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Itinérance dans la capitale : « J’ai vécu en arrière du parlement pendant une couple d’années »

Un jeune homme, dehors, regarde droit devant lui.

Philippe Bérubé est l'un des protagonistes du documentaire Project Cold Days.

Photo : Courtoisie Project Cold Days

Radio-Canada

Suivre des itinérants dans les rues d'Ottawa pendant près de cinq ans. C'est le pari fou que s'est donné le cinéaste amateur Stephen Coleman dans son premier long métrage, Project Cold Days. Accompagné d'une équipe de bénévoles, il est parti à la rencontre de ceux dont on entend rarement l'histoire. Rencontre avec une des stars anonymes de ce documentaire.

Un texte de Yasmine Mehdi en collaboration avec l'émission Les malins

Philippe Bérubé est difficile à trouver. S’il vit maintenant dans un appartement du programme Rita Thompson Residence, ses 14 ans passés dans la rue ont laissé des traces. Il faudra plusieurs appels et quelques rendez-vous manqués pour finalement parvenir à le rencontrer.

Pantalon de camouflage, bottes noires et traits tirés malgré son jeune âge, il hésite d’abord à raconter son histoire. Je ne suis pas préparé, explique-t-il avec un rire nerveux, cigarette à la bouche.

Originaire d’Ottawa, il raconte s’être retrouvé dans la rue après avoir fugué d’un centre jeunesse. J’ai fait ben du pouce dans ma vie. J’étais itinérant pendant un crisse de boute. J’ai vécu à Montréal, Toronto. Je sautais pas mal de ville en ville.

Phil dit que la vie dans les rues de la capitale est dure - plus qu’ailleurs. Ottawa? C’est un trou, lâche-t-il en faisant tourner son briquet. La violence est haute, la drogue est haute. Tout le monde est en train de crever partout.

C’est vrai qu’on se drogue, c’est vrai qu’on se saoule. Mais si [les gens] étaient dans notre réalité, ils seraient aussi drogués que nous. T’essaies d’oublier où c'que t’es.

Philippe Bérubé

Comme plusieurs autres villes au pays, Ottawa est frappée par la crise des opioïdes. Quarante décès liés à la situation ont été répertoriés par l’agence de santé publique en 2016, 67 l’an dernier.

L’année que ça a vraiment frappé, je pense que j’ai sauvé à peu près 28 personnes dans un mois, se souvient Phil. C’était toutes des overdoses. Ils se piquaient et ils pensaient qu’ils avaient une plus grosse tolérance qu’ils avaient, mais ils faisaient un hit et ils étaient pas mal morts.

Un documentaire pour raconter la rue

Philippe Bérubé fait partie de la centaine d’itinérants qui ont été approchés pour le documentaire Project Cold Days. Le réalisateur, Stephen Coleman, traversait lui-même un moment difficile lorsqu’il a commencé à faire du bénévolat aux Bergers de l’espoir.

L’Ottavien, qui n’avait aucune expérience derrière la caméra, a alors été inspiré par l’histoire des gens qu’il rencontrait. Il a décidé d’en faire un documentaire et a suivi des itinérants pendant presque cinq ans.

L’objectif du film est de donner un visage humain aux personnes sans abri. On voulait raconter leur histoire, explique le producteur associé, Sterlin Fernando.

Project Cold Days était projeté samedi à 18 h au café Bridgehead du 130, rue Anderson, en présence du réalisateur.

On voulait voir pourquoi la personne est sur la rue, on voulait être là pour parler avec eux.

Sterlin Fernando, producteur associé de Project Cold Days

Quelques préprojections du documentaire ont déjà été présentées à Ottawa, notamment au refuge des Bergers de l’espoir. La petite équipe de production espère maintenant obtenir du financement pour permettre une distribution à plus grande échelle.

Les personnes qui voient le film comprennent un peu plus pourquoi des personnes se retrouvent dans la rue, croit Sterlin. Je parle avec des personnes qui disent que maintenant, elles s’arrêtent [dans la rue] pour parler avec des personnes sans abri et connaître leur histoire.

Sterlin Fernando en entrevue avec la journaliste Yasmine Mehdi.

Le producteur Sterlin Fernando espère pouvoir diffuser le film Project Cold Days à grand échelle.

Photo : Radio-Canada / André Dalencour

Dans ma vie [le film] ne fait pas de différence, juge pour sa part Phil. Dans la vie des autres, c’était différent. [Des spectateurs] venaient me voir, il y en avait qui braillaient. Moi, je ne comprenais pas.

L’Ottavien dit tout de même espérer que Project Cold Days permette à ses concitoyens de réaliser que le monde sur la rue, c’est du monde quand même.

Ottawa-Gatineau

Pauvreté