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Environnement : le PQ promet un virage vert « à la mesure du danger »

Jean-François Lisée entouré de candidats du Parti québécois
Le Parti québécois a dévoilé son plan en environnement, un enjeu oublié de la campagne, selon de nombreux électeurs Photo: Radio-Canada / Bruno Giguère

Loi « antidéficit climatique », électrification de véhicules, offre bonifiée de transport en commun à Montréal : le chef péquiste Jean-François Lisée a dévoilé lundi les engagements de son parti en matière d'environnement, qui visent à s'assurer que les émissions de gaz à effet de serre (GES), responsables du réchauffement de la planète, soient inférieures de 23 % par rapport à leur niveau de 1990.

Un texte de François Messier

Dans un point de presse donné en matinée à La Baie, M. Lisée a indiqué qu'il entendait d'abord envoyer un « signal majeur » en matière de lutte contre la « crise climatique » en conservant la responsabilité du développement durable dans un gouvernement qu’il dirigerait.

L'idée consiste à « montrer à l'ensemble des ministères que c'est une priorité de l'État », et mettre sur pied un ministère du Climat, de l'Environnement et de l'Énergie. Le premier budget d'un gouvernement péquiste serait aussi celui du « virage vert », a-t-il poursuivi, et une loi « antidéficit climatique » serait adoptée d'entrée de jeu.

Cette loi demanderait à un « tiers crédible » de fournir un portrait fiable de la trajectoire des cibles de réduction des GES jusqu’en 2050, de fournir des avis sur les hypothèses énergétiques faites par le gouvernement et sur les correctifs nécessaires pour maintenir le Québec sur la trajectoire souhaitée, a précisé M. Lisée dans un point de presse subséquent. Le gouvernement serait « obligé » d'y répondre.

Cette approche a fait dire au chef péquiste que son plan environnemental serait « le plus contraignant jamais proposé » par un gouvernement du Québec.

On n’est plus face à une éventualité ou une possibilité : nous sommes dans la crise climatique. Et accepter ce constat nous permet d’avoir des ambitions à la mesure du danger.

Jean-François Lisée, chef du Parti québécois

Jean-François Lisée a aussi indiqué qu’il comptait faire adopter une loi affirmant « l’indépendance environnementale du Québec et établissant la primauté de la compétence du Québec en matière d’environnement », quitte à ce que cela entraîne un « bras de fer » avec le gouvernement fédéral.

Un tel projet de loi, envisagé mais non adopté par le gouvernement péquiste de Pauline Marois, affirmerait que Québec « a le pouvoir exclusif pour évaluer tout projet réalisé en territoire québécois et pour statuer » en la matière. « Ce n'est pas vrai qu'Ottawa va décider pour nous où va passer un pipeline, s'il va passer un pipeline », a-t-il résumé.

Radio-Canada a révélé le printemps dernier que le gouvernement Couillard préconisait aussi de pouvoir évaluer seul les futurs projets de pipelines, de mines, de barrages, de lignes électriques ou de ports sur son territoire.

Le PQ a aussi réitéré qu’il n’accepterait aucun nouveau projet d’hydrocarbures et que les permis d’exploration et d’exploitation déjà accordés seraient graduellement retirés.

Confusion sur les contraintes imposées aux concessionnaires

Après avoir rappelé différentes propositions déjà avancées par son parti, dont son projet de « Grand déblocage » pour bonifier l’offre de transports publics à Montréal, au détriment d'une partie du Réseau express métropolitain (REM), et le recours au covoiturage, M. Lisée a longuement évoqué son plan d'électrification des transports.

« Ne pas s'attaquer aux transports, c'est rater la cible complètement », a-t-il affirmé.

Il a ainsi annoncé son intention de modifier la Loi visant l'augmentation du nombre de véhicules automobiles zéro émission au Québec afin de rehausser les cibles de ventes de véhicules électriques rechargeables. Il veut que ces véhicules comptent pour 25 % des ventes en 2025 - la cible est de 10 % à l'heure actuelle - puis 50 % en 2030 et 100 % en 2035.

Le dévoilement de cette approche a donné lieu à une certaine confusion de la part de M. Lisée. Alors qu'il soulignait en matinée que le PQ « n'est pas dans une logique de punition » mais « dans une logique de disponibilité », il a plutôt plaidé en après-midi que les concessionnaires allaient être « contraints [...] à offrir davantage de véhicules électriques. »

Un attaché de presse du PQ, Mathieu Lavigne, avait préalablement expliqué aux journalistes que le principe de cette loi était similaire à celui du marché du carbone.

« On inscrirait dans les règlements les cibles de ventes à atteindre par les constructeurs de 2025 à 2035. Progressivement, le quota de ventes augmente et permet d’atteindre 100 % en 2035. C’est comme un marché du carbone, si les constructeurs n’atteignent pas leurs cibles, ils doivent acheter des crédits pour compenser leur sous-performance », a-t-il fait valoir.

M. Lisée s'est défendu d'avoir reviré sa veste à ce sujet. Il a reconnu que son parti avait changé la « formulation » de l'engagement initialement inscrit dans sa plateforme, mais que « l'intention » ou « l'objectif » demeure le même.

« On continue à réfléchir, [...] à aiguiser nos flûtes, [...] à voir non seulement ce qui est le plus pratique [mais] ce qui va le plus nous amener au succès, à la réussite », a-t-il dit. « Mais moi dans la discussion que j’ai eue avec beaucoup de gens, les histoires d’essayer d’interdire de façon fermée et brutale, ça repousse les gens du débat sur les gestes qu’on doit poser. »

La contrainte est sur le gouvernement, la contrainte est sur les concessionnaires, le secteur public; l’incitation est pour les citoyens. Moi, mon objectif est qu’il y ait 100 % de ventes d’électriques et rechargeables en 2035.

Jean-François Lisée, chef du Parti québécois

L'approche de Québec solidaire, qui compte imposer des pénalités aux acheteurs de véhicules à essence dès un premier mandat pour favoriser la vente de véhicules rechargeables, est « contre-productive », a maintenu M. Lisée.

Selon lui, les concessionnaires automobiles sont réfractaires à la vente de véhicules rechargeables, parce que ces derniers sont plus durables, ce qui les prive de revenus provenant des réparations. Avec l'approche du Parti québécois, « ils ajusteront leur modèle d'affaires à la réalité », a-t-il dit.

Taxis, autobus et camions également dans le viseur

Le chef péquiste veut également faire en sorte que des véhicules électriques rechargeables comptent pour 50 % de la flotte de taxis de la province d'ici 2025. Cette proportion serait de 100 % pour les véhicules d'autopartage. Un rabais pouvant aller jusqu’à 16 000 $ pour une voiture servant à ces fins, soit 8000 $ de plus qu'à l'heure actuelle, serait offert jusqu’à la fin de 2020.

Le PQ estime que son plan pour les véhicules d'autopartage permettra de retirer 100 000 voitures des routes du Québec. Cela s'ajouterait à 100 000 véhicules qui pourraient quitter les routes en raison du « grand déblocage » et 100 000 autres qui feraient de même en raison des incitatifs au covoiturage proposé par le parti.

Pour atteindre ce nouvel objectif, un gouvernement péquiste rembourserait 100 $ par année de frais d’autopartage à un automobiliste qui se défait de son véhicule, garantirait l’accès aux voies réservées à ces véhicules et leur offrirait des places réservées aux pôles de transport collectif.

Le PQ veut aussi que tous les autobus scolaires du Québec roulent à l’électricité d’ici 12 ans. Les achats d'autobus utilisant du diésel, construits aux États-Unis, seraient interdits dès l'arrivée au pouvoir du parti, pour favoriser les achats d'autobus électriques fabriqués dans la province.

Le parti propose également que les camions légers de marchandises rechargeables comptent pour 15 % des ventes d'ici 2025. Les camions faisant partie de la flotte du gouvernement et des municipalités seraient notamment ciblés.

Il propose en outre de créer des « centres de consolidation » en banlieue de Montréal et de Québec, où les camions lourds pourraient décharger leur cargaison, qui serait ensuite prise en charge par des camions électriques légers qui feraient la livraison en ville. Ce modèle, qui se développe en Europe, aurait un « impact majeur sur la circulation dans les centres urbains », a plaidé M. Lisée.

Le PQ indique qu'il investirait 30 millions pour installer 2000 bornes de recharge rapide au cours d'un premier mandat. À plus long terme, le parti veut que le Québec compte autant de ces bornes que de stations d'essence. Le Code du bâtiment serait par ailleurs modifié pour que les nouvelles résidences comprennent une borne de recharge.

Un gouvernement péquiste ferait également passer de 33,4 % à 40 % la proportion réelle des sommes consacrées au transport collectif et actif dans le Plan québécois des infrastructures, ce qui représente des investissements supplémentaires de 835 millions de dollars en quatre ans. Cent millions de dollars seraient par exemple consacrés à la construction de pistes cyclables.

Le PQ s'engage aussi à :

  • s’assurer que « l’urbanisme et l’aménagement des milieux de vie soient compatibles avec un environnement sain »;
  • prendre en compte les facteurs environnementaux dans les appels d’offres publics, afin de faire obstacle au cycle « fabriquer, consommer, jeter »;
  • relancer la Charte du bois pour favoriser l’utilisation de ce matériau dans le secteur de la construction;
  • soutenir les entreprises innovantes qui contribuent à l’économie verte.

Des mesures financées avec le Fonds vert

La totalité des mesures annoncées lundi seraient financées à même le Fonds vert, a précisé M. Lisée. « Donc il n'y a pas d'argent supplémentaire [investi]. On ne creuse pas de déficit, on ne fait pas de promesses en l'air. On réoriente vers les mesures les plus efficaces pour la réduction des GES des sommes disponibles », a-t-il affirmé.

Selon Jean-François Lisée, les mesures que mettrait en oeuvre un gouvernement péquiste placeraient le Québec en position d'atteindre ses cibles de réduction de GES de 37,5 % en 2030. Cet objectif serait d'ailleurs intégré à la loi « anti-déficit climatique ».

« Ça va nous permettre d'économiser d'ici 2025 20 milliards de litres d'essence. Ça veut dire 30 milliards de dollars » ou 22 milliards, une fois les taxes soustraites, affirme le chef péquiste. « C'est 22 milliards de dollars qui, sans nous, iraient à l'extérieur du Québec, et qui, avec nous, [vont] être réinvestis dans l'économie du Québec. »

« Cette annonce, qui est une annonce de lutte contre la crise climatique - on veut que le Québec soit parmi le peloton de tête des nations les plus écologiques - est aussi le meilleur investissement économique qu'on puisse imaginer », a plaidé M. Lisée.

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