heures réduites), culturelles ou autres.

Problèmes en santé mentale

Il en ressort que l’accès aux soins pour les problèmes mentaux ou sociaux est déficient presque partout dans la province.

Accessibilité aux soins en santé mentale

Carte du QuébecEn rouge : l'accessibilité est faible, en orange, elle est préoccupante; en verte, elle est bonne. Photo : Radio-Canada

La version originale de ce document a été modifiée. Pour des raisons techniques, la version interactive des cartes n'est plus disponible.

Pour les soins en santé mentale, l’accès aux ressources est considéré comme faible dans 16 des 22 établissements. Les Îles-de-la-Madeleine, le Bas-Saint-Laurent et le Saguenay-Lac-Saint-Jean se démarquent cependant positivement dans cette sphère.

Le constat est également alarmant pour la catégorie des soins psychosociaux, puisque l’accès est faible dans 13 CISSS-CIUSSS et préoccupant dans 8 autres. Seul le CISSS de la Gaspésie affiche un résultat jugé bon par les chercheurs dans cette catégorie.

Accessibilité aux services psychosociaux

Carte du QuébecCarte du Québec En rouge : l'accessibilité est faible, en orange, elle est préoccupante; en verte, elle est bonne.©Radio-Canada Photo : Radio-Canada

On constate aussi des performances médiocres dans le cas des soins de lutte contre les dépendances et des services de déficience intellectuelle et du trouble du spectre de l’autisme. Dans cette dernière catégorie, c'est dans les CISSS-CIUSSS des grandes villes (Montréal, Laval et Québec) que l’accessibilité est la plus difficile pour les patients.

Selon François Champagne, le gouvernement libéral aurait négligé les services sociaux et la santé mentale parce qu’il est plus politiquement payant de s’attaquer à des problèmes plus concrets, comme le temps d’attente à l’urgence, pour une chirurgie ou un diagnostic, ou l’accès à un médecin de famille.

C’est d’ailleurs dans ces catégories qu’on observe une meilleure accessibilité depuis la réforme Barrette. Par exemple, tous les CISSS-CIUSS affichent une note bonne ou très bonne dans la catégorie des soins primaires et des chirurgies prioritaires.

On ne parle pas assez de santé mentale, où on a vraiment des besoins criants.

François Champagne, professeur à l'IRSPUM

Accesibilité aux urgences

Carte du QuébecEn rouge : l'accessibilité est faible, en orange, elle est préoccupante; en verte, elle est bonne. Photo : Radio-Canada

« Les politiciens, les technocrates se font moins questionner sur ces enjeux-là [santé mentale] », dit l'expert en évaluation de systèmes de santé. « Les journalistes ont peut-être une responsabilité; ces enjeux sont moins à l’agenda politique », croit-il.

Le professeur, très sévère envers les importantes compressions du gouvernement Couillard en santé, insiste sur l’importance d’investir « dans la prévention, l'amélioration des conditions sociales, des conditions de vie et de l’environnement ».

L’accessibilité aux soins pour les personnes âgées sort aussi du lot, puisqu’il est faible partout, à l’exception du CISSS du Bas-Saint-Laurent. Ce piètre résultat s’explique par de longs temps d’attente pour l’hébergement de longue durée (9 mois en moyenne pour une place en CHSLD et 10 mois en ressource intermédiaire) et par un temps moyen d’attente sur civière à l’urgence pour les patients de plus de 75 ans qui dépasse les 20 heures.

Iniquité entre régions

Pour que le système soit équitable pour tous les Québécois, « l'accès devrait être meilleur pour ceux qui en ont le plus besoin », explique François Champagne, qui enseigne dans le domaine de la santé publique depuis 35 ans.

L’équité, ce n'est pas que chaque région ait les mêmes services, mais que chaque région puisse répondre à ses besoins.

François Champagne

Le rapport identifie quatre CISSS-CIUSSS dont la clientèle affiche un indice de défavorisation particulièrement élevé. Trois d’entre eux sont situés dans la métropole québécoise : les CIUSSS de l’Est, du Nord et du Centre-Sud de l’île de Montréal. S’ajoute à ce trio le CIUSSS de la Mauricie-et-du-Centre-de-Québec.

L’indice utilisé par les chercheurs mesure tant la défavorisation matérielle (revenu, emploi, éducation) que la défavorisation sociale (personnes seules, monoparentalité). Il est « fortement associé à la demande » de soins et permet de déterminer quelles régions devraient obtenir plus de ressources.

Dans le tableau ci-dessous, on peut observer la différence entre l’accessibilité dans les CISSS-CIUSSS les plus défavorisés (points rouges) et les plus favorisés (points bleus).

On remarque que l’accès à un médecin de famille et à l’urgence dans les CIUSSS plus défavorisés est inéquitable. C’est aussi le cas de plusieurs catégories de soins touchant des clientèles spécifiques, comme les personnes âgées, les personnes vivant avec une maladie mentale, les jeunes en difficultés ou les personnes déficientes intellectuelles et autistes. Ces services sont plus difficiles d’accès dans les régions plus pauvres.

Pour les services spécialisés comme l’imagerie médicale et les chirurgies, les chercheurs notent une bonne équité entre régions. En fait, l’accessibilité aux services psychosociaux et de la lutte contre les dépendances est encore meilleure dans les régions défavorisées, où ils sont davantage requis.

Pour M. Champagne, l'abolition des agences régionales de santé est « un des éléments les plus négatifs » de la réforme de Gaétan Barrette qui a exacerbé les iniquités régionales.

Les quatre CIUSSS les plus défavorisés n’obtiennent cependant pas des résultats équivalents. Par exemple, les établissements de la Mauricie-et-du-Centre-de-Québec, du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie s’illustrent dans certaines catégories de soins où d’autres régions affichent de piètres résultats.

Les régions mieux servies que Montréal

À l’inverse, les CIUSSS de Montréal ainsi que les trois CISSS de Montérégie et celui des Laurentides obtiennent des résultats particulièrement décevants au niveau de l’accessibilité globale.

François Champagne estime que les problèmes d’accessibilité pour Montréal et ses couronnes sont particuliers. À Montréal, la forte concentration de personnes défavorisées et une population très diversifiée sont plus complexes à gérer qu’en région rurale, où la population est davantage homogène. Dans les zones périphériques, comme les Laurentides et la Montérégie, l’organisation et la quantité des services ne se seraient tout simplement pas adaptées à l’important boom démographique qui s’est produit au cours des dernières années.

L’accessibilité, ce n’est pas tout

« Un système de santé, c'est beaucoup plus que juste l'accès et c'est délicat de ne regarder qu'un aspect », tient toutefois à préciser François Champagne, qui a développé des systèmes d’évaluation des établissements de santé à travers le monde.

Par exemple, il explique qu’il peut parfois exister une relation inverse entre l’accessibilité et la qualité. « Améliorer un aspect peut en réduire un autre. Par exemple, augmenter l'accès et le volume d’utilisation pourrait réduire la qualité [des soins] si les gens qui donnent les services sont sous trop de pression ou que le climat de travail se détériore », illustre-t-il.

C’est ce qui se passe en ce moment au Québec, selon le chercheur. Il croit que les efforts du ministre Barrette pour améliorer l’accès au système ont probablement porté leurs fruits, mais il ajoute que « des indices [...] suggèrent que ces gains en accès se sont faits au détriment d'autre chose », comme la qualité des soins et l’humanisation des patients.

Pour construire un système d’évaluation plus complet, le chercheur voudrait pouvoir analyser chaque aspect du système de santé. Il fait cependant face à ce qu’il qualifie « d’obstruction systématique des données » qui l’empêche d’avoir accès à l’information dont il aurait besoin.

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