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analyse

Pourquoi la CAQ pigerait 10 milliards dans le Fonds des générations?

François Legault parle en point de presse.
François Legault était accompagné du candidat Éric Girard lors de la présentation de son cadre financier. Photo: Radio-Canada / Mathieu Potvin
Gérald Fillion

ANALYSE - L'un des premiers gestes d'un gouvernement dirigé par François Legault serait de prendre 10 milliards de dollars dans le Fonds des générations pour réduire immédiatement la dette du Québec au 31 mars prochain. Est-ce une bonne proposition?

C’est « dans un souci de prudence » que la Coalition avenir Québec (CAQ) dit vouloir agir ainsi, affirmant que nous venons de connaître « neuf années de rendements exceptionnels sur les marchés boursiers » et qu’il est temps de retirer ses billes et de réduire la dette de 10 milliards de dollars.

Dans une entrevue à RDI économie lundi soir, le candidat Éric Girard, coauteur du cadre financier de la CAQ et ancien trésorier de la Banque Nationale, a dit qu’il s’agit là « d’une saine gestion des risques [que] de prendre des profits, de faire un versement, de réduire les intérêts sur la dette. C’est le bon moment de faire ça. »

La valeur comptable du Fonds, qui sert exclusivement au remboursement de la dette, est de 12,8 milliards de dollars et, en tenant compte du rendement, sa valeur marchande est de 15 milliards de dollars. C’est donc les deux tiers de la valeur du Fonds qui seraient vidés par la CAQ en allant de l’avant avec un remboursement de 10 milliards de dollars.

Cette décision aurait deux effets : le premier, ce serait de réduire l’intérêt à payer sur la dette. La CAQ prévoit que le « service de la dette » serait de 9,087 milliards de dollars en 2019-20 au lieu de 9,282 milliards de dollars, une économie de 195 millions de dollars.

Le deuxième effet, ce serait de réduire les revenus d'intérêt du Fonds des générations, qui sont enregistrés dans les revenus du gouvernement du Québec. En abaissant ainsi les revenus, on abaisse aussi les versements à faire dans le Fonds des générations.

Des gains ou des pertes?

Dans les dernières années, le rendement annuel du Fonds des générations s’est situé entre 7 % et 12 %, alors que le coût d’emprunt du gouvernement du Québec oscillait entre 2 % et 3 %. Il a été plus payant pour le gouvernement du Québec d’investir dans le Fonds annuellement et de laisser les sommes dans les marchés afin d’accumuler de l’intérêt que de rembourser plus rapidement une dette, dont l’intérêt est moins élevé que l’intérêt gagné dans les marchés.

Selon la CAQ, il n’est pas clair que les rendements seront au rendez-vous dans les prochaines années. « S’il y avait une correction boursière, a dit Éric Girard, on perdrait beaucoup d’argent. Alors, tout ce qu’on fait, c’est de réaliser des profits, continuer à faire des versements et accumuler de l’argent dans le Fonds, c’est vraiment une saine gestion, une gestion de risque. »

Cela dit, en retirant 10 milliards du Fonds des générations, il est clair qu’on va se priver d’un rendement intéressant. « Ça va coûter, à peu près, 1 milliard [de dollars] d’accélérer [le remboursement de la dette], selon Éric Girard. Si on estime une prime de risque des actions, un 3 % par exemple, si on perd 250 millions de dollars par année, pendant quatre ans, ça correspond à 1 milliard de moins de revenus. Mais, si on avait une chute de 20 % des marchés dans les quatre prochaines années, on perdrait 3 milliards! »

Ainsi, la CAQ évalue qu’on va perdre 1 milliard sur quatre ans en rendement et elle affirme, dans son cadre financier, qu’on va épargner 408 millions en intérêts sur la dette.

Le gouvernement Couillard a déjà prévu utiliser 2 milliards de dollars par année du Fonds des générations pour rembourser la dette pendant cinq ans. « L’utilisation du Fonds des générations pour le paiement de la dette permettra au gouvernement de réaliser des économies sur le service de la dette de près de 1,1 milliard de dollars sur cinq ans », selon le ministère.

Cela dit, « les revenus de placement seront cependant moindres que s’il avait été convenu de ne pas utiliser le Fonds des générations pour réduire la dette sur les marchés financiers. Cet écart est estimé à 1,9 milliard de dollars sur cinq ans et il est plus élevé que les économies au service de la dette réalisées. »

Que ce soit de prendre 2 milliards par année pour rembourser la dette pendant cinq ans, ce qui est le projet du Parti libéral du Québec (PLQ), ou 10 milliards d’un coup sec, le choix de la CAQ, cette décision est-elle juste? Est-elle trop prudente ou trop coûteuse? Ça se discute.

Une prudence à géométrie variable

Cela dit, si la CAQ dit jouer de prudence en réduisant de 10 milliards la dette du Québec, pour dégager des économies sur les intérêts à payer, on se demande pourquoi, en retour, le parti de François Legault choisit d’éliminer la provision de prudence sur le service de la dette.

Le cadre financier de la CAQ prévoit de faire passer cette provision de 150 à 50 millions de dollars en 2019-20 et de 150 millions à 0 les années suivantes.

Or, dans le rapport préélectoral du ministère des Finances du Québec déposé le 20 août, « la provision au service de la dette vise à couvrir diverses éventualités, telles qu’une hausse plus importante que prévu des taux d’intérêt et les fluctuations subites des marchés financiers. » De plus, le ministère évalue qu’une « hausse plus importante que prévu des taux d’intérêt de 1 point de pourcentage sur une pleine année entraînerait une augmentation de la dépense d’intérêts d’environ 250 millions de dollars. »

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