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Candidat à 18 ans : « Des fois, on me dit de retourner à l’école »

M. Duquette, derrière Jean-François Lisée et Nicolas Marceau.
William Duquette était présent aux côtés de son chef, le dimanche 9 septembre au matin, pour annoncer qu'en cas de victoire le 1er octobre, le PQ élargirait le mandat de l'Office de la protection du consommateur. Photo: Courtoisie

William Duquette dit avoir découvert la politique en sixième année du primaire, en suivant les travaux de la commission Charbonneau après l'école. Un mois après avoir atteint l'âge de voter, il brigue les couleurs du Parti québécois (PQ) dans la circonscription de Vanier-Les Rivières, à Québec. Interview sur son parcours, ses motivations et l'implication des jeunes en politique.

Propos recueillis par Jérôme Labbé

William Duquette étudie au cégep Garneau en sciences humaines et habite encore chez ses parents, un profil atypique pour un aspirant politicien. Cela ne l’empêche toutefois pas d’espérer être élu le 1er octobre prochain.

À 18 ans, il est le plus jeune candidat des quatre principaux partis politiques québécois. Son élection dans Vanier-Les Rivières – improbable, à en croire les sondages – ferait de lui le plus jeune député de l’histoire de l’Assemblée nationale.


JL : J’en déduis que c’est votre première campagne électorale?

WD : C’est même ma première entrevue! Ma candidature s’est décidée dans les dernières semaines, mais ça fait déjà deux ans que je suis membre du PQ. D’aussi loin que je peux me rappeler, je m’intéresse à la politique. Quand j’étais en sixième année, à l’âge de 11 ans, en revenant de l’école, au lieu de manger mes biscuits avec mon verre de lait en écoutant les dessins animés, moi, j’écoutais la commission Charbonneau. Et ce n’était pas parce que mes parents l’écoutaient aussi; c’était de mon plein gré! (rires) Parce que je jugeais que c’était important d’en savoir plus sur les gens qui nous gouvernent, qui dirigent notre vie de tous les jours. C’est vraiment à cet âge-là que j’ai commencé à comprendre qui fait quoi : le Parti libéral, le Parti québécois, l’ADQ, ce que les partis voulaient…

Après ça, vers 12-14 ans, c’est là que j’ai commencé à comprendre que le Québec n’est pas tout à fait pareil au reste du Canada, que fondamentalement, historiquement parlant, nos origines sont différentes, que nous, on descend des Français, les Anglais et tout ce qui est arrivé… C’est vraiment là que j’ai commencé à prendre conscience de la souveraineté du Québec et du débat qu’il y avait autour de cette question-là. Et là, je me souviens m’être rallié à la cause du Parti québécois, qui est justement de promouvoir la souveraineté, mais aussi de promouvoir les intérêts des Québécois.

JL : Mais si vous êtes souverainiste, pourquoi avoir choisi le Parti québécois plutôt que Québec solidaire?

WD : Parce que le PQ, c’est un parti politique qui s’intéresse à la culture québécoise, et non à une certaine forme de multiculturalisme… Pas que le PQ est anti-multiculturaliste, mais disons que les valeurs québécoises sont mises de l’avant, notamment l’égalité hommes-femmes.

JL : Vous n’aviez que 14 ans à l’époque pas si lointaine du débat sur la charte des valeurs québécoises, justement… Vous souvenez-vous de cet épisode?

WD : Vaguement, parce que je n’avais pas encore pleine connaissance de ce qui était en jeu. Je me souviens qu’au début, j’étais mitigé. Mais à un moment donné, à force de pouvoir lire et m’informer sur le sujet, c’est là que j’ai compris que, ce qui était mis de l’avant, c’était la laïcité de l’État, un principe apparu dans les années 1960 et 1970 avec la Révolution tranquille, promue par le Parti québécois. Et je trouvais raisonnable que l’État québécois soit laïque. Parce que oui, au Québec, on peut très facilement jouir de la liberté de religion, qui est un droit fondamental, sauf que d’un autre côté, à l’égard de tous les citoyens qui pratiquent la religion qu’ils veulent, pour éviter le conflit d’intérêts, c’est important d’avoir un État laïque.

JL : Malgré votre âge, est-ce que les électeurs vous prennent au sérieux?

WD : Ça m’est arrivé au cours des dernières semaines de me faire dire : « T’es trop jeune, retourne à l’école », autant que ça m’est arrivé de me faire dire : « Wow, c’est le fun de voir des jeunes qui s’impliquent ». Et moi, en tant que jeune citoyen, je trouve que c’est important. Au Québec, le problème qu’il y a, surtout à Québec, c’est qu’il y a beaucoup de gens qui s’offusquent de certains problèmes, mais personne n’est prêt à se lever pour les régler. C’est pour ça qu’il y a de moins en moins de jeunes qui vont voter, selon moi.

JL : Qu’est-ce que vous dites aux jeunes qui ne s’intéressent pas à la politique?

WD : Je ne leur fais pas la morale; je comprends qu’il y a plusieurs personnes qui ne s’intéressent pas à ça. Ce que je trouve dommage, là-dedans, et c’est souvent ce que j’explique aux gens qui me disent qu’ils ne vont pas voter parce qu’ils ne savent pas pour qui voter, je leur dis : « Essaye au moins de faire ton devoir de citoyen, lis un peu les nouvelles, essaye un peu de te positionner par rapport à ça et va voter, c’est ton devoir de citoyen! ». C’est comme… t’as le droit d’aller voter, mais en échange, tu es obligé d’aller voter.

JL : Pensez-vous être élu, le 1er octobre?

WD : (silence) Oui! (silence)

JL : Soyons honnêtes, ça fait quand même un bout que le PQ n’a pas gagné dans Vanier…

WD : C’est sûr que je ne me fais pas d’illusions par rapport à une victoire certaine, sauf que d’un autre côté, si on compare avec les élections américaines de 2016, on a eu une très grande surprise : on annonçait Hillary Clinton gagnante à l’élection présidentielle, et finalement, contre toute attente, c’est Donald Trump qui a été élu. Moi, je pense qu’avec mon équipe, mes parents et tout le travail qu’on fait sur le terrain en ce moment, je pense qu’on a quand même des chances.

JL : Avez-vous consulté vos parents avant de vous lancer en politique?

WD : D’une certaine manière, je n’avais pas d’autre choix que de les consulter par rapport à ça, parce que j’ai 18 ans, je réside encore chez mes parents, donc ça chamboule un peu les affaires. Mais d’un autre côté, mes parents étaient conscients de mon intérêt en politique et que je voulais me présenter un jour. Et puis maintenant que j’avais l’opportunité, eh bien, c’est de l’expérience! Alors mes parents m’ont dit oui tout de suite.

JL : Vos parents, ils sont péquistes?

WD : Mon père, fondamentalement, non. Ma mère, je vous dirais qu’elle était un peu indécise, mais chez nous, on a toujours promu la liberté d’opinion, le droit d’avoir des opinions différentes. C’est ça, aussi, la démocratie! Et puis à 18 ans, ça fait partie du processus d’apprentissage, de se faire des opinions, de les promouvoir et d’en débattre.

JL : Quel est votre objectif professionnel? Rêvez-vous de devenir un jour premier ministre?

WD : À l’université, j’irai probablement en sciences politiques ou en administration. Mais bon, ça va dépendre des résultats de l’élection! Je ne rêve pas nécessairement de devenir premier ministre, mais oui, j’aimerais ça être ministre. Ou juste député. Être élu à l’Assemblée nationale, ce serait déjà un grand accomplissement.

Cette entrevue a été raccourcie et formatée pour favoriser la clarté et la fluidité.

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