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Les États-Unis de Trump ont perdu leur statut de médiateur dans le conflit israélo-palestinien

Des manifestants brandissant une effigie du président américain Donald Trump en Palestine.
Avec son officialisation de la reconnaissance de Jérusalem comme capitale israélienne, le président américain semble avoir planté un nouveau clou dans le cercueil d'une paix israélo-palestinienne. Photo: Reuters / Sertac Kayar
Agence France-Presse

Une poignée de main israélo-palestinienne sur la pelouse de la Maison-Blanche, Donald Trump en rêverait. Mais 25 ans après les accords d'Oslo censés conduire au règlement négocié du conflit israélo-palestinien, les États-Unis sont moins bien placés que jamais pour jouer les médiateurs.

Le président américain lui-même semble s'être rendu à l'évidence : réunir les dirigeants des deux camps pour signer un accord de paix, comme Bill Clinton en septembre 1993 à Washington avec Yitzhak Rabin et Yasser Arafat, ou comme Jimmy Carter il y a 40 ans à Camp David avec l'Égypte et l'État hébreu, sera compliqué.

Novice en diplomatie, l'homme d'affaires républicain a promis à sa prise de fonctions de conclure « l'accord ultime » entre Israéliens et Palestiniens. Il a confié cette tâche à un petit groupe tout aussi inexpérimenté, mais réputé proche des positions israéliennes, sous la houlette de son gendre et conseiller Jared Kushner.

« Honnêtement, c'est peut-être moins difficile que ce que les gens pensent depuis des années », lançait Donald Trump en mai 2017.

Plus d'un an après, le constat est plus désabusé.

« Toute ma vie, j'ai entendu que c'était l'accord le plus difficile qui soit à conclure. Et je commence à croire que c'est peut-être bien le cas », a-t-il lâché la semaine dernière, tout en confirmant sa conviction de pouvoir aboutir.

Le contexte a, il est vrai, radicalement changé.

Yasser Arafat serre la main à Yitzhak Rabin devant Bill Clinton, à la Maison-Blanche.Le président de l'Organisation de libération de la Palestine Yasser Arafat et le premier ministre israélien Yitzhak Rabin se serrent la main, en 1993, devant le président américain Bill Clinton, à la conclusion des accords d'Oslo. Photo : Reuters / Gary Hershorn

Le grand froid

Après avoir laissé le bénéfice du doute à ce président iconoclaste, les Palestiniens ont gelé tout contact dès fin 2017. Un divorce provoqué par la décision de Donald Trump de reconnaître Jérusalem comme capitale d'Israël, en rupture avec des décennies de consensus international qui veut que le statut de la Ville sainte soit confié à la négociation.

Depuis, l'administration américaine multiplie les mesures spectaculaires dans le double but avoué de punir les dirigeants palestiniens et de leur tordre le bras pour qu'ils acceptent de négocier : aide bilatérale quasiment effacée, annulation du soutien financier à l'agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens.

Et, lundi, fermeture de la mission de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) à Washington, 25 ans après qu'Arafat, le chef de cette même OLP, a été reçu avec les honneurs à la Maison-Blanche.

La « paix par la force », donc, comme le proclame la doctrine Trump?

Les responsables américains « pensent que les Palestiniens finiront par admettre qu'ils ont perdu et qu'ils doivent accepter ce qu'on leur propose, peu importe les conditions, peut-être en échange d'une autonomie limitée et de gestes économiques pour faire passer la pilule », explique à l'AFP l'ex-diplomate américaine Michele Dunne, chercheuse au Carnegie Endowment for International Peace.

Selon elle, les Américains tentent de soustraire aux négociations les sujets les plus épineux – Jérusalem, les réfugiés palestiniens dont Washington veut substantiellement réduire le nombre, voire l'avenir d'un État palestinien, puisque Donald Trump n'a jamais fait sienne la « solution à deux États ».

« Mais ces sujets restent clairement essentiels pour les Palestiniens, comme pour beaucoup d'autres Arabes et musulmans », et « il est très peu probable » qu'ils acceptent, prévient l'experte.

L'Autorité palestinienne dénie d'ailleurs désormais à Donald Trump ce rôle de médiateur qui fut longtemps celui des États-Unis.

« Un médiateur impartial? »

Pour Aaron David Miller, ex-négociateur dans des administrations républicaines comme démocrates, Washington n'a jamais réellement été un « honest broker » (« honnête courtier »), ce « médiateur impartial » ou « neutre » que l'on dépeint souvent pour mieux critiquer sa stratégie actuelle.

« Notre relation avec Israël nous en a toujours empêchés. Mais nous pouvons être, par moments, ce que j'appelle un médiateur efficace », « en utilisant cette relation pour parvenir à des accords entre Arabes et Israéliens », dit-il à l'AFP, citant l'accord israélo-égyptien de Camp David ou les accords intérimaires avec les Palestiniens sous Clinton.

Pour l'instant, « nous avons compromis et même abandonné toute possibilité d'être ne serait-ce qu'un médiateur efficace », déplore ce chercheur du Wilson Center, un autre cercle de réflexion de Washington, assurant n'avoir « jamais vu une administration qui soutienne Israël de manière aussi flagrante tout en étant aussi hostile à l'égard de la partie palestinienne ».

Le terrain est si miné que l'équipe Kushner peine à trouver le moment idéal pour dévoiler son mystérieux plan de paix, dont la présentation est reportée depuis des mois. Mais « absolument pas abandonnée », assure-t-on à la Maison-Blanche, vantant un « projet extraordinairement ambitieux ».

« À moins qu'ils nous surprennent », en mettant dans le plan un vrai État palestinien avec Jérusalem-Est comme capitale, « l'issue la plus probable sera un "non" des Palestiniens », estime Aaron David Miller.

Et c'est peut-être même le dessein ultime de l'administration Trump, suggère Michele Dunne : « Utiliser le refus inévitable des Palestiniens pour justifier de nouveaux changements dans la position américaine à l'égard de la présence israélienne en Cisjordanie. »

Israël-Palestiniens, les racines d'un conflit. Consultez notre dossier.

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