•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Existe-t-il une autre option pour les francophones déçus par Jim Watson?

Une image du maire d'Ottawa Jim Watson.
Existe-t-il une option pour les francophones déçus par Jim Watson? Photo: Radio-Canada / Chantal Mainville

Opposé au bilinguisme officiel de la capitale, le maire Jim Watson a souvent fait l'objet des critiques acerbes de la communauté francophone. Même si 11 candidats se présentent contre lui aux prochaines élections municipales, les Franco-Ontariens déçus par ses positions n'auront pas l'embarras du choix pour le remplacer.

Un texte d'Angie Bonenfant

Ottawa, 22 mars 2017. La Place TD est remplie à craquer à l'occasion du 20e anniversaire du grand rassemblement S.O.S. Montfort.

Le maire Watson monte sur scène pour souligner ce moment historique, mais il est copieusement hué par plusieurs personnes dans la foule. Les francophones ne lui pardonnent pas ses positions rigides sur le statut bilingue de la Ville d'Ottawa.

La déconnexion [entre Jim Watson et la communauté francophone] a vraiment été ressentie à ce moment-là, se remémore la directrice générale de l'Association des communautés francophones d'Ottawa (ACFO Ottawa), Aja Besler, qui était présente à la soirée commémorative.

Parce que, d'un côté, il y avait plusieurs personnes qui croyaient dans cette cause-là et, de l'autre, il y avait le maire qui ne voulait pas en parler.

Le statut bilingue de la Ville d'Ottawa a été à l'origine de plusieurs tensions entre le maire et ses électeurs francophones au cours des quatre dernières années. Cette tension a atteint un sommet à la veille des célébrations du 150e anniversaire de la Confédération. Plus les demandes pour la reconnaissance d'un tel statut se faisaient pressantes, plus Jim Watson campait sur ses positions.

C'est un dossier que la communauté francophone [avait] à coeur, alors que pour le maire ce n'était pas un dossier qu'il appuyait. Dans les faits, il était fermement contre le statut bilingue, confirme Mme Besler. À cet égard-là, la communauté a réellement senti un froid.

En décembre 2017, grâce aux démarches de la députée d'Ottawa-Vanier, Nathalie Des Rosiers, Queen's Park reconnaît le caractère bilingue de la Ville d'Ottawa. Ce n'est pas une désignation officielle de bilinguisme, mais ce nouveau statut enchâsse les services en français. Jim Watson, qui n'a pas contribué à la toute nouvelle reconnaissance, a appuyé ce nouveau statut du bout des lèvres.

Le maire n'a pas encore dit qu'il était fier de ça. [La reconnaissance] ne fait pas partie de son bilan. Ce n'est pas quelque chose qui est important pour lui, constate Linda Cardinal, professeur titulaire à l'École d'études politiques de l'Université d'Ottawa.

Jim Watson est un politicien aguerri, il sait ce qu'il fait, il ne veut pas brasser les choses sur le plan linguistique par peur de perdre des votes, poursuit-elle. Il sait comment ça fonctionne une machine électorale. Il sait ce qui est gagnant, et pour lui, la francophonie, ce n'est pas nécessairement gagnant.

Jim Watson a-t-il été un bon maire pour les francophones? Il y a certainement du positif, analyse Aja Besler, mais « sa fermeture d'esprit par rapport à Ottawa bilingue » ternit son bilan.

Un homme qui porte des lunettes devant un micro.Le maire d'Ottawa Jim Watson Photo : Radio-Canada

Jim Watson : un maire prudent

En matière de francophonie, Jim Watson est loin d'avoir révolutionné les choses, estime Pierre Jury, éditorialiste en chef du quotidien Le Droit.

Il n'en sent pas le besoin parce que, d'un côté, les francophones n'ont pas réussi à suffisamment bien articuler leur point de vue à la mairie, remarque-t-il. Le maire ne voit pas l'importance d'articuler une vraie politique de bilinguisme à la Ville d'Ottawa. Il persiste à dire année après année que le statu quo est une situation parfaitement acceptable.

Le maire a toujours dit qu'il offrait des bons services en français, qu'il n'y avait pas beaucoup de plaintes et qu'il était satisfait, ajoute Linda Cardinal. C'est un discours assez prudent, c'est un discours utilitaire et c'est un discours qui ne bouscule rien.

Selon elle, la Ville d'Ottawa a besoin d'une direction générale des services en français qui a du mordant. Malheureusement, les candidats à la mairie qui pourraient mener cette bataille ne sont pas nombreux.

Il y a Clive Doucet qui est là, qui est un candidat solide, mais c'est la seule alternative raisonnable qui est sur la table, constate Pierre Jury. À part ça, il n'y a pas d'alternatives solides qui s'offrent aux Franco-Ontariens et, je dirais même, à la population générale d'Ottawa.

Un bandeau annonçant le dossier de Radio-Canada sur les élections municipales en Ontario

Les 12 candidats à la mairie d'Ottawa

Hamid Alakozai, Ahmed Bouragba, Bernard Couchman, Clive Doucet, Joey Drouin, Ryan Lythall, Craig MacAulay, Bruce McConville, Michael Pastien, Moises Schachtler, James T. Sheahan et Jim Watson.

Du fait que Jim Watson est bilingue, ça crée un incitatif pour l'appuyer. Et pour lui, le fait qu'il soit bilingue, c'est comme s'il tenait la population pour acquise, soutient Linda Cardinal. Un peu comme les anglophones québécois qui sont prisonniers des libéraux, nous avons le même enjeu, on est un peu prisonnier du candidat Watson.

Même si Jim Watson est bilingue, ça n'a pas d'incidence sur sa gouvernance.

Linda Cardinal, École d'études politiques et titulaire de la Chaire de recherche sur la francophonie et les politiques publiques à l'Université d'Ottawa

Personnellement, je suis d'avis qu'il vaut mieux avoir un anglophone francophile qu'un maire qui s'exprime en français et qui ne prend pas de mesures solides pour l'appuyer, précise Pierre Jury. Je ne veux pas dire que c'est le cas de Jim Watson, mais même s'il s'exprime bien en français, il est possible d'être un plus ardent défenseur des droits des francophones.

On peut faire mieux que Jim Watson.

Pierre Jury, éditorialiste en chef, Le Droit

Clive Doucet est un anglophone qui se débrouille relativement bien en français. À ce chapitre, il représente un changement intéressant. Cependant, le diable est dans les détails. Quel projet propose-t-il aux francophones? se questionne Mme Cardinal.

Pour ce qui est de la campagne électorale, il n'y a personne qui a un programme très intéressant pour les francophones, observe-t-elle. En ce moment, les francophones sont peut-être orphelins d'un candidat.

Ottawa-Gatineau

Politique municipale