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La première biobanque de sang de cordon ombilical de prématurés au Canada

Une infirmière et une femme qui a accouché d'un bébé prématuré sont dans une chambre d'hôpital, debout autour de la couveuse.

Amanda McRae a accouché de Coulson après seulement 30 semaines de grossesse.

Photo : Radio-Canada / Harold Dupuis

Radio-Canada

Une équipe de chercheurs de la Colombie-Britannique a lancé récemment une biobanque de sang de cordon ombilical prélevé lors d’accouchements prématurés. Ce sang riche en cellules souches pourrait prévenir certaines complications médicales chez les enfants nés avant terme, dont des infections qui sont fréquentes.

Un texte de Noémie Moukanda

Le sang du cordon ombilical a longtemps été considéré comme un déchet biologique. Aujourd’hui, ses bienfaits sont indiscutables. Cependant, aucune étude n’a été faite sur ce sang lors de naissances avant la 33e semaine de grossesse, alors que les bébés prématurés sont plus sujets à de graves complications.

Les enfants nés avant la 33e semaine sont appelés grands prématurés. Au moins un grand prématuré naît chaque jour en Colombie-Britannique.

Des chercheurs de l’Hôpital des femmes de la Colombie-Britannique se sont penchés sur ce dossier bien particulier il y a une décennie. Mais ce n’est que depuis le début de l’année qu'ils ont enfin été en mesure de créer la première biobanque de don de sang de cordon ombilical des enfants prématurés au Canada.

Ces biobanques sont d’ailleurs rares à l'échelle mondiale. Les chercheurs espèrent que de nouvelles collaborations naîtront de cette initiative, aussi bien au Canada qu'avec d'autres pays.

On parle de biobanque de sang quand le sang est stocké à des fins de recherches. Dans le cadre de cette recherche, la biobanque permet de comprendre les mécanismes pour mieux cibler les thérapies futures.

Une femme en blouse médicale assise avec son équipement d'analyses sanguines

La doctorante Christina Michalski effectue des analyses dans le cadre de la recherche sur le sang ombical des enfants prématurés

Photo : Radio-Canada / Noémie Moukanda

« Les soins de la médecine se sont beaucoup améliorés ces dernières décennies », reconnaît le Dr Pascal Lavoie, néonatologiste et chercheur à l’Hôpital des femmes de la Colombie-Britannique.

On a des enfants de plus en plus prématurés qui survivent de mieux en mieux. Mais il y a encore beaucoup de défis que ces enfants ont à surmonter dans les premières semaines.

Pascal Lavoie, néonatologiste et chercheur à l'Hôpital des femmes de la Colombie-Britannique

Amanda et Chad McRae, parents de Coulson, né prématurément le 26 août 2018

La solidarité aide la recherche

Pour constituer cette biobanque, les chercheurs s'adressent aux parents qui arrivent en néonatologie. Ces derniers signent un formulaire de consentement très détaillé. La biobanque facilite alors la création d’un registre avec les données cliniques des enfants pour, en fin de compte, analyser les changements dans le système immunitaire et les risques d’infection.

Malgré la difficulté de la situation, les familles consultées soutiennent quasiment toutes cette initiative, assure le Dr Lavoie.

Ces parents sont très bien placés pour comprendre le stress qu’on peut vivre. Ce sont des parents qui sont motivés à trouver des solutions.

Pascal Lavoie, néonatologiste et chercheur à l'Hôpital des femmes de la Colombie-Britannique
Un homme et une femme regardent leur bébé prématuré qui est dans une couveuse.

Amanda et Chad McRae avec leur nourrisson prématuré Coulson à l'hôpital des femmes de la Colombie-Britannique.

Photo : Radio-Canada / Noémie Moukanda

Parmi les donneurs, il y a Amanda et Chad McRae, un couple qui vient d’avoir son deuxième enfant prématuré. Coulson est né 10 semaines trop tôt, avec plusieurs complications, dont des problèmes respiratoires.

Ses poumons ne s’ouvraient pas. Ils avaient besoin de plus de temps. L’un des médecins nous a dit qu’il y a 50 ans, c’était impossible à faire et qu’on aurait pu perdre [notre enfant].

Chad McRae, père d'enfants prématurés

Les parents de Coulson sont conscients des avancées scientifiques et ont une totale confiance dans la recherche. « C’était un choix facile de faire ce don », disent-ils. Chad et Amanda McRae espèrent par là « aider les autres comme on [les] a aidés ».

On fait ça pour que les enfants puissent survivre. Le stress que nous vivons ne sera pas un problème pour les autres à l'avenir. Parce que c’est vraiment difficile.

Chad McRae, père d'enfants prématurés

Pour Chad McRae, ce don est un geste qui « ne coûte rien ». Ne pas le poser serait de « l’égoïsme ».

Il y a tellement de questions pour lesquelles il n’y a pas de réponse. Nous voulons contribuer à trouver une solution.

Amanda McRae, mère d'enfants prématurés

Depuis qu’il a montré le bout de son nez, le 26 août, Coulson reprend du poil de la bête. Un développement « rapide qui surprend l’équipe médicale », raconte sa mère. Amanda McRae croit en effet que, sans la recherche, « cela aurait été une autre histoire ». Elle ajoute que les médecins et les infirmiers font un travail exemplaire. « Avant même qu'on ne rentre en salle d’accouchement, on nous donne quelque chose parce que ça va contribuer au développement des poumons [du bébé] », explique-t-elle.

Un homme debout observe une femme assise qui manipule des échantillons de sang.

Dr Pascal Lavoie et la doctorante Christina Michalski qui est en train de séparer les globules rouges des globules blancs.

Photo : Radio-Canada / Noémie Moukanda

Les enfants prématurés : les oubliés de la recherche

Plusieurs raisons expliquent que la recherche scientifique se focalise sur le sang de cordon ombilical chez les bébés prématurés. Tout d’abord, le fait que cette population est vulnérable entraîne certaines réticences. Ce qui fait qu’elle est sous-représentée dans les études alors qu’un enfant sur huit au Canada arrive avant terme, c’est-à-dire avant les 40 semaines d’une grossesse normale.

Au Canada, 8 % des enfants naissent prématurément.

Puis, dans la population prématurée, un bébé sur six va présenter une infection grave dans le sang durant les premières semaines de sa vie. « C’est clair que le système immunitaire qui est peu développé et immature joue un rôle », affirme le chercheur.

Ensuite, il s’agit d’améliorer la santé de ces nourrissons prématurés. Le Dr Pascal Lavoie souligne d’ailleurs que ces recherches de sang contenu dans le cordon ombilical sont menées de manière non invasive et, par conséquent, ne mettent pas en danger ce qu’on essaie de préserver, soit la santé des enfants.

Particularités uniques chez les prématurés

« Le potentiel de ce sang est beaucoup plus grand » que celui d’un enfant né à terme. De fait, il recèle des cellules en devenir vu que le système immunitaire n’est pas encore développé, explique le Dr Lavoie. Celles-ci ont par ailleurs la capacité de se transformer en n’importe quel tissu dans le corps.

Une faculté « importante » selon le néonatologiste. « Elle permet une meilleure compréhension d’une greffe, par exemple, ou d’une panoplie de maladies, mais aussi de malformations. » Sans oublier que ces cellules souches aident également à comprendre certaines maladies présentes chez l’adulte.

Ça nous permet de comprendre pourquoi certains individus sont plus sujets aux infections que d’autres, mais aussi aux cancers ou aux maladies auto-immunes.

Dr Pascal Lavoie, néonatologiste et chercheur à l'Hôpital des femmes de la Colombie-Britannique

Le centre de recherche de l’Hôpital des femmes compte une douzaine de chercheurs qui s’intéressent directement au sang ombilical afin de comprendre notamment la nutrition des grands prématurés ainsi que le développement de leur cerveau ou du placenta.

Cette recherche à partir du sang contenu dans le cordon ombilical sert à prévenir pour guérir, précise le chercheur. Les scientifiques espèrent à long terme que la biobanque permettra de réduire le nombre de naissances prématurées parce qu’ils parviendront à comprendre pourquoi un enfant décide de sortir du ventre de sa mère des semaines en avance.

Le Dr Pascal Lavoie rappelle que beaucoup de naissances prématurées sont idiopathiques, c’est-à-dire qu’elles se déclenchent pour des raisons inconnues.

Colombie-Britannique et Yukon

Santé publique