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Les Algonquins s'inquiètent de la stratégie nationale de production de bois

Des billots sont empilés sur un lot boisé privé à Miramichi, N.-B.

En juin dernier, le ministère de la Forêt, de la Faune et des Parcs a entamé une période de consultation sur cette stratégie, qui se terminait le 6 août pour la population en général et le 14 septembre pour les communautés autochtones. (Archives)

Photo : Radio-Canada / Michel Nogue

Radio-Canada

La voix du Conseil tribal de la nation algonquine Anishinabeg s'ajoute à celles de l'Action boréale de l'Abitibi-Témiscamingue (ABAT), de Greenpeace et de la Société pour la nature et les parcs du Canada (SNAP), qui avaient aussi pris position, en juillet dernier, contre la Stratégie nationale de production de bois. En plus des mesures proposées, le Conseil tribal déplore la courte période de consultation suggérée par le ministère et l'absence de consultation directe avant son lancement.

Un texte d'Émélie Rivard-Boudreau

En juin dernier, le ministère de la Forêt, de la Faune et des Parcs a entamé une période de consultation sur cette stratégie, qui se terminait le 6 août pour la population en général et le 14 septembre pour les communautés autochtones.

Le gouvernement du Québec propose, entre autres, d'implanter des Aires d'intensification de la production ligneuse (AIPL) sur 25 % du territoire productif de la province.

Selon la biologiste pour le Conseil de la communauté de Lac-Simon, Geneviève Tremblay, cette foresterie intensive se concilie mal avec les pratiques traditionnelles des Anichinabés.

Les révolutions forestières peuvent durer 60, 70, 80 ans. Sur une aussi longue période, l'occupation du territoire se déplace sur le territoire en fonction de l'évolution des forêts. Donc, c'est difficile aujourd'hui de consentir un quart du territoire dont on [ne] pourra dire, ni aujourd'hui ni plus tard, [s'il correspond aux] préoccupations autochtones, explique-t-elle.

Biodiversité et changements climatiques

La biologiste Caroline Petit a lu des articles scientifiques sur le sujet. Selon elle, cette méthode de production perturberait la biodiversité.

L'aménagement qui est fait actuellement au Québec, c'est l'aménagement écosystémique. Il a pour objectif d'imiter les perturbations naturelles qui ont déjà lieu sur le territoire. Donc oui, il y a un impact qui peut être négatif actuellement sur la faune avec la foresterie telle qu'elle est faite actuellement, mais l'impact sera d'autant plus grand avec l'aménagement intensif, compare-t-elle.

Augmenter considérablement les AIPL pourrait aussi avoir des conséquences sur les changements climatiques, ajoute la biologiste. Ça peut avoir aussi de plus en plus d'impacts importants sur le sol, et de plus en plus on se rend compte que c'est le sol qui stocke le plus de carbone par rapport à la matière végétale qui est au-dessus du sol.

Incontournable?

Le professeur titulaire au Département des sciences du bois et de la forêt de l'Université Laval, Luc Bouthilier, remarque lui aussi plusieurs zones grises dans la nouvelle Stratégie nationale de production de bois. Il considère que la cible de 25 % est peu précise et que le ministère n'y explique pas la façon dont il s'y prendra pour l'atteindre, tout en sondant le pouls de l'acceptabilité sociale.

Sans se prononcer sur la superficie, il croit par contre que d'intensifier la production ligneuse à certains endroits s'imposera pour la survie de l'industrie forestière. Pour continuer à avoir une industrie forestière importante et performante, on ne peut pas simplement s'appuyer sur les forces de la nature. Il va falloir faire pousser du bois, estime-t-il.

La campagne de mobilisation sur le projet de stratégie nationale de production de bois se poursuivra la semaine prochaine avec une capsule vidéo qui sera diffusée sur les réseaux sociaux.

De son côté, le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs analyse les commentaires formulés et sa stratégie finale devrait être dévoilée en 2019.

Abitibi–Témiscamingue

Industrie forestière