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Sables bitumineux : le « plus grand projet des dernières décennies » inauguré en Alberta

Des camions déchargent des sables bitumineux.
À la mine Fort Hills, en Alberta, les poids lourds peuvent transporter jusqu'à 400 tonnes de sable bitumineux par chargement. Photo: Radio-Canada / Geneviève Normand
Radio-Canada

Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi les projets de pipelines se retrouvent si souvent dans l'actualité? Pourquoi l'Alberta semble si déterminée à voir son or noir circuler dans un oléoduc? La réponse en une phrase : les pipelines sont pleins, mais la production augmente. À preuve, le ruban rouge d'une nouvelle mine a été coupé lundi dans les sables bitumineux au nord de Fort McMurray. Radio-Canada y était. Incursion au sein d'un projet pétrolifère ambitieux et décryptage d'une industrie qui fait l'objet de critiques.

Un texte de Geneviève Normand

Le projet s’appelle Fort Hills. Et il est colossal. « Le plus grand projet depuis des décennies », selon des analystes du secteur énergétique, dont le directeur de la recherche de RS Energy Group, Rob Bedin.

Il s’agit d’une mine à ciel ouvert, évaluée à 17 milliards de dollars, qui va extraire du sol albertain 194 000 barils de pétrole par jour pendant 50 ans. La production a commencé discrètement en janvier 2018, mais les volumes ont progressivement augmenté au cours des derniers mois. Si tout va comme prévu, Fort Hills devrait fonctionner au maximum de sa capacité, ou presque, d’ici la fin de l’année.

Le gestionnaire des services régionaux de Suncor, Bruno Francoeur, devant les installations de la mine Fort Hills, en Alberta.Le gestionnaire des services régionaux de Suncor, Bruno Francoeur, devant les installations de la mine Fort Hills, en Alberta. Photo : Radio-Canada / Geneviève Normand

« Le démarrage s'est fait sans incident et de manière sécuritaire, indique le gestionnaire des activités régionales de Suncor, Bruno Francoeur. L’augmentation de la production s'est faite plus rapidement qu'on pensait. »

Fort Hills emploie 1400 travailleurs, mais ils étaient presque 8000 à participer à la phase de construction, qui a eu lieu de 2013 à 2018.

Sur papier, le projet existe depuis le début du millénaire. Après plus d’une décennie de développement, de processus réglementaire et de travaux sur le chantier, l’heure était donc à la fête lundi pour Suncor et ses partenaires, Teck Resources et Total Canada.

La mine Fort Hills en chiffres

  • 5 ans : durée des travaux de construction;
  • 17 milliards de dollars : coût de la mine;
  • 7900 travailleurs : main-d’œuvre nécessaire pour la construction;
  • 1400 travailleurs : main-d’œuvre nécessaire à l’exploitation de la mine;
  • 194 000 barils : capacité quotidienne de production de pétrole;
  • 54,11 % : participation dans la mine détenue par Suncor;
  • 8 milliards de dollars : montant estimé des redevances pétrolières versées au gouvernement de l’Alberta pour toute la durée de vie du projet;
  • 50 ans : durée de vie approximative du projet.
La première ministre de l'Alberta, Rachel Notley, et le PDG de Suncor Energy, Steve Williams (à droite), discutent avec un dignitaire qui a participé à la cérémonie d'ouverture de la mine Fort Hills, le 10 septembre 2018.La première ministre de l'Alberta, Rachel Notley, et le PDG de Suncor Energy, Steve Williams (à droite), discutent avec un dignitaire qui a participé à la cérémonie d'ouverture de la mine Fort Hills, le 10 septembre 2018. Photo : Radio-Canada / Geneviève Normand

L’épineux dossier des pipelines soulevé

Le lancement officiel de Fort Hills s’est déroulé en compagnie de centaines d’invités et de dignitaires, dont le ministre fédéral des Ressources naturelles, Armajeet Sohi, et la première ministre de l’Alberta, Rachel Notley, qui ont tous deux réitéré l’appui de leur gouvernement à l’expansion du projet de l’oléoduc Trans Mountain.

La mise en service de Fort Hills, qui se traduira par l’accroissement de la production de pétrole en Alberta, met en évidence un enjeu crucial pour les pétrolières : la difficulté qu’elles ont d’acheminer la ressource vers les marchés en raison de l’absence d’infrastructure énergétique suffisante. Autrement dit, elles manquent de pipelines.

Dans le cas de Suncor, la pétrolière gérera ses activités sans nouvel oléoduc. En tout cas, pour l’instant. À plus long terme, l’insuffisance de capacité pipelinière pourrait compromettre l’expansion de ses activités. « Pour les installations actuelles de Suncor – incluant Fort Hills –, ce n'est pas vraiment un problème majeur, indique Bruno Francoeur. Mais ça va en devenir un dans le futur. »

Le PDG de Suncor, Steve Williams, s’est d’ailleurs dit « très déçu » de la décision récente de la Cour d’appel fédérale d’annuler l’approbation de Trans Mountain. Mais ce dernier reste optimiste. « Je pense toujours que ce pipeline va être construit », a-t-il affirmé devant les journalistes.

Le problème numéro un auquel nous faisons face, c’est sans équivoque le fait que le prix de nos produits est affaibli en raison d’une capacité insuffisante de pipelines.

Rob Bedin, directeur à RS Energy Group

En ce moment, la capacité de transport de pétrole par pipeline au Canada se chiffre à 3,4 millions de barils par jour, selon l’Office national de l’énergie (ONE). Presque tout ce pétrole, à quelques exceptions près, prend la route des États-Unis, faute d’oléoducs pour être transporté vers les côtes maritimes.

Des oléoducs sur le site de la mine Fort Hills, de Suncor Energy, en Alberta.Des oléoducs sur le site de la mine Fort Hills, de Suncor Energy, en Alberta. Photo : Radio-Canada / Geneviève Normand

Le dernier grand projet des sables bitumineux?

Étant donné les difficultés auxquelles l’industrie pétrolière est confrontée, plusieurs analystes estiment que Fort Hills est le dernier grand projet d’envergure à se réaliser dans la région de Fort McMurray.

« Je ne m’attends pas à voir de nouvelles entrées de la part des multinationales », explique M. Bedin, qui note toutefois que certaines compagnies pourraient accroître la production à même leurs projets déjà existants.

À l'heure actuelle, je ne prévois pas de projet majeur en Alberta pour les prochaines années, jusqu'au moment où on arrive réellement à débloquer la question du transport.

Joseph Doucet, doyen de la Faculté d’administration à l’Université de l’Alberta

Le grand patron de Suncor laisse toutefois planer le doute. « Je pense que nous allons ouvrir d’autres mines dans le futur », a affirmé Steve Williams, précisant cependant que ces prochains projets n’auront probablement pas la même envergure que Fort Hills.

La croissance et le développement au sein de l’entreprise risquent de s’effectuer sur les trois mines que Suncor exploite déjà dans le secteur. « Les sables bitumineux canadiens sont parmi les meilleurs et parmi les plus grandes réserves de pétrole au monde », a expliqué M. Williams.

Au cours des 10 prochaines années, Suncor ne prévoit pas prendre de décision majeure d’investissements miniers. Son président indique qu’il est « très difficile d’approuver des investissements majeurs sans avoir de clarté avec les projets de pipelines ».

La mine Fort Hills, de Suncor Energy, est située dans la région de Fort McMurray, en Alberta.La mine Fort Hills, de Suncor Energy, est située dans la région de Fort McMurray, en Alberta. Photo : Radio-Canada / Geneviève Normand

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