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Élections Québec 2018 : les partis veulent-ils vraiment parler aux jeunes électeurs?

Des pancartes électorales.

Est-ce que les partis politiques utilisent les bons moyens pour rejoindre les jeunes électeurs en 2018 et les inciter à voter?

Photo : Radio-Canada / Jérémie Bergeron

Radio-Canada

Le directeur général des élections du Québec (DGEQ), Pierre Reid, s'est dit préoccupé par la faible participation électorale des jeunes en Outaouais lors des élections générales de 2014. Est-ce que les partis politiques utilisent les bons moyens pour les rejoindre en 2018 et les inciter à voter, certains spécialistes des communications s'interrogent.

Un texte de Pascal Gervais

Seulement 46 % des jeunes de 18 à 34 ans ont exercé leur droit de vote en Outaouais lors des élections générales de 2014, il s’agit de l’un des taux les plus faibles du Québec. L’Outaouais occupait le troisième rang sur un total de 16 régions.

Privilégiées par les partis dès le début de la campagne, les affiches électorales ne sont pas efficaces pour capter l’attention des jeunes adultes, mais elles ne sont pas prêtes de disparaître selon les professeurs universitaires Eugénie Dostie-Goulet et Luc Dupont.

Le professeur de communication à l'Université d'Ottawa et spécialiste de l'image de marque, Luc Dupont, maintient que les pancartes électorales ont encore leurs utilités.

Les pancartes électorales, aussi curieux que ça puisse paraître, sont encore utiles. Est-ce qu’elles sont utiles pour motiver, pour persuader les électeurs qui autrement auraient votés pour un autre partie, la réponse courte est assurément non, d’ailleurs il n’y a aucune recherche qui a fait cette démonstration-là, précise le professeur de communication à l'Université d'Ottawa.

Il ajoute que les pancartes sont encore importantes pour deux raisons fondamentales.

La première raison d’être des pancartes, c’est pour les médias, qui souvent vont s’en servir pour mesurer le niveau de préparation des partis, deuxième facteur, c’est pour motiver les troupes à l’interne, les gens qui travaillent déjà pour les partis politiques et les électeurs qui suivent plus ou moins la campagne électorale, mais qui a déjà une idée bien arrêtée de la personne pour laquelle il va voter, il remarque les pancartes de son candidat, en psychologie nous appelons ça de l’attention sélective, expose-t-il.

De son côté, Eugénie Dostie-Goulet, chargée de cours à l'École de politique appliquée de l'Université de Sherbrooke croit que les pancartes touchent encore une partie de la population.

Ce n’est pas encore tout le monde qui suit les candidats sur les médias sociaux, il y a plusieurs personnes pour qui les pancartes sont la seule façon d’associer un nom avec un parti. Il ne faut pas non plus juste axer la campagne sur ce que les jeunes générations veulent, mais on ne peut plus se fier uniquement sur les pancartes, dit-elle.

Sur le plan de la persuasion, si je veux persuader des électeurs plus jeunes les pancartes électorales ne sont assurément pas l’outil numéro un, je pencherais évidemment pour internet et j’achèterais des mots-clés en fonction des promesses, fait valoir de son côté M. Dupont.

La place des réseaux sociaux

Les jeunes Québécois nés au tournant du siècle voteront pour la première fois de leur vie de citoyen en octobre. Mme Dostie-Goulet constate que les partis se livrent maintenant une bataille électorale sur le terrain des réseaux sociaux.

Il y a entre autres une utilisation accrue des pages Facebook pour les candidats. Elles sont utilisées de façon intensive, dès qu’il y a des jeunes qui travaillent avec les candidats, ils publient une photo, j’ai l’impression qu’ils essaient plus cette année que dans les campagnes précédentes, soutient Mme Dostie-Goulet.

Il reste encore du travail à faire pour peaufiner les messages qui sont diffusés et qui peuvent rejoindre et intéresser les jeunes.

Eugénie Dostie-Goulet

Pour Luc Dupont, la page Facebook pour les candidats est un incontournable, mais elle n’est pas suffisante.

Il y a cinq ans, avant l’arrivée des fameux algorithmes qui sélectionnent de façon assez serrée les internautes qui seront potentiellement exposés à la page je vous aurais dit : il n’y a pas de problème, aujourd’hui il faut utiliser en fonction des contenus différents type de plate-forme, alors j’ai de la difficulté à m’imaginer qu’un candidat n’a pas encore minimalement une page YouTube, un compte Twitter et une page LinkedIn, ajoute M. Dupont.

Les jeunes sont sur Facebook, mais ils sont encore plus sur Instagram et sur Snapchat. L’utilisation des médias sociaux change rapidement, même les jeunes candidats se sont des candidats qui ont plus de 30 ans, ce n’est donc pas les mêmes façons de faire et les mêmes habitudes que les jeunes électeurs de 18 à 24 ans, il y a un problème d’adaptation pour les candidats, explique la chargée de cours à l'École de politique appliquée de l'Université de Sherbrooke.

Elle ajoute : Les jeunes ne sont pas la clientèle principale des partis, mais en même temps, moins on leur parle moins ils vont devenir leur clientèle principale. C’est un défi parce qu’il n’y a pas un seul type de jeune. Il y a les jeunes de 18 à 21 ans, qui n’ont rien avoir avec les jeunes de 30 à 34 ans. Il y a toutes sortes de jeunes qui n’ont pas les mêmes intérêts, c’est très difficile de parler aux jeunes, nous mettons souvent les jeunes dans le même panier, mais on ne peut pas faire ça, il y a tellement de diversité parmi les jeunes, c’est très difficile de leur parler en grand groupe.

Filtres Snapchat personnalisés

Le directeur général des élections du Québec (DGEQ) a lancé une campagne de sensibilisation au vote à la fin du mois d’août, mais pour la toute première fois, des textos, manchons à café et filtres Snapchat personnalisés pour inciter les jeunes à aller voter en grand nombre le 1er octobre.

Le DGEQ a préparé une campagne sur Snapchat où les électeurs vont pouvoir, lorsqu’ils auront voté, mettre un filtre particulier pour indiquer qu’ils ont voté sur le campus.

Eugénie Dostie-Goulet

Oui, c’est important que les candidats et les partis s’adressent aux jeunes, mais heureusement il n’y a pas qu’eux non plus, il y en a d’autres qui travaillent sur la question dont Élections Québec qui est assez active en termes de nouveaux médias, avec de nouveaux types de communication afin de joindre les millénaux, précise Mme Dostie-Goulet.

Un exemple de filtre Snapchat qui sera mis à la disposition des étudiants sur les campus. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Un exemple de filtre Snapchat qui sera mis à la disposition des étudiants sur les campus.

Photo : Radio-Canada / Crédit : Directeur général des élections du Québec (DGEQ)

Depuis les dernières élections provinciales, les étudiants peuvent voter directement sur leur campus.

Notre dossier sur les élections provinciales 2018 au Québec

Le débat, un moment-clé de la campagne électorale

C’est un incontournable, le débat télévisé est souvent un moment charnière dans la campagne électorale.

La réalité est qu’un débat peut durer deux heures, mais en réalité, le téléspectateur amateur de politique, ce sont des gens qui généralement vont écouter très peu longtemps les débats, mentionne M. Dupont.

Les candidates et les candidats qui participent au débat ont à peu près une quinzaine de minutes pour capter l’attention des téléspectateurs.

Luc Dupont

Il affirme que les gens qui écoutent le débat retiennent une impression générale sur les candidats. Il note aussi que les candidats aiment baisser les attentes quelques jours avant les débats.

Lors des journées qui vont précéder le débat, les candidats vont baisser les attentes pour bien sûr par la suite se présenter comme le grand gagnant tout juste après le débat, prévient le professeur de communication à l'Université d'Ottawa.

Il conclut en disant qu’il y a deux débats au Québec, il y a le débat comme tel et celui que les médias vont raconter après, et nous avons déjà vu des gagnants changer deux ou trois jours après le débat.

Ottawa-Gatineau

Politique provinciale