•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

La Couronne veut accélérer les procédures judiciaires dans l'affaire Minassian

Dessin de cour d'Alek Minassian portant une tenue de prisonnier orange.
L'accusé, Alek Minassian, lors de sa comparution par vidéoconférence le 10 mai. Photo: CBC/Pam Davies

L'auteur présumé de l'attaque au camion-bélier du 23 avril, Alek Minassian, n'a finalement pas comparu par vidéoconférence à Toronto vendredi matin, se faisant plutôt représenter par son avocat au tribunal de North York. Il fait face à 10 accusations de meurtre et 16 accusations de tentative de meurtre.

Alek Minassian n'a pour l'instant pas mentionné s'il plaiderait coupable ou non coupable. Il est représenté par l'avocat Boris Bytensky.

À la sortie du tribunal vendredi, ce dernier a affirmé que la Couronne compte demander à la procureure générale de la province de surseoir à l'enquête préliminaire, ce qui accélérerait les procédures judiciaires. Il a aussi indiqué que le procès n'aura sans doute pas lieu cette année.

Un interdit de publication empêche toutefois de révéler les propos tenus vendredi au tribunal.

Boris Bytensky a refusé de s'exprimer sur l'état mental et physique de son client

C'est la somme d'informations la plus volumineuse que j'aie jamais reçue, on parle de témoignages et de vidéos de surveillance et de cellulaire qu'il nous faudra maintenant étudier de façon minutieuse, a-t-il commenté.

La date de la prochaine comparution d'Alek Minassian a été fixée au 1er novembre. Sa première comparution avait eu lieu le 24 avril, au lendemain de l'attaque. La deuxième s'était déroulée le 10 mai, par vidéoconférence.

Les faits

Le 23 avril, un camion-bélier happe des piétons sur plus de deux kilomètres dans la rue Yonge, dans le quartier North York, dans le nord de la métropole.

Le suspect, Alek Minassian, est arrêté par l'agent Ken Lam, dont le sang-froid suscite l'admiration partout dans le monde.

Des témoins décrivent des scènes d'horreur. Ils racontent avoir vu des piétons être projetés dans les airs, heurtés de plein fouet dans la course folle de la camionnette, sur le trottoir de ce secteur achalandé de Toronto.

Le suspect

Originaire de Richmond Hill, en banlieue nord de Toronto, Alek Minassian a 25 ans. D'après Ottawa, il n'était pas connu des policiers et n'avait pas de liens avec le terrorisme international.

Il a agi « délibérément », selon le chef de la police de Toronto, mais les motifs demeurent flous. L'homme n'était pas armé au moment de son arrestation.

Les médias sont par ailleurs parvenus à authentifier une publication Facebook dans laquelle Alek Minassian se réclamait du mouvement Incel, un groupe misogyne.

Une fille allume une chandelle à la place Mel-Lastman de Toronto, lors de la veillée tenue en l’honneur des victimes de l’attaque au camion-bélier du 23 avril 2018.Une fille allume une chandelle à la place Mel-Lastman de Toronto, lors de la veillée tenue à la mémoire des victimes de l’attaque au camion-bélier du 23 avril 2018. Photo : Reuters / Fred Thornhill

Le jeune homme a aussi fait brièvement partie des Forces armées canadiennes. Il avait rejoint les rangs de l'armée basée à Saint-Jean-sur-Richelieu en août 2017, mais n'avait jamais terminé sa formation et avait quitté les Forces après seulement 16 jours.

Le vendredi 27 avril, les autorités ont aussi révélé l'identité des 10 personnes qui ont perdu la vie à la suite de l'attaque. Leur âge varie de 22 à 94 ans. Huit d'entre elles sont des femmes.

Outre les victimes qui sont mortes, il y a celles qui ont été blessées, parfois lourdement, physiquement et psychologiquement.

Une reconstruction lente et difficile

Le 23 avril, Beverly Smith, 81 ans, se promenait vers midi dans la rue Yonge pour se rendre à la bibliothèque.

Elle n'allait jamais arriver à destination ce jour-là. Mme Smith a survécu, mais elle a perdu ses deux jambes. Cette grande amatrice de lecture doit aussi voir un orthophoniste désormais, et peine à finir un livre.

Son fils, Michael Smith, se souvient encore du moment où il l'a vue à l'hôpital.

Beverly Smith, 81 ansBeverly Smith, 81 ans Photo : Radio-Canada / Albert Leung/CBC

Elle était tellement abattue, ses yeux étaient complètement fermés. Et puis ils m'ont dit que ses jambes avaient été amputées, et là... j'ai juste commencé à crier. C'était horrible. Horrible.

Michael Smith, fils d'une des victimes, Beverly Smith, blessée durant l'attaque

Une autre victime, So Ra, 22 ans, se rendait elle aussi à la bibliothèque ce lundi-là, accompagnée de sa camarade de classe et amie Sohe Chung. Elle ne se rappelle pas avoir entendu le camion arriver à toute allure derrière elles.

Et puis j'ai essayé de comprendre : est-ce un accident de voiture? Un acte terroriste? Une fusillade? Une explosion?

Elle s'est réveillée désorientée, auprès de Sohe Chung.

Ses vêtements, son visage, tout semblait bien. Elle était juste inconsciente, alors j'ai pensé... que cela allait juste lui prendre un peu de temps avant de se réveiller.

So Ra a mis quelques minutes à comprendre que son amie était morte, sur ce trottoir. Sohe Chung avait aussi 22 ans.

Jeudi, Mme Smith a passé sa dernière nuit au centre de réadaptation depuis l'attaque. Elle peut rentrer chez elle, mais les défis s'annoncent nombreux, entre le traumatisme psychologique et les ajustements nécessaires à ses déplacements, qui se font désormais en fauteuil roulant.

So Ra retournera cette année seule sur les bancs de l'Université de Toronto. La jeune femme continue de travailler avec ses psychologues pour ne plus se culpabiliser de n'avoir rien pu faire pour sauver son amie.

So Ra, 22 ansSo Ra, 22 ans Photo : Radio-Canada / Albert Leung/CBC

Le médecin a dit que les bons souvenirs me semblent tristes parce que je suis en deuil, mais que peu à peu, je pourrai penser aux bons souvenirs à nouveau.

So Ra, victime de l'attaque au camion-bélier

Des résidents qui se souviennent

Pour les résidents du quartier, ce lundi 23 avril et les jours qui ont suivi, marqués par la présence accrue des médias, notamment, ont marqué un tournant dans la vie de plusieurs. Patrice Alexander est le propriétaire du Forum Barber Parlor et vit dans le secteur depuis 10 ans.

Avant, dit-il, il n'y avait pas vraiment d'esprit de communauté. Aujourd'hui, cela a changé.

Patrice AlexanderPatrice Alexander Photo : Radio-Canada / Michael Cole/CBC

Maintenant, quand je vois des personnes une ou deux fois, je m'assure de me présenter, de savoir leurs noms, ce qu'elles font dans la vie.

M. Alexander soutient que les gens sont devenus plus proches les uns des autres depuis la tragédie, et regrette que cela n'ait pas eu lieu avant.

Immédiatement après l'attaque, Tanya Kolenko est venue en aide à cinq victimes, dont une femme, qui est morte dans ses bras. Elle raconte que la guérison, pour elle, est passée par la parole. Nous parlons de ce dont nous avons été témoins, mais je ne pense pas que quiconque pourra récupérer à 100 %.

Robert Little et Tanya Kolenko Robert Little et Tanya Kolenko Photo : Radio-Canada / Martin Trainor/CBC

Toutefois, nombreux sont ceux au sein de la communauté qui se demandent encore pourquoi l'attaquant présumé a choisi ce lieu, quelles raisons l'ont poussé à commettre cet acte délibéré, explique le révérend du quartier, Sean Huh.

M. Huh conclut néanmoins sur une note plus positive, car il estime que cette tragédie a rassemblé les gens. Je pense que la meilleure chose que j'ai apprise, c'est que nous nous sommes ouverts à la vie.

Le révérend Sean HuhLe révérend Sean Huh Photo : Radio-Canada / Paul Borkwood/CBC

Justice et faits divers