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La population oscille entre fatalisme et désespoir à Idlib

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Hadheefa al-Shahadh est assis avec ses trois enfants dans un abri qu’il a creusé à l’intérieur de sa maison afin de protéger sa famille dans le village de Maar Shurin, le 11 septembre 2018.

Photo : AFP / Omar Haj Kadour

Prenez note que cet article publié en 2018 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Damas, avec l'appui de ses alliés russes et iraniens, prépare une vaste offensive pour reprendre le dernier grand bastion de l'opposition au régime syrien. Une opération qui pourrait provoquer « un cauchemar humanitaire comme on n'en a encore jamais vu depuis le début du conflit syrien, pourtant sanglant » affirmait mardi le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres. Radio-Canada a parlé avec des Syriens qui se trouvent à Idlib.

Il a appelé la Russie, l’Iran et la Turquie à « n’épargner aucun effort pour protéger les civils ».

Damas et Moscou affirment qu’ils évitent les civils et ne visent que les groupes radicaux qui se revendiquent d’Al-Qaïda.

Selon le Bureau des affaires humanitaires de l’ONU, les bombardements intenses des villages qui avoisinent Idlib, entamés la semaine dernière, ont fait 30 000 déplacés.

Dans les villages près de la frontière turque, les camps de fortune se multiplient. Des familles dépossédées de tout sauf quelques couvertures et ustensiles logent sous des tentes plantées sur des terres agricoles qu’elles louent aux paysans de la région de Bab al-Hawa.

Cacher l'ampleur de ce que la population redoute

Dans la ville d’Idlib, Maysaa Kassas rêve de prendre ses cinq enfants pour fuir. Mais la veuve de 36 ans affirme qu’elle n’en a pas les moyens.

« Il faut payer des milliers de dollars aux passeurs maintenant pour aller en Turquie. Même pour aller vers Alep, il faut compter au moins 500 dollars américains. Comment pourrais-je le faire avec mes cinq enfants? »

— Une citation de  Maysaa Kassas

Maysaa affirme qu’elle ne pourra jamais retourner vivre sous le contrôle du régime syrien. Son mari avait pris les armes contre le gouvernement dans les rangs de l’armée syrienne libre. Il a été tué il y a trois ans.

« Si j’avais cru que c’était possible, je l’aurais fait il y a des années. Mais comment puis-je accepter de vivre sous un régime qui a tué mon mari? Même si je décidais de le faire, ceux qui ont accepté les réconciliations sont traînés en prisons, ça s’est produit à plusieurs endroits. Je suis une femme avec cinq enfants. Le plus vieux a 12 ans et le plus jeune en a 4. Si on m'arrête, mes enfants vont mourir. »

L’école avait repris samedi pour les enfants, à qui elle tente de cacher l’ampleur de ce que la population redoute pour les prochaines semaines, mais les classes ont été suspendues en raison des bombardements.

« Tous les jours, on entend les rumeurs voulant que nous soyons ciblés par des armes chimiques et tués. Peut-être que la communauté internationale souhaite que Bachar Al-Assad le fasse pour qu’ils aient une raison de le renverser. Je ne sais pas. J’aimerais bien que les rebelles de l’opposition aient des armes au chlore, ça empêcherait peut-être le régime de nous attaquer. Mais je ne crois pas qu’ils aient quoi que ce soit », témoigne-t-elle.

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Les bombardements, les rumeurs qui accompagnent le siège d’une opération imminente et les attaques à l’arme chimique n’ont rien de nouveau pour Abdallah Al-Hafi.

Photo : Courtoisie

Plus d'endroit où se réfugier

Les bombardements, les rumeurs qui accompagnent le siège d’une opération imminente et les attaques à l’arme chimique n’ont rien de nouveau pour Abdallah Al-Hafi.

Le comptable de 35 ans fait partie des quelques millions de personnes déplacées qui sont venues à Idlib à la suite d’un accord avec les forces du régime, qui avaient reconquis du territoire ailleurs en Syrie.

Abdallah a passé des années assiégé dans la Ghouta, en banlieue de Damas.

« Pendant cinq ans dans la Ghouta, on faisait des calculs de nos capacités de combat. On croyait bien que la bataille allait durer pendant des mois, une fois commencée, et qu’elle se déroulerait dans chaque quartier, dans chaque rue. Mais à notre surprise, les groupes armés n’ont rien fait. Les pays qui les parrainent n’ont pas voulu qu’ils se battent. Ce sera la même chose ici à Idlib. Si les pays qui soutiennent les groupes armés ne veulent pas qu’ils se battent, il ne se passera rien », avance-t-il.

La grande différence à Idlib, dit Adballah, c’est que la population ne peut plus espérer se réfugier ailleurs comme il l’a fait.

« Les gens n’ont nulle part où aller. Il ne leur reste plus qu’à mourir ou se battre. Ce sont les civils qui vont payer le prix, parce que le régime va les prendre pour cible. Ce sont eux qui seront coincés. Pour moi, si on en arrive à ça, je vais prendre une arme et me battre jusqu’à ce que j’en meure. »

— Une citation de  Abdallah Al-Hafi
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Ahmed Al Khaled a déserté l’armée syrienne en 2012. Il œuvre au sein d’une organisation qui vient en aide aux enfants et collabore à une agence de presse locale.

Photo : Courtoisie

Le fatalisme et le désespoir, entremêlés à des sursauts de combativité, teintent chacune des conversations que nous avons eues au cours des derniers jours avec les gens d’Idlib.

Ahmed Al-Khaled a déserté l’armée syrienne en 2012. Il œuvre au sein d’une organisation qui vient en aide aux enfants et collabore à une agence de presse locale.

Il voit la preuve d’une résignation de beaucoup de ses concitoyens dans les champs laissés à l’abandon cette saison. Les paysans n’ont pas cru bon investir dans la récolte.

« Idlib dépend en grande partie de l’agriculture, mais depuis mai les gens ont arrêté de travailler leur terre. Ils se disent qu’ils seront déplacés, alors pourquoi ne pas conserver l’argent qui reste plutôt que d’investir dans les champs. »

Beaucoup de gens ont cru à une révolution, mais n’y croient plus depuis que la violence du conflit a étouffé tous les cris réclamant plus de liberté et de justice.

Plusieurs ont cru qu’ils seraient sauvés par la communauté internationale, mais de déception en inaction, de rencontres au sommet en lignes rouges pulvérisées, ils n’y croient plus.

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Des Syriens se retrouvent dans un camp de réfugiés dans le village d’Atimah, dans la province d’Idlib.

Photo : Reuters / Khalil Ashawi

Ne pas contrôler sa destinée

« On ne sait pas ce qui va nous arriver, notre destinée ne nous appartient plus parce que nous sommes devenus les pions d’un jeu d’échecs avec lequel tout le monde joue », ajoute Ahmed Al-Khaled.

Le sort d’Idlib se discute toujours de Téhéran, de Moscou et d’Istanbul en passant par les grandes capitales européennes et les Nations unies à New York.

À Idlib, Maysaa n’écoute plus ce qui se dit dans ces rencontres. Elle reproche à son pays la mort de son mari, aux groupes radicaux qui se sont pointés sur les champs de bataille d’avoir détourné le rêve de son peuple et, enfin, aux puissances étrangères d’avoir ignoré la lente agonie de la Syrie.

« C’est notre destin, on ne le regrette pas même si on n'avait jamais cru que c’est ce qui se passerait en Syrie. Quand les groupes radicaux sont arrivés, les choses ont mal tourné. Ce que je vois de positif dans tout ça, c’est que tout le monde a révélé son vrai visage. »

— Une citation de  Maysaa Kassa
Syrie : l'engrenage de la guerre

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