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Les régions ont-elles perdu leurs pouvoirs au profit de Québec?

Six mains tiennent leurs bulletins de vote au-dessus de l'urne.

La centralisation des pouvoir vers Québec est un enjeu dans cette campagne électorale provinciale. (archives)

Photo : iStock

Radio-Canada

Abolition des Conférences régionales des élus (CRÉ), fusion des directions régionales de divers ministères, rapatriement des porte-paroles ministériels vers Québec, dénonciations multipliées par des élus de décisions déconnectées des spécificités régionales : les régions du Québec étaient-elles vraiment au cœur des priorités des formations politiques au cours des dernières années? Coup d'œil sur les propositions des principaux partis politiques quant à la décentralisation

Un texte d’Émilie Parent-Bouchard

La semaine dernière, l’ex-doyen de l’Assemblée nationale, François Gendron, s’est invité dans la campagne électorale via son compte Facebook. Le député péquiste sortant d’Abitibi-Ouest a pourfendu l’engagement du premier ministre Philippe Couillard de renforcer la présence de l’État en région, de nommer un ministre des Régions et de leur accorder la gestion de leur fonds propre.

La raison est bien simple. C’est le même premier ministre qui a déconstruit tous nos outils d’accompagnement pour une réelle décentralisation et pour plus de considération et de respect de notre volonté d’un développement économique et social adapté à notre réalité régionale, écrivait M. Gendron.

Tirs groupés contre les réformes du Parti libéral : le PQ revendique le titre de « parti des Régions »

Son poulain dans Abitibi-Ouest le martelait déjà à l’époque où il était président régional de l’Union des producteurs agricoles (UPA) : il faut une « occupation dynamique du territoire ».

Sylvain Vachon, qui se décrit comme un « régionaliste », était effectivement aux premières loges du mouvement Touche pas à ma région, initié dans la foulée du démantèlement des structures de gouvernance régionales, telles les CRÉ et les Centres locaux de développement (CLD).

On ne peut pas faire autrement qu’être insultés, complètement désabusés de voir ce qui s’est fait dans les quatre dernières années, lance-t-il d’emblée. C’est pour ça que les couleurs du Parti québécois (PQ) me vont bien, parce c’est le vrai parti des régions.

Un homme sourit à la caméra devant la cathédrale Ste-Thérèse-d'Avila d'Amos.

Sylvain Vachon, candidat du Parti québécois dans Abitibi-Ouest

Photo : Radio-Canada / Piel Côté

Il cite entre autres la proposition du PQ de laisser aux régions le pouvoir de définir elles-mêmes des structures de gouvernance à leur image, tout en leur allouant une enveloppe budgétaire sur quatre ans, ce qui correspond au cycle électoral municipal. Selon le candidat du PQ, le réinvestissement de 83 millions de dollars dans le développement régional devrait aussi permettre davantage d’autonomie pour les régions dans l’établissement des priorités, tout en assurant la « prévisibilité » du financement pour les réaliser.

Son parti propose aussi de désigner un sous-ministre pour chacune des régions de la province. Cette personne, qui serait redevable envers les gens de la région, se rapporterait aussi directement au bureau du premier ministre. On ne peut pas avoir un canal plus direct pour s’assurer que chaque action de l’État corresponde aux besoins concrets des gens chez nous, fait valoir Sylvain Vachon.

Quand il parle d’autonomie des régions, Sylvain Vachon utilise l’exemple du secteur de la santé pour illustrer les effets néfastes qui ont été, selon lui, engendrés par la centralisation du processus décisionnel autour du ministre Barrette. « Il faut redonner de l’espace aux professionnels, martèle-t-il. Plus d’autonomie aux spécialistes des médicaments que sont les pharmaciens, les infirmières et les inhalothérapeutes, qui ont besoin d’autonomie », plaide M. Vachon.

La CAQ veut redonner une voix aux citoyens tout en réduisant la taille de l’État

La manière dont le Parti libéral a travaillé dans les dernières années, on dirait que ça a été de ramollir le nombre de personnes qui pouvaient intervenir auprès du gouvernement, renchérit pour sa part le candidat de la Coalition avenir Québec (CAQ) dans Abitibi-Est, Pierre Dufour.

L’ancien directeur général du CLD de la Vallée-de-l’Or est d’ailleurs catégorique : ce sont la centralisation des décisions à Québec et le démantèlement des structures de gouvernance régionales – dont le CLD qu’il dirigeait – qui l’ont convaincu de porter les couleurs de la CAQ.

Comme le PQ, la CAQ propose d’ailleurs de désigner un « superfonctionnaire » qui établirait un lien direct entre chacune des régions et le bureau du premier ministre. Je pense que si on parle de décentralisation, ça c’en est une vraie, avec un interlocuteur direct qui est groundé sur le terrain pour être capable de jaser directement avec le bureau du premier ministre, analyse M. Dufour.

Pierre Dufour sera le candidat de la CAQ dans Abitibi-Est.

Pierre Dufour sera le candidat de la CAQ dans Abitibi-Est.

Photo : Radio-Canada / Émélie Rivard-Boudreau

Pierre Dufour ne voit d’ailleurs pas d’incohérence dans la proposition de la CAQ de réduire la taille de l’État en ne remplaçant pas quelque 5000 fonctionnaires par attrition et la volonté de rapprocher la fonction publique des besoins de la population. Selon lui, la marge de manœuvre financière pour y parvenir se trouve entre autres dans la réduction de la reddition de comptes et l’abolition de structures administratives qui n’offrent pas de services directs aux citoyens — comme les commissions scolaires que son parti souhaite abolir.

J’en parlais encore récemment avec des gens du secteur de la santé, lorsque le dirigeant est plus souvent obligé de tout rapporter dans ses écrits, le travail sur le terrain ne se fait pas, estime-t-il, ajoutant qu’en plus des travailleurs, il faut attirer dans les régions des décideurs.

Quand on voit des choses, par exemple Hydro-Québec à Rouyn-Noranda qui, tranquillement, pas vite, a tassé les dirigeants, lorsqu’on voit ce qui est arrivé au niveau de nos directions régionales, par exemple à la direction de la Culture qui était ici et qui est [maintenant fusionnée avec l’Outaouais et] basée à Gatineau. Toutes ces personnes-là sont importantes dans l’échiquier d’une société et c’est important que la CAQ y croie et que les gens réalisent qu’il faut garder ces emplois-là localement et en région, conclut-il.

Québec solidaire fustige le bilan libéral

La candidate de Québec solidaire (QS) dans Rouyn-Noranda-Témiscamingue, Émilise Lessard-Therrien, ne mâche pas ses mots non plus lorsqu’on lui demande de faire le bilan du précédent gouvernement. Les politiques de centralisation ont fait mal, on a perdu des instances de concertation régionale qui étaient bénéfiques pour notre territoire, précise-t-elle.

La candidate présente les différentes affiches de Québec solidaire

Émilise Lessard-Therrien est candidate pour Québec solidaire dans Rouyn-Noranda

Photo : Radio-Canada / Lise Millette

Elle ajoute aussi aux récriminations dans le secteur de la santé – « l’exemple par excellence » selon celle qui revendique la nomination par les régions elles-mêmes d’un représentant pour chacun des ministères qui porterait les voix régionales jusqu’à Québec –, allant même jusqu’à dire que la réorganisation a désorienté le système de santé depuis l’intérieur.

On a coupé des postes de gestionnaires, mais aujourd’hui, les gestionnaires sont où?, s’interroge-t-elle. Ils sont sur la route entre Rouyn-Noranda et Ville-Marie, entre La Sarre et Rouyn-Noranda, entre Val-d’Or et Amos. Je ne vois pas où on a gagné en efficience. [Il y a] des gens qui travaillent dans ces boîtes-là depuis 30 ans et qui ne savent plus à qui s’adresser pour des questions concernant leur travail.

Québec solidaire propose de ramener les Centres régionaux de développement, prédécesseurs des Conférences régionales des élus, où les citoyens auraient leur mot à dire sur les grandes orientations du développement régional.

Luc Blanchette défend le bilan du PLQ en matière de gouvernance de proximité

Le gouvernement libéral sortant entend ces critiques comme une occasion de remettre les pendules à l’heure. Le ministre responsable de l’Abitibi-Témiscamingue et du Nord-du-Québec positionne même le Parti libéral comme celui qui a remis les décisions liées au développement régional – et à leur financement – entre les mains des « gouvernements de proximité », tout en évitant le dédoublement des structures administratives.

On a cessé le financement [des CLD et des CRÉ], mais en même temps on a bonifié le Fonds de développement des territoires (FDT) à une hauteur moyenne d’environ un million de dollars par MRC [dans le cas de l’Abitibi-Témiscamingue]. Donc, on a laissé, sans contrainte, l’opportunité aux MRC de dépenser l’argent comme elles le souhaitaient, fait valoir M. Blanchette, précisant qu’il faut ajouter à cette somme celles du Fonds d’appui au rayonnement des régions (FARR) pour appuyer des initiatives régionales.

C’est dans notre ADN, la concertation. Et là, ils ont les outils de développement voulus pour faire leur propre développement. [...] La décision se prend en région, ils ont les outils financiers pour le faire, et ce n’est pas vrai que le gouvernement du Québec refuse les priorités.

Luc Blanchette, candidat libéral dans Rouyn-Noranda-Témiscamingue

Il rappelle aussi que l’engagement du premier ministre Philippe Couillard de remettre un point de pourcentage du produit de la taxe de vente du Québec (TVQ) aux municipalités devrait encore accroître la marge de manœuvre de ces « gouvernements de proximité », tout en diminuant leur dépendance à l’impôt foncier.

Sur la délicate question des services de santé, il défend d’ailleurs les réformes de Gaétan Barrette, notamment en ce qui concerne les ententes avec les médecins pour assurer la prestation continue de services. Lorsqu’on évoque les ruptures de services répétées, notamment au Témiscamingue et à La Sarre, il prédit que le vent s’apprête à changer de côté, un peu à l’image de ce qui a été fait dans les structures de gouvernance régionale.

Luc Blanchette, ministre responsable de la région d'Abitibi-Témiscamingue

Luc Blanchette, ministre responsable de la région d'Abitibi-Témiscamingue

Photo : Radio-Canada / Thomas Deshaies

Il rappelle finalement, chiffres à l’appui, que les pertes dans la représentation des ministères dans les régions du Québec ne sont pas aussi importantes que le laissent croire ses adversaires politiques. Selon les données du Secrétariat du Conseil du trésor, l’ensemble des régions du Québec ont perdu 93 postes de fonctionnaires entre mars 2014 et 2018 – 49 pour l’Abitibi-Témiscamingue. Pour la même période, un peu plus de 500 postes ont été créés, dont la plupart dans la Capitale-Nationale ou à Laval.

Selon Luc Blanchette, pour prendre la juste mesure de ces données, il faut cependant considérer le gain d’efficience réalisé sous le gouvernement de Philippe Couillard. Il rappelle aussi la promesse du premier ministre – lui-même de la région ressource du Saguenay-Lac-Saint-Jean – de décentraliser encore davantage certains ministères, par exemple la direction des mines du ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles en Abitibi-Témiscamingue.

Abitibi–Témiscamingue

Politique provinciale