•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

La Vérif : en immigration, le modèle européen est-il le bon?

M. Lisée parle dans un micro dans un studio..
Le chef péquiste Jean-François Lisée, en entrevue à Gravel le matin. Photo: Radio-Canada
Radio-Canada

Le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, veut imposer aux immigrants de connaître le français avant d'obtenir le droit d'entrer au Québec. Pour appuyer son idée, il cite l'exemple de plusieurs pays européens qui ont cette même exigence. Nous avons vérifié comment ça se déroule là-bas.

Un texte de Thomas Gerbet avec Nathalie Lemieux et Vincent Maisonneuve

Avec un gouvernement du Parti québécois (PQ), un immigrant devra posséder une connaissance intermédiaire du français avant d'être autorisé à poser le pied au Québec. Seuls les immigrants économiques seraient touchés par cette mesure, qui ne viserait donc pas les réfugiés ni le regroupement familial.

« Si le Royaume-Uni, la Hollande, l'Allemagne disent qu'un critère de succès, c'est d'apprendre la langue nationale avant de venir, c'est qu'ils savent peut-être quelque chose qui a de l'allure », a déclaré Jean-François Lisée, mardi.

Vérification faite, le Royaume-Uni impose bel et bien une connaissance minimale de l'anglais aux candidats à l'immigration économique. Pour les deux autres pays, des nuances s'imposent.

Les Pays-Bas exemptent une longue liste de pays de cette exigence, parmi lesquels la plupart des pays occidentaux (Canada, États-Unis, pays européens), mais aussi le Japon, la Corée du Sud ou la Turquie. L'exemple qui est le moins représentatif du projet péquiste, c'est l'Allemagne. En effet, Berlin n'oblige pas les immigrants travailleurs à connaître l'allemand avant de s'installer dans le pays.

Seules les personnes qui rejoignent un membre de leur famille sont visées. Ce n'est qu'après cinq ans, si cet immigrant souhaite s'établir en permanence dans le pays, qu'il devra passer un test et démontrer une connaissance suffisante de la langue locale.

Un modèle qui n'est pas sans rappeler celui qui est proposé par la Coalition avenir Québec.

D'autres nuances

Dans sa plateforme sur l'immigration, le Parti québécois explique que « 17 pays de la zone européenne sur 27 » réclament la connaissance de la langue nationale avant l'entrée dans le pays.

Vérification faite, ce n'est pas exact. L'étude de 2013 d'un chercheur belge, dont s'inspire le PQ, indique qu'il n'y en a que 7. Le parti inclut dans son calcul tous les pays qui exigent le français à l'étape de la résidence permanente ou de la citoyenneté, soit après l'entrée dans le pays.

Nous avons parlé à l'auteur de l'étude utilisée par le PQ. Il s'agit de Piet Van Avermaet, directeur du Centre pour la diversité et l'apprentissage au département de linguistique de l'Université de Ghent, en Belgique. Selon son analyse des différentes expériences européennes, exiger une connaissance de la langue avant l’entrée n’est pas un gage de succès et peut même être contre-productif.

Il pense que ce sont plutôt « des mesures incitatives visant en premier lieu l’intégration dans certains domaines sociaux, tels que le travail, qui permettent l’acquisition de la langue du pays d’accueil ».

À noter que le Parti québécois propose un certain nombre de mesures d'accompagnement pour mieux intégrer les immigrants. Une de ces mesures consiste à offrir une aide financière remboursable pour les immigrants diplômés qui sont en formation ou en stage de mise à niveau de leurs compétences pour leur permettre de se concentrer sur cette tâche.

Le Québec oblige déjà certains immigrants à connaître le français

De 2015 à 2017, plus de 18 000 immigrants ont été sélectionnés par le Québec dans le cadre du Programme de l'expérience québécoise, un programme qui exige la connaissance du français.

Durant ces trois mêmes années, plus de 33 000 immigrants ont été sélectionnés par le Programme régulier des travailleurs qualifiés. Dans leur cas, la connaissance du français n'est pas obligatoire, mais fortement encouragée.

En effet, si ces candidats veulent mettre toutes les chances de leur côté et marquer un maximum de points pour la sélection, ils ont intérêt à connaître le français et à réussir un test mis en place en 2011.

Selon les données du ministère de l'Immigration du Québec, 43 % d'entre eux ont présenté un test de français réussi. Les candidats provenaient majoritairement de l'Inde, de l'Algérie et des Philippines.

Avec la collaboration de Sarah Sanchez

Politique