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Magasins privés d'alcool : l'Alberta y gagne t-elle?

Des bouteilles de vin.

L'Alberta importe des vins du monde entier.

Photo : Reuters / Regis Duvignau

Radio-Canada

Vingt-cinq ans après la privatisation des magasins d'alcool en Alberta, le système a-t-il rempli ses promesses? La diversité des produits est-elle au rendez-vous et les Albertains payent-ils leur alcool moins cher?

Un texte de Stéphanie Rousseau

Pour le propriétaire du magasin Metrovino, de Calgary, Richard Harvey, le système privatisé de l'Alberta a ses avantages. « Je ne suis pas un disciple de la libre entreprise, mais pour moi, c’est la meilleure façon de distribuer le vin », dit-il.

Richard Harvey, dans son magasin Metrovino Fine Wines, tient une caisse de bouteilles de vin.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Richard Harvey possède le margasin Metrovino Fine Wines à Calgary.

Photo : Radio-Canada / Stéphanie Rousseau

Son petit commerce ne peut pas faire concurrence aux géants, mais il s'en tire bien en offrant des produits plus nichés qui plaisent à sa clientèle.

« Coop ou Costco, eux, font des marges impossibles à battre. J'ai choisi une autre voie, celle d'aller chercher de bons vins à prix superbe et de ne pas faire concurrence directe aux grandes surfaces. J'offre un choix beaucoup plus réfléchi qu'eux, qui vendent des vins de base et ça réussit très bien », dit-il.

Pour Sébastien Kravetz, directeur de l’entreprise d’importations de vins français Flying Wine Agency, il ne fait aucun doute que les Albertains ont accès à une plus grande gamme de produits depuis la privatisation.

C’est le système le plus facile au Canada, si ce n’est au monde, pour importer des vins.

Sébastien Kravetz, propriétaire de Flying Wine Agency
Sébastien Kravetz durant une entrevue.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Sébastien Kravetz, propriétaire de l’entreprise d’importations de vins français Flying Wine Agency.

Photo : Radio-Canada

« Les Albertains y gagnent [...] Ils peuvent déguster un panel très large de vins, venant du Brésil, du Liban, de Moldavie, d’Afrique du Sud, d’Europe... », précise Sébastien Kravetz.

En 25 ans, le nombre de magasins à travers la province est effectivement passé de 200 à près de 2000, et le nombre de produits a explosé, passant de 2200 à 19 000 types de bières, de vins et de spiritueux.

Mais, contrairement au Québec, par exemple, tous les produits ne sont pas offerts de manière uniforme sur le territoire. Il est beaucoup plus facile de trouver des produits variés à Calgary et à Edmonton que dans les petits villages de campagne parce que le nombre de magasins spécialisés y est plus grand.

Moins cher? Pas si sûr!

Sébastien Kravetz estime que les Albertains profitent de prix avantageux, notamment grâce aux « taxes les moins élevées du Canada », mais il avoue qu'un monopole comme celui de la Société des alcools du Québec (SAQ) présente aussi des avantages.

« Je ne dirais pas beaucoup plus bas [en Alberta]. C’est très difficile parce que la SAQ est le plus gros acheteur de vin au monde, [elle fait] des volumes très conséquents et il y a beaucoup moins d’intermédiaires », explique Sébastien Kravetz.

Frédéric Laurin.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le professeur d'économie à l'Université de Trois-Rivières, Frédéric Laurin.

Photo : Radio-Canada

En Alberta, le prix du vin a aussi suivi l'inflation très importante en raison du boom pétrolier, remarque Frédéric Laurin, professeur d'économie à l'Université du Québec à Trois-Rivières.

Tous les prix, notamment les salaires, ont augmenté. Comme les prix du vin y ont été libéralisés, ils ont suivi cette inflation-là.

Frédéric Laurin, professeur d'économie à l'Université du Québec à Trois-Rivières
 Julia Posca durant une entrevue.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La chercheuse de l'Institut de recherche et d'informations socioéconomiques, Julia Posca.

Photo : Radio-Canada

La chercheuse Julia Posca, de l’Institut de recherche et d’information socioéconomique du Québec (IRIS), a étudié les prix en Colombie-Britannique. Cette province a un système mixte, avec des succursales gérées par le gouvernement et des magasins privés.

En Colombie-Britannique, ce sont les magasins publics qui offrent les meilleurs prix. [...] Il n’y a pas eu une diminution des prix dans cette province depuis la libéralisation.

Julia Posca, chercheuse, Institut de recherche et d’information socioéconomique du Québec

L’avantage du système public en Colombie-Britannique s’explique par un réseau de magasins qui vend tellement de vin qu’il peut réduire sa marge de profit sur chaque bouteille. Autre point important, tous les détaillants en Colombie-Britannique doivent se procurer leurs vins auprès d’un fournisseur public, qui fixe les prix. Ils n’ont pas le droit de négocier directement avec les vignerons.

Les prix restent élevés en Colombie-Britannique parce qu’en amont il y a quand même un contrôle du gouvernement.

Frédéric Laurin, professeur d'économie à l'Université du Québec à Trois-Rivières

Le rôle du système de distribution

En Alberta, note Julie Aposca, les chaînes de supermarchés ont un fort pouvoir d’achat avec un bon réseau de distribution. « Ce que l'on a pu observer dans le cas de l’Alberta, c’est que les chaînes ne veulent pas se priver de leur marge de profits, donc malgré le fait qu’il y a un marché soi-disant libre, il n’y a pas d’effet vraiment important sur le prix des bouteilles vendues », affirme la chercheuse.

Sébastien Kravetz explique aussi que, en Alberta, le nombre d'intermédiaires fait grimper les prix.

« En Alberta, tous les vins sont importés par des agences d’importation. L’agence achète au domaine la plupart du temps. Le vin est vendu à un négociant, qui va le revendre à un importateur, qui va le revendre à un magasin ou à un restaurant. Donc, plus on met de couches, plus il y a de sociétés à faire vivre au milieu et plus le prix sera conséquent pour le consommateur au final. La SAQ, quant à elle, s'approvisionne directement chez les producteurs. Donc, la SAQ a plus de marge, ce qui en fait d’ailleurs un grand succès, et le consommateur jouit d’un vin qui est un peu moins cher », explique-t-il.

L’aubaine existe vraiment en Alberta… si on magasine

En Alberta, les prix varient beaucoup d’un commerce à l’autre. En magasinant, les consommateurs peuvent effectivement trouver certains produits à un prix moins élevé qu’au Québec, surtout si la bouteille est produite en grande quantité.

Le champagne Veuve Clicquot en est un bon exemple. La bouteille se vend 71,25 $ à la SAQ, plus de 75 $ dans de nombreux petits magasins de l'Alberta, mais seulement 52,74 $ à Costco, en Alberta.

Avec les informations de Laurence Martin

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