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Que savez-vous de la laïcité à la française?

Sur un mur de l'école, on peut lire la devise française : «Liberté, égalité, fraternité».

L'entrée d'une école publique de Paris où les voiles sont interdits, tant pour les enseignantes que pour les élèves.

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

Radio-Canada

À ce jour, la laïcité n'a pas été abordée dans la présente campagne électorale au Québec, contrairement à la fois précédente. En sera-t-il question ce soir dans le débat des chefs? À voir. Lorsqu'on parle de laïcité, on pense souvent au modèle français. Mais ce qui se passe dans cet État laïque depuis plus d'un siècle est parfois dénaturé ou mécompris. Petit b.a.-ba de la laïcité à la française.

Un texte de Yanik Dumont Baroncorrespondant à Paris

« Liberté, égalité, fraternité. » La devise française est bien connue. Elle est aussi inscrite sur les murs des écoles parisiennes. Une façon de rappeler les grands principes qui gouvernent la République.

L’idée de la laïcité est comprise dans ces trois mots. Libre de choisir sa religion, sans préjudice venant de l’État ou des concitoyens. Ça, c’est la théorie. Dans la pratique, c’est différent.

En somme, l’État « ne doit pas promouvoir la non-religion, il ne doit pas promouvoir la religion non plus ou aucune d'entre elles ».

La formule vient de Sophie Latraverse, l'une des responsables au bureau du Défenseur des droits. L’organisme agit un peu comme le protecteur du citoyen au Québec.

Ce n’est donc pas de l’indifférence devant les religions. C’est de la non-ingérence.

Et c’est codifié par une loi depuis 1905. Une loi qui a inspiré plusieurs autres pays européens. Ça fait plus d’un siècle que l’État est neutre.

Une influence à portée limitée

En France, les fonctionnaires qui interagissent avec les citoyens ne peuvent afficher de symboles religieux. Il n'y a donc pas de policiers portant le turban ou encore d'enseignantes aux cheveux couverts par un foulard islamique.

Cette règle est appliquée sans grande controverse ni remise en question. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas débat.

Les controverses portent sur d’autres aspects, où symboles religieux et vie publique se mêlent : le port du burkini, le voile à l’université, les signes religieux pour les employés du secteur privé.

Une femme vêtue des pieds à la tête d'une tenue de baignade, marche dans l'eau, un enfant dans les bras.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Une femme marche sur une plage de Marseille, en France, le 27 août 2016, au lendemain de la décision du plus haut tribunal administratif du pays de suspendre l'interdiction du burkini.

Photo : Reuters / Stringer

Des débats influencés par les tensions raciales et les attentats terroristes récents. Et, bien sûr, ces questions permettent aux politiciens de se distinguer de leurs adversaires électoraux.

Mais ces débats n’aboutissent que rarement à de nouvelles entraves à cette liberté. Les tribunaux bloquent souvent les décisions des élus. Leurs jugements sont l’objet de moins d’attention.

Le problème, c’est que, très souvent, on va publiciser la décision d’un maire d’interdire le burkini. Et la suite de l’histoire reçoit un peu moins de publicité.

Sophie Latraverse, du bureau du Défenseur des droits

D’où une bonne partie des confusions sur la laïcité et ses restrictions.

Deux restrictions à cette liberté

Les élus français n‘ont adopté que deux restrictions importantes à la liberté de pratiquer la religion de son choix :

  • Le voile intégral et la burqa sont interdits en public.
  • Les tenues soulignant une appartenance religieuse ne peuvent être portées dans les écoles publiques primaires et secondaires.

Cette dernière limite, explique Sophie Latraverse, doit aider à réduire les pressions externes que peuvent subir les jeunes Français. Dans l’école publique, « le jeune est un élève et n'est rien d'autre qu'un élève qui vit sa vie d'élève ».

« L’enfant y est en construction. Il n’est pas encore autonome dans sa pensée et sa prise de décision », poursuit-elle. L’école devrait donc être un lieu neutre.

Cette limite au droit, par exemple, de porter un voile en public ne s’applique pas à l’université française. Le citoyen étant majeur, la loi lui accorde le droit de manifester ses choix et ses croyances.

Une règle qui déplaît… et qui se contourne

Cette restriction touchant les écoles publiques est relativement récente; elle date d’une douzaine d’années. Mais la mesure est encore perçue par certains comme une exagération.

C'est comme si on vous demandait de vous balader nu dans la rue. Vous ne voudriez pas, même pour quelques instants. C’est pareil pour moi!

Meriam Benembarek, lycéenne

La jeune fille ne fréquente pas une école secondaire publique. Sa famille débourse plutôt 6000 $ par année auprès d’un établissement privé où tous les signes religieux sont acceptés.

En classe, de dos, des jeunes filles, pour la plupart voilée, et un garçon. Plus loin, l'enseignante.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La totalité des élèves du lycée MHS sont de confession musulmane; la majorité sont des adolescentes qui portent le voile.

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

Situé aux limites sud de Paris, le lycée MHS compte une soixantaine d’élèves, tous musulmans. Dans les petites classes, on trouve surtout des adolescentes. La plupart portent un foulard islamique.

Pour y venir en transport en commun, la jeune Linda Hanifi met plus d’une heure chaque matin. Un sacrifice qui lui évite de se « dévoiler » quotidiennement avant de remettre son foulard à la sortie des classes.

En avant-plan, une jeune fille voilée, le téléphone cellulaire en main, fait ses devoirs. Plus loin, trois autres jeunes filles, dont deux voilées, sont assises à la table.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La pause du midi au lycée MHS, qui utilise son ouverture aux signes religieux et sa rigueur dans l'enseignement comme carte de visite.

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

Je passe en priorité mes études. J'ai essayé de mettre de côté ma religion. Mais à un moment donné, ça devient pesant. On vient au lycée pour étudier et il faut se changer. Je trouve cela complètement absurde.

Meriam Benembarek, lycéenne
Un couloir avec des sofas. En avant-plan, un bol rempli de tapis de prières.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le lycée MHS de Paris permet aussi aux élèves de prier en dehors des classes. Dans le bol, des petits tapis de prière mis à leur disposition.

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

Au Québec, les débats sont différents

Plusieurs adolescentes du lycée MHS se sentent dévisagées, voire ostracisées, dans le métro ou sur les trottoirs de Paris. Une attitude aussi présente dans les universités, même si le voile y est autorisé.

« On essaie de leur faire comprendre », explique Oureda Dehili, la conseillère principale pour l'éducation au lycée MHS. « Dans les études supérieures, elles vont trouver des gens qui n’auront pas des regards très amicaux. »

Ces jeunes musulmanes sont prises entre deux forces identitaires opposées. Des forces qui tentent de définir la place du religieux dans l'espace public français. Un peu comme au Québec.

Les tensions s’alimentent peut-être à des craintes semblables. Mais le contexte juridique est très différent. Contrairement à la France, le Québec n’a pas de loi sur la laïcité pour l’aider à définir ce qui est acceptable.

Ce qui veut dire qu’il n’y a pas de guide légal pour encadrer les débats entre citoyens et les décisions des élus. Un cadre moins robuste à une époque où l’islam fait peur à bien des gens.

Dans ces débats, la France a une longueur d’avance, observe Sophie Latraverse, du bureau du Défenseur des droits.

En France, il y a une volonté très claire [...] d'expliquer à tous ceux qui voudraient apporter des restrictions que vous ne pouvez pas tout faire.

Sophie Latraverse, du bureau du Défenseur des droits

Société