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Rencontres de candidats adverses : le hasard fait parfois si bien les choses

Les deux hommes discutent, entourés de journalsites.

Jean-François Lisée et Sol Zanetti se sont croisés le dimanche 9 septembre lors de l'événement Limoilou en famille, à Québec.

Photo : Radio-Canada / Bruno Giguère

Jérôme Labbé

Six fois depuis le début de la campagne électorale au Québec, des chefs de parti sont tombés « par hasard » sur des candidats adverses qui se trouvaient sur leur route. Si l'ensemble des candidats concernés jurent qu'il s'agit véritablement de rencontres fortuites, des observateurs expliquent que ces face-à-face sont parfois « arrangés avec le gars des vues ».

À Québec, dimanche, Jean-François Lisée vient à peine d’arriver à l'événement « Limoilou en famille » lorsqu’il tombe sur Sol Zanetti, ex-chef d’Option nationale, aujourd’hui candidat de Québec solidaire dans la circonscription de Jean-Lesage.

Une discussion – cordiale, mais passionnée – s’ensuit, le chef péquiste questionnant M. Zanetti sur le projet d’assemblée constituante de QS.

Les deux hommes politiques se couperont respectivement la parole pendant l’échange, qui se déroulera pendant un peu plus de cinq minutes sous l’oeil vigilant des caméras, après quoi le chef péquiste continuera son chemin, non sans avoir poliment serré la main à son adversaire.

« C’est étonnant ce qui s’est passé », a commenté M. Zanetti, le lendemain. « Je rencontrais des citoyens devant mon local, l’autobus de M. Lisée arrive devant mon local [et] il se précipite sur moi avec tous les médias nationaux pour me parler de mécanique référendaire. J’ai été étonné et surpris de cet échange et je trouve que les difficultés que M. Lisée essaie de soulever sont plutôt inintéressantes pour la plupart du monde en ce moment. Le plan de Québec solidaire est clair […] On est les seuls à proposer de réaliser l’indépendance du Québec dans le premier mandat. »

Des précédents

Ce n’était pourtant pas la première fois que la caravane de Jean-François Lisée croisait un candidat de Québec solidaire sur son chemin. Au quatrième jour de la campagne, lors d’un bain de foule rue Masson, dans sa circonscription de Rosemont, le chef péquiste était tombé sur son adversaire local, l’ex-chroniqueur politique Vincent Marissal. La rencontre avait été brève, mais remarquée, les deux candidats promettant de se revoir lors du débat local du 11 septembre.

M. Lisée avait aussi trouvé sur son chemin Andrés Fontecilla, candidat de Québec solidaire dans Laurier-Dorion, en allant dîner au Bistro L’Enchanteur, le jeudi 30 août.

Tout s’explique, selon Stéphanie Guèvremont, responsable nationale des relations publiques pour Québec solidaire. « Nos candidats sont sur le terrain chaque jour depuis des semaines, voire des mois, alors il est normal qu’ils croisent des adversaires; nous ne ferons pas de détours pour les éviter », a-t-elle affirmé lundi.

Hasard ou coïncidence?

Si rien ne prouve que les candidats de Québec solidaire se soient placés volontairement sur la route de la caravane péquiste, l’ex-stratège libéral Luc Ouellet, qui travaille aujourd’hui pour le compte de la firme de relations publiques National et participe régulièrement à l’émission Mordus de politique, à ICI RDI, ne croit pas au hasard.

« J’ai participé à plus d’une dizaine de campagnes électorales, et je peux vous dire que quand ça arrive, c’est parce que c’est organisé, concède-t-il. Alors je ne pense pas qu’il y ait du hasard comme ça, surtout à la grandeur qu’ont les circonscriptions […] Honnêtement, quand ils vous mentionnent ça, ils doivent avoir un grand sourire par en arrière, parce que c’est un petit peu fort. »

Cette stratégie existait-elle déjà, à l’époque où il conseillait Jean Charest, de 2003 à 2012? « Je ne dis pas que ce n’est pas arrivé, mais ce n’était pas une stratégie utilisée du côté des libéraux. Mais c’est clair qu’en cas d’événements majeurs, si on pouvait avoir un environnement moins bon pour les autres chefs, il n’y a personne qui va se cacher qu’il n’a jamais fait ça », reconnaît-il.

L’ex-députée adéquiste Marie Grégoire, qui collabore à l'émission Les Ex, à ICI RDI, offre une autre explication. Car, pour elle, il est « très possible que ce soit des hasards ».

« Quelqu’un qui planifie une tournée de chefs, ça s’arrange pour trouver des endroits où il y a beaucoup d’électeurs, pour que le chef puisse croiser des électeurs, souligne-t-elle. Donc le fait que deux agendas – celui de la caravane d’un chef et celui d’un candidat – puissent se retrouver au même endroit en même temps, c’est possible, plus particulièrement maintenant que c’est l’automne et qu’il y a moins d’activités que l’été : la liste des événements potentiels est réduite d’autant. »

L’ex-députée péquiste Elsie Lefebvre, elle, se refuse à toute naïveté. Sa lecture des événements, c’est que « ce sont des hasards qui, souvent, sont calculés ».

« C’est facile de connaître l’itinéraire des caravanes des chefs », explique celle qui collabore aux Mordus de politique du lundi au jeudi. « C’est donc facile pour un candidat d’un tiers parti de les suivre, et de savoir exactement à quel moment la caravane, le chef et les médias vont être à un lieu précis. La rencontre a l’air fortuite, alors qu’en fait elle est plutôt bien planifiée. »

Pour elle, l’idée, c’est surtout de pouvoir profiter de la visibilité médiatique des chefs de parti.

« Habituellement, c’est le candidat avec peu de notoriété qui se présente pour obtenir la visibilité de l’autre », remarque-t-elle.


D’autres exemples de rencontres fortuites :

François Legault (CAQ) et Stéphane Bergeron (PQ) le 25 août dans Verchères

« Honnêtement, c’était un pur hasard! », explique l’attaché de presse péquiste Louis Lyonnais. « Il était déjà prévu à l’agenda que Stéphane débarque à Saint-Amable depuis bien longtemps. C’est certain que ça a fait "plaisir" à M. Bergeron de pouvoir accueillir François Legault en personne quand il a remarqué sa présence, cela dit! »

Philippe Couillard (PLQ) et Christian Hébert (PQ) le 25 août dans Portneuf

En visite avec sa caravane aux Fêtes gourmandes de Neuville, M. Couillard a fait le tour des nombreux kiosques et s'est arrêté au comptoir de M. Hébert, qui produit un cidre primé, afin de trinquer avec lui. Le chef libéral savait pertinemment qu'il s'adressait au candidat péquiste, mais les deux n’ont échangé aucun propos politique. « Vive les producteurs québécois! », a lancé M. Couillard, en lui souhaitant, avec ironie, d'être encore producteur pendant très longtemps.

Jean-François Lisée (PQ), Lise Lavallée et Caroline Proulx (CAQ) le 7 septembre dans Repentigny

Crédit vidéo : La Presse canadienne (le début de l’échange n’a malheureusement pas été capté)

« Ce n’est que le fruit du hasard », a expliqué Mme Proulx lundi. « Il y a des incontournables dans le comté, ce n’est pas étonnant de rencontrer par moment des adversaires politiques. Tout comme Jean-François Lisée et d'autres candidats qui font campagne, nous étions tous conviés à proximité de la scène où les dignitaires étaient attendus pour le lancement de l’événement. Nous avons eu une courte et franche discussion et poursuivi notre chemin. »

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