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La surtaxe sur les importations américaines a jusqu'ici rapporté 300 M$

Un travailleur inspecte une feuille d'aluminium
Un travailleur de l'aluminium dans une usine nord-américaine. Photo: Associated Press / Daniel R. Patmore/Associated Press

Ottawa a perçu près de 300 millions de dollars de tarifs douaniers supplémentaires sur des biens en provenance des États-Unis au cours des deux derniers mois, dans le cadre de la guerre commerciale que se livrent les gouvernements canadien et américain.

Selon des données de l’Agence des services frontaliers du Canada obtenues par CBC, la surtaxe appliquée par Ottawa sur les importations d'acier, d'aluminium et de divers autres produits en provenance des États-Unis a rapporté plus de 286 millions de dollars au cours des mois de juillet et d’août.

Outre les métaux, ces surtaxes visent un éventail de produits de consommation courante allant du café aux mouchoirs en passant par les boissons gazeuses et l'eau minérale.

Engagé depuis des mois dans un bras de fer commercial avec les États-Unis, qui s'est traduit notamment par la remise en question de l'ALENA par Washington, le Canada a imposé ces surtaxes après s'être vu lui-même imposer des tarifs douaniers de 25 % sur son acier et de 10 % sur son aluminium.

Selon Pierre-Olivier Herbert, porte-parole du ministre des Finances Bill Morneau, toutes les sommes perçues grâce à ces mesures de représailles commerciales seront versées aux industries canadiennes touchées par ces nouvelles barrières tarifaires américaines.

Nous nous engageons à faire en sorte que chaque dollar recueilli dans les tarifs réciproques soit remis sous forme de soutien aux secteurs touchés.

Pierre-Olivier Herbert, porte-parole du ministère des Finances

Guerre de tarifs

Un homme et une femme travaillent dans une usine d'assemblage du groupe Fiat Chrysler Automobiles à Windsor, en Ontario.L’industrie automobile, le premier secteur d’exportation au Canada, génère quelque 80 milliards de dollars annuellement en activité économique. Photo : Associated Press / Jerry S. Mendoza

Les États-Unis, de leur côté, ont perçu, depuis le 1er juillet, plus de 1,8 milliard de dollars de tarifs douaniers supplémentaires sur les produits de l'acier et 535 millions sur les produits de l'aluminium en provenance du Canada, selon des données des services douaniers américains.

En outre, si les discussions en vue d'une refonte de l’ALENA entre Washington et Ottawa n’aboutissent pas bientôt, le président américain Donald Trump menace d’inclure le Canada dans son projet d’imposition d’une taxe de 25 % sur les automobiles fabriquées à l’étranger.

Le président américain avait à l’origine accordé des exemptions tarifaires au Canada et au Mexique sur la question des automobiles, mais l’exemption a expiré le 1er juin dernier et le tout dépend maintenant de l’issue des négociations commerciales en cours entre les deux pays.

Une question de sécurité nationale, selon Washington

Selon le département américain du Commerce, le président Trump serait tout à fait en droit d’exiger de telles redevances sur les importations étrangères qui « menacent de porter atteinte à la sécurité nationale ».

Un argument jugé fallacieux par Ottawa, qui ne voit pas en quoi le Canada, allié historique des États-Unis, pourrait représenter une menace à la sécurité nationale de son voisin.

Rappelons qu’à la fin août, les États-Unis et le Mexique ont conclu une entente commerciale bilatérale à laquelle ils ont invité le Canada à se joindre rapidement. Washington et Ottawa négocient activement depuis pour tenter de renouveler leur accord de libre-échange.

Les consommateurs en feront les frais

Les grands perdants de cette guerre commerciale seront avant tout les consommateurs des deux côtés de la frontière, prévient l’avocate en droit commercial Cyndee Todgham Cherniak.

Les importateurs paieront plus, que ce soit 25 % ou 10 %. Les importateurs transféreront ce coût supplémentaire sur la prochaine personne de la chaîne d’approvisionnement et, au bout du compte, ce seront les consommateurs qui finiront par payer plus.

Cyndee Todgham Cherniak, avocate en droit commercial

Selon elle, s’il devait y avoir des poursuites ou des contestations devant les tribunaux, il est possible que les taxes perçues injustement par les États-Unis soient un jour remboursées aux importateurs, mais les consommateurs, eux, ne recevront jamais un sou.

Conscient de l’impact qu’aura cette guerre commerciale sur l’économie canadienne, le ministre des Finances, Bill Morneau, pourrait déployer des mesures supplémentaires pour protéger l’industrie de l'acier et de l'aluminium.

Des consultations ont d’ailleurs été menées par Ottawa auprès des industries touchées à la fin août. Le gouvernement canadien examine maintenant quelles seront les prochaines étapes pour répondre à ce qu’il appelle des « circonstances exceptionnelles ».

L'industrie sidérurgique mondiale bouleversée

Un travailleur surveille l'écoulement de fer.Du fer fondu est versé dans une fournaise, dans une usine de fabrication d'acier de Hefei, en Chine. Photo : Reuters / Jianan Yu

Selon Joseph Galimberti, président de l’Association canadienne des producteurs d’acier, l’imposition de ces surtaxes par Washington bouleverse l’industrie et provoque des levées de boucliers partout dans le monde dans le domaine des métaux.

En Chine, le gouvernement imposera à lui seul 16 milliards de dollars de surtaxe sur les produits américains en réponse aux politiques américaines sur l’acier. « C’est dire à quel point l’industrie en est bouleversée », souligne M. Galimberti.

Des tarifs qui pourraient être là pour longtemps

Pour l'avocate spécialisée dans le commerce Brenda Swick, l’onde de choc entraînera une perturbation généralisée des chaînes d'approvisionnement partout dans le monde et une hausse certaine des prix pour les consommateurs.

Certaines entreprises peuvent absorber le coût supplémentaire des tarifs temporairement, mais elles ne peuvent pas le faire pour toujours, a déclaré Me Swick.

Le gouvernement fédéral canadien devra donc faire attention à ce qu'il fait avec l’argent des tarifs douaniers qu’il perçoit sur les produits américains.

« Le ministère des Finances devra vraiment réfléchir aux façons les plus avantageuses d’utiliser cet argent dans l’intérêt du Canada et des consommateurs », prévient Brenda Swick, car tout versement direct à une industrie pourrait être interprété plus tard comme une subvention et, par conséquent, contesté devant les tribunaux en vertu des lois commerciales.

Selon Me Swick, la meilleure chance de voir cette guerre commerciale prendre fin est de conclure un accord commercial avec les États-Unis, à défaut de quoi les Canadiens devront s’habituer à payer ces surtaxes pendant longtemps, croit-elle.

Avec les informations de CBC

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