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Le PQ veut une taxe « gloutons » pour s'attaquer aux salaires des hauts dirigeants

M. Lisée, devant un lutrin, au milieu d'un décor factice de panneaux de signalisation présentant les noms de paradis fiscaux.

Le chef péquiste Jean-François Lisée a présenté ses engagements en matière d'équité fiscale en compagnie de la vice-cheffe, Véronique Hivon. En arrière-plan, le candidat du parti dans Pointe-aux-Trembles, Jean-Martin Aussant.

Photo : Radio-Canada / Frédéric Bissonnette

Radio-Canada

Le Parti québécois entend s'attaquer aux salaires démesurés offerts aux dirigeants d'entreprises privées, des sociétés d'État et des universités s'il prend le pouvoir le 1er octobre. Il compte aussi suspendre l'application par Québec de conventions fiscales signées par Ottawa avec 12 paradis fiscaux.

Un texte de François Messier

Ces deux mesures et quelques autres font partie des engagements électoraux en matière d’équité fiscale qui ont été dévoilés mardi matin par le chef péquiste Jean-François Lisée, lors d’une conférence de presse tenue à l’Université de Montréal.

Dès sa première année au pouvoir, un gouvernement péquiste contraindrait ainsi les firmes privées cotées en bourse à dévoiler les salaires versés à leurs dirigeants et à leurs employés, afin de déterminer si cet écart est trop grand. Il veut s’assurer plus précisément que les cinq plus hauts dirigeants d’une entreprise ne gagnent pas plus de 30 fois le salaire médian versé aux employés.

Dans le cas contraire, une taxe « gloutons » de 10 % serait imposée sur « la portion des salaires des cinq plus hauts dirigeants excédant la norme des 30 fois » dès la troisième année d'un mandat. Cette taxe passerait à 25 % l’année suivante.

M. Lisée n'a pas hésité à montrer du doigt les augmentations de salaire consenties récemment aux patrons de Bombardier. « On croit que là et ailleurs, il y a des gloutons. On est maintenant dans la société des gloutons, et nous voulons discipliner ces gloutons », a-t-il souligné.

Dans les années 60 et 70, un patron gagnait à peu près 20 ou 30 fois ce que gagnait son salarié médian, et il y avait beaucoup de croissance économique. Aujourd'hui, c'est parfois 100 fois, 150 fois, 200 fois. Il n'y a aucune justification à ce scandale de la spirale, qui atteint aussi les salaires de la haute fonction publique québécoise.

Jean-François Lisée, chef du Parti québécois

Le PQ s’engage donc à mettre en oeuvre un « processus de modération de ces excès » qui imposera aux mandarins de l'État, aux dirigeants des sociétés d’État, comme Hydro-Québec ou Loto-Québec, ainsi qu'aux recteurs d’université de « donner l'exemple ».

Ces derniers ne pourront donc plus gagner plus d'argent que le premier ministre du Québec, soit environ 250 000 $ en tenant compte des avantages sociaux et du fonds de pension. Les bonis versés à des dirigeants seront pris en compte dans ce calcul. « Un quart de million, ça suffit pour bien vivre », a indiqué M. Lisée.

Cette baisse de salaire ne s’appliquerait cependant pas du jour au lendemain. Elle entrerait en vigueur au moment d’un renouvellement de mandat ou d’une nouvelle nomination.

Selon M. Lisée, la spirale des salaires se justifie souvent par des « arguments factices », selon lesquels des candidats à de tels postes seront recrutés par d'autres organisations plus importantes. « Ce n'est jamais arrivé qu'un PDG d'Hydro-Québec quitte ensuite pour un salaire supérieur. Ce n'est jamais arrivé qu'un recteur d'une université québécoise soit débauché par une université américaine qui lui offrait davantage », a-t-il déclaré.

D'ailleurs, je dis à mes amis recteurs : "si Oxford ou si Cambridge vous offre un million par année, allez-y! Ça va être bon pour le Québec" et on va trouver quelqu'un de presque aussi bon que vous pour vous remplacer.

Jean-François Lisée, chef du Parti québécois

Le président-directeur général de la Caisse de dépôt et placement du Québec serait exempté de cette approche salariale, puisque les dirigeants du « bas de laine des Québécois » proviennent historiquement du milieu financier, où ils peuvent gagner davantage.

Le PQ propose cependant de limiter les augmentations salariales à la Caisse au taux consenti aux employés du secteur public.

Haro sur les paradis fiscaux, « fléau du siècle »

M. Lisée a aussi annoncé qu’un gouvernement péquiste qu’il dirigerait cesserait « dès décembre » d’appliquer les conventions fiscales signées par Ottawa avec une douzaine de paradis fiscaux, dont la Barbade, les Bahamas et les îles Cook.

« Le Québec n’a jamais eu l’obligation de suivre le gouvernement canadien dans sa décision de rendre légale l’évasion fiscale », a plaidé le chef péquiste, qui soutient que les paradis fiscaux sont « un des fléaux du siècle ».

On va dire aux compagnies et aux individus québécois qui se sont fait dire par leur comptable "tu peux aller là, tu vas payer moins d'impôt légalement" [que] maintenant, c'est illégal.

Jean-François Lisée, chef du Parti québécois

« Si vous voulez rester dans la légalité - ce qui était votre intention - vous devez maintenant déclarer à l'impôt québécois les revenus que vous faites là, et ils vont être taxés au niveau de l'impôt québécois, sans quoi vous allez devenir des fraudeurs. »

Un gouvernement péquiste mettrait par ailleurs fin à la pratique qui consiste à ne pas imposer d'amendes aux fraudeurs qui finissent par déclarer leurs revenus placés dans des paradis fiscaux. Des amendes seraient plutôt imposées, et elles seraient ajustées à la hausse pour ceux qui ont le plus tardé à le faire.

Un gouvernement péquiste demanderait également à la Caisse de dépôt et placement de présenter un « plan de désinvestissement » des paradis fiscaux, « comme le font plusieurs autres grands fonds institutionnels dans le monde », a précisé M. Lisée.

Des revenus de 360 millions, estime le PQ

Le PQ entend aussi mettre un terme à la déduction additionnelle sur les options d’achat que le gouvernement Couillard a récemment mis en œuvre. Cette déduction, un « cadeau » de 14 millions de dollars pour les « ultrariches », selon le PQ, serait donc ramenée de 75 % à 50 %.

La formation souverainiste compte également instaurer une « taxe sur les profits détournés » pour les multinationales qui opèrent ici, mais dont les sièges sociaux sont situés à l’étranger, afin de récupérer 159 millions de dollars, selon une évaluation du ministère des Finances.

M. Lisée a aussi rappelé qu’un gouvernement péquiste appliquerait la taxe de vente du Québec (TVQ) à tous les biens étrangers achetés sur des plateformes de commerce électronique, comme Amazon. Cela permettrait à la province d’engranger 160 millions de dollars par année.

Les commerces de nos centres-villes sont en train de dépérir, parce que ça coûte 15 % moins cher d'acheter le même produit en ligne, de chez soi, qu'au centre-ville de sa ville.

Jean-François Lisée, chef du Parti québécois

Le Parti québécois estime que l'ensemble de ces mesures permettrait d'accroître les revenus de l'État de 360 millions de dollars par année après quatre ans.

Aux électeurs de décider qui du PQ ou de la CAQ peut remplacer les libéraux, croit Lisée

En début de journée. M. Lisée a offert sa réplique au chef libéral et premier ministre sortant Philippe Couillard, qui a avancé la veille que le débat entourant les seuils d’immigration devrait constituer la « question de l’urne » à l’heure où le Québec connaît une pénurie de main-d’œuvre.

« Pour instant, les électeurs n’ont pas décidé quelle serait la question de l’urne », a-t-il commenté dans une entrevue accordée à l'émission Gravel le matin. « Ils partent avec une première prémisse : on ne veut plus des libéraux. [...] Et donc la question est : "qui est le meilleur parti pour remplacer les libéraux?" ».

Moi, je pense qu’à moins qu’un autre sujet s’impose, la question de l’urne, c’est : "qui est le plus crédible, qui est le plus pragmatique"?

Jean-François Lisée, chef du Parti québécois

Le chef péquiste affirme qu'il compte sur les débats à venir pour convaincre les électeurs susceptibles de changer d'avis de le faire d'ici le 1er octobre. Selon les données du plus récent sondage Léger publié par Le Devoir et The Gazette, environ 40 % des électeurs sont dans cette situation.

« On arrive dans la phase ou le nombre d’électeurs qui s’intéressent à la campagne augmente énormément. Pour faire court, on peut dire qu’il y a 1 million d’électeurs québécois qui suivent la politique régulièrement, et là, jeudi soir, [avec le premier débat] ça va passer à 3 millions », affirme M. Lisée.

Dans une entrevue subséquente à ICI RDI, le chef péquiste a dit croire que le Parti québécois va s’approcher de la CAQ en termes d’intentions de vote.

Moi, je pense qu’on va voir dans cette campagne un renversement. À un moment donné, on va se croiser, la CAQ et nous, et on va se rapprocher tellement que ça va devenir un vrai suspense : lequel de nous deux va remplacer le Parti libéral?

Jean-François Lisée, chef du Parti québécois

À moins de 48 heures du dévoilement du cadre financer de son parti, Jean-François Lisée estime que les Québécois vont s’apercevoir que son parti est « le plus responsable » et le « plus économe », tandis que les libéraux et les caquistes présentent un « risque réel » de « retomber dans l’austérité ».

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