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Russie et Japon : la paix d’abord, les discussions plus tard?

Le président russe Vladimir Poutine et le Premier ministre japonais Shinzo Abe assistent à un tournoi international de judo en marge du Forum économique oriental à Vladivostok, en Russie, le 12 septembre 2018.

Le président russe Vladimir Poutine et le premier ministre japonais Shinzo Abe assistent à un tournoi international de judo en marge du Forum économique oriental à Vladivostok, en Russie, le 12 septembre 2018.

Photo : Reuters / Mikhail Metzel

Tamara Alteresco

Alors que le premier ministre japonais Shinzo Abe a qualifié d'« anormale » l'absence d'un traité de paix entre le Japon et la Russie, mercredi, à Vladivostok, le président russe Vladimir Poutine a causé la surprise en l'invitant à signer une entente presque sur-le-champ.

Il fallait voir la tête du premier ministre japonais quand M. Poutine a suggéré haut et fort devant les caméras et les micros que leurs pays devraient signer un traité de paix d’ici la fin de l’année, une fois pour toutes et sans condition aucune.

C’est pourtant la 22e fois que les deux hommes tiennent des discussions pour dénouer le conflit territorial sur les îles Kourile qui perturbe les relations entre la Russie et le Japon depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Ils ont convenu qu’il fallait changer d’approche, mais personne ne s’attendait à un changement de ton aussi radical.

Signons un traité de paix! Pas maintenant, mais d’ici la fin de l’année. Sans conditions préalables!

Vladimir Poutine, président de Russie

Le président russe a expliqué que l’idée lui était venue spontanément. Puis il a laissé entendre que cet accord pourrait servir de base au règlement de leur différend.

Shinzo Abe, visiblement surpris, n’a pas répondu directement à la proposition. Mais au ministère des Affaires étrangères du Japon, l’accueil a été glacial et sans équivoque.

Tokyo maintient depuis toujours qu’un accord de paix doit passer par la restitution des quatre îles du Pacifique annexées par l’URSS en 1945.

Or, il est difficile d’imaginer Vladimir Poutine, qui s’affiche en 2018 comme le grand champion des intérêts nationaux et de la défense du territoire russe, céder des îles non seulement qui sont riches en ressources, mais aussi qui représentent un accès stratégique au Pacifique pour ses navires et sous-marins.

Et c’est sans compter le risque que ces îles soient transformées en port permettant un accès militaire aux Américains si le Japon les récupère.

« D’abord les chaises, demain l’argent »

À quoi joue Vladimir Poutine? Aux Douze Chaises d’Ilf et Petrov, écrivent des chroniqueurs russes, évoquant le roman satirique des années 1920 qui raconte l’histoire de deux hommes fauchés qui tentent de mettre la main sur des diamants cachés dans 12 chaises. Ils promettent à leurs propriétaires de partager le butin, mais à certaines conditions.

L'expression consacrée en Russie « d’abord les chaises, demain l’argent », qui vient de cette oeuvre, décrit des tactiques de négociations malhonnêtes.

La métaphore s’impose maintenant avec cette proposition lancée au Japon.

Il reste que Vladimir Poutine a plus que jamais besoin du Japon. L’absence d’un accord demeure un obstacle majeur aux investissements japonais, troisième économie mondiale.

Vladimir Poutine joue sur plusieurs terrains pour tenir tête au front occidental et aux sanctions américaines.

Mardi, c’était avec le président chinois que Vladimir Poutine paradait, traité économique en main.

Et pour la première fois, l’armée chinoise participe aux exercices militaires annuels de la Russie, qui lui servent à démontrer ses capacités d’aller en guerre.

Tamara Alteresco est correspondante pour Radio-Canada à Moscou

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