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Dans les coulisses du rodéo de Saint-Tite

L'oeil d'un cheval est visible à travers les ouvertures d'une remorque.
Fiesta est transportée, en compagnie d'autres chevaux, des pâturages de Sylvain Bourgeois jusqu'aux écuries du Festival western de Saint-Tite. Photo: Radio-Canada / Josée Ducharme
Radio-Canada

Les festivaliers en bottes de cowboy ne sont pas les seuls à élire domicile à Saint-Tite durant le Festival western. Des dizaines de chevaux, de taureaux et de bouvillons y convergent aussi. Incursion dans les coulisses d'un rodéo à la fois populaire et controversé.

Un texte de Camille Carpentier

Fiesta est une jument de 15 ans. Après deux ans d’absence, elle fait un retour à la compétition cet été après ce qu’on pourrait appeler un congé de maternité. Elle a donné naissance à une pouliche, qui vit avec elle au sein du troupeau de Sylvain Bourgeois, sur une terre en périphérie de Saint-Tite.

Fiesta, une jument de 15 ans, broute dans les enclos de son propriétaire.Fiesta, une jument de 15 ans, broute dans les enclos de son propriétaire. Photo : Radio-Canada / Josée Ducharme

Son propriétaire a d’ailleurs de grands espoirs pour son retour à la compétition.

« Fiesta, c’est vraiment le type de cheval qu’un cowboy voudrait piger pour la finale ici dimanche, explique Sylvain Bourgeois, non sans une pointe de fierté. Elle est très régulière : ces premières ruades sont vraiment puissantes. Ça donne vraiment la chance au cowboy de démontrer ses habiletés. »

Sylvain Bourgeois élève des chevaux pour le festival western de Saint-Tite depuis une vingtaine d’années. Il sait très bien quel cheval deviendra une vedette de rodéo.

Ce que les juges recherchent, c’est un animal qui saute haut, en avant, qui rue haut et dans un rythme égal pour que le compétiteur soit capable de démontrer son habileté.

Sylvain Bourgeois, producteur de rodéos

La carrière d’un cheval de rodéo commence dès les premières années de sa vie. Sylvain Bourgeois explique qu’on évalue si un cheval sera une bonne bête de rodéo à l’aide d’un « faux » cavalier. Il s’agit en fait d’une boîte métallique que l’on place sur le dos des chevaux.

Sylvain Bourgeois dans son atelierDans son atelier, Sylvain Bourgeois montre deux selles métalliques utilisées pour entraîner les chevaux de rodéo. Photo : Radio-Canada

Lorsque le cheval se met à ruer, la sangle qui maintient la boîte en place est relâchée à distance par l’éleveur grâce à une télécommande.

« Ça se voit assez rapidement les premières fois, quand ils réussissent à enlever la sangle et que le faux cowboy tombe, raconte Sylvain Bourgeois. Déjà, il va se remonter le cou, les oreilles droites : "J’ai réussi, je suis fier!" »

Si durant les premières séances d’entraînement, le cheval n’a pas le réflexe de ruer, qu’il se met plutôt à courir par exemple, on sait que le rodéo ne sera pas pour lui. Il risque d’être plutôt utilisé pour d’autres activités comme l’équitation ou la promenade en calèche.

« On ne peut pas les forcer à sauter, à ruer à peu près 10 fois en 8 secondes, assure Sylvain Bourgeois. C’est très, très demandant physiquement. C’est vraiment dans leur génétique, et c’est vraiment de leur propre volonté. S’ils ne veulent pas le faire, ils ne le font pas. »

Direction : le Festival western

Pour les chevaux de Sylvain Bourgeois, le Festival western de Saint-Tite commence le jeudi précédant les compétitions. Les animaux sont transportés des pâturages où ils se prélassent toute l’année, au terrain du festival. Avec une poignée de ses compagnons, Fiesta embarque calmement dans la remorque qui la transportera dans les enclos spécialement aménagés. En véritable animal grégaire, Fiesta doit absolument être accompagnée de Red Cloud, une jument dont elle est inséparable. Les animaux ont visiblement l’habitude de cet exercice.

L'oeil d'un cheval est visible à travers les ouvertures d'une remorque.Fiesta est transportée, en compagnie d'autres chevaux, des pâturages de Sylvain Bourgeois jusqu'aux écuries du Festival western de Saint-Tite. Photo : Radio-Canada / Josée Ducharme

Les animaux ne feront qu’un ou deux rodéos lors du premier week-end de compétition. Entre-temps, ils seront nourris et examinés par des vétérinaires. Ces examens, appelés « vet check », se tiennent à Saint-Tite depuis une vingtaine d’années.

Si le cheval n’est pas en santé, ça ne donne absolument rien de l’envoyer performer.

Sylvain Bourgeois, producteur de rodéos

Même s'il assure que rien n'a changé au Festival western de Saint-Tite depuis que les rodéos ont été plongés dans la controverse, le sujet du bien-être animal est visiblement sensible pour Sylvain Bourgeois.

« On est le rodéo le plus strict en Amérique du Nord, assure-t-il. Chaque cheval est inspecté un par un, surtout les chevaux de compétition, puisque c’est plus facile à manoeuvrer leur pouls, toucher leurs membres. Eux autres, il ne faut absolument pas qu’ils aient une petite boiterie, sinon, ils ne peuvent pas performer. »

Huit secondes pour briller

Nous retrouvons Fiesta dimanche après-midi. Elle s’apprête à participer à la finale de la Coupe rodéo Canada. Plusieurs petits enclos couverts ont été aménagés à l’extérieur des grandes estrades. Fiesta y attend calmement dans un enclos en compagnie de son amie, Red Cloud.

Une heure avant le rodéo, le médecin vétérinaire Pierre Tardif vient examiner les bêtes. Puisqu’elles ne sont pas dressées, il doit effectuer un examen visuel. Impossible, par exemple, de prendre la température des chevaux de rodéos, comme on le fait avec les chevaux de selle. L’expert s’assure donc que les animaux ne boitent pas, et que leurs yeux paraissent en bonne santé.

Le médecin vétérinaire Pierre Tardif dans l'enclos de la jumentLe médecin vétérinaire Pierre Tardif fait un examen visuel de la jument Fiesta avant sa participation au rodéo. Photo : Radio-Canada / Camille Carpentier

« Ceux qui sont blessés, ou incapables, on ne les laisse même pas se présenter, explique Pierre Tardif, qui est vétérinaire depuis huit ans au rodéo de Saint-Tite. On ne peut pas se permettre de laisser aller des animaux qui sont blessés. »

Depuis qu’il travaille comme vétérinaire pour le Festival western de Saint-Tite, Pierre Tardif a vu très peu de graves blessures chez les animaux.

Les cowboys se font plus maganer que les chevaux!

Pierre Tardif, médecin vétérinaire
Des cowboys attendent en coulisses près des chevaux de rodéo.Les cowboys s'apprêtent à saluer la foule lors de la finale de la Coupe Canada. Photo : Radio-Canada / Camille Carpentier

16 h 30. C’est l’heure. Par groupes de trois, les chevaux sont dirigés vers les chutes, où les cowboys pourront prendre place sur leur dos. L’épreuve de monte sans selle est la première de ce rodéo. Pendant qu’on réchauffe la foule, des cowboys installent une sellette sur le garrot de Fiesta, ce qui permettra au cowboy de s’accrocher. On lui installe aussi une sangle sur le flanc.

Dans les enclos à peine plus grands qu’eux, certains chevaux montrent des signes d’impatience, mais la plupart sont plutôt calmes. Fiesta, elle, ne bronche pas.

La jument Fiesta s'apprête à entrer des les grandes estrades.La jument Fiesta s'apprête à entrer dans les grandes estrades de Saint-Tite. Photo : Radio-Canada / Camille Carpentier

Les montures ont été attribuées aux cowboys au hasard. C’est Tim Kent, un cowboy de la Pennsylvanie, qui prend place sur Fiesta. Ce n’est que lorsque la porte de la chute s’ouvre que Fiesta se met à ruer énergiquement. Le cowboy tient bon pour les huit secondes réglementaires. Un signal retentit, et il s’éjecte de la monture. Dans l’arène, des cavaliers s’approchent de Fiesta au galop, retirent la sangle qui serre ses flancs, et le cheval arrête de ruer.

Malgré la bonne performance de Fiesta, ce n’est finalement pas Tim Kent qui remporte les grands honneurs. Pour la jument, la journée de travail est terminée. Elle retournera se prélasser dans les champs, jusqu'au prochain rodéo.

Mauricie et Centre du Québec

Animaux