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Se soigner grâce aux dons

Un médecin en blouse porte une tirelire en forme de cochon rose.

Ils sont nombreux à faire appel à la solidarité de leurs concitoyens pour se payer des soins que la Régie de l'assurance maladie du Québec ne rembourse pas.

Photo : getty images/istockphoto / simarik

Radio-Canada

Pour se payer des soins dentaires, financer sa fécondation in vitro ou s'offrir un traitement contre le cancer en Californie, des Québécois font appel à la générosité des gens en recourant à des campagnes de financement participatif. Certains experts estiment que le ministère de la Santé et des Services sociaux devrait se pencher sur cette situation et revoir sa politique de remboursement des soins.

Un texte de Delphine Jung

Sarah Molaison-Gagné et Éric Godbout tentent d’avoir un enfant depuis plusieurs années, sans succès. Ils ont finalement décidé d’avoir recours à la fécondation in vitro, mais le problème, c’est que depuis 2015, Québec ne rembourse plus ces traitements.

« Ça coûte environ 10 000 $ », explique la résidente de Matane. Même si le couple aura droit à quelques crédits d’impôt, il devra tout de même avancer un important montant d’argent.

Un homme et une femme sont enlacés et regardent devant. Ils sont dans un jardin. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Éric Godbout et Sarah Molaison-Gagné

Photo : Sarah Molaison-Gagné

Cet été, Mme Molaison-Gagné a donc lancé une campagne de sociofinancement afin de récolter 5000 $. Pour l’heure, le couple a amassé 3500 $, de quoi lui donner un bon coup de pouce financier.

Des dons pour des soins non reconnus ou non remboursés

L’une des raisons qui poussent les gens à faire appel aux dons est d’avoir « accès à des soins non remboursés par la RAMQ, comme les soins dentaires qui ne sont couverts que pour les jeunes enfants et les bénéficiaires de l’aide sociale, les lunettes ou encore la fécondation in vitro », explique Damien Contandriopoulos, professeur à l’école de sciences infirmières de l’Université de Victoria, en Colombie-Britannique.

Une autre raison est pour se payer « des soins non reconnus et possiblement non nécessaires, qui sont parfois prodigués par des charlatans », déplore-t-il.

Damien Contandriopoulos, codirecteur de l'analyse des impacts de la rémunération des médecins sur leur pratique et la performance du système de santé au Québec.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Damien Contandriopoulos, codirecteur de l'analyse des impacts de la rémunération des médecins sur leur pratique et la performance du système de santé au Québec

Photo : Radio-Canada

Lorsqu’on demande au ministère de la Santé comment il décide entre ce qui est remboursé et ce qui ne l’est pas, Marie-Claude Lacasse, chargée des relations avec les médias à ce ministère, répond qu’il « offre des traitements ayant été reconnus comme efficaces par les experts, basés sur des résultats scientifiques ».

Pour soutenir sa prise de décisions sur les traitements qui sont offerts dans le panier de services du Québec, le ministère s'appuie sur l'avis des experts de l'Institut national d'excellence en santé et services sociaux.

Marie-Claude Lacasse, chargée des relations avec les médias au ministère de la Santé du Québec

Le ministère ajoute qu'il se fonde « sur des données scientifiques, telles [que] la valeur thérapeutique, la justesse du prix et le rapport entre le coût et l'efficacité, et non sur un principe commercial d'offre par rapport à la demande » pour prendre ces décisions.

La santé, l'un des thèmes les plus importants

Ils sont toutefois nombreux, comme Sarah Molaison-Gagné et Éric Godbout, à faire appel à la solidarité de leurs concitoyens pour se payer des soins que la RAMQ ne rembourse pas.

Jade Bourdages est directrice générale chez ODE Technologies, l’entreprise propriétaire de la plateforme Yoyomolo.com. Elle remarque une augmentation du nombre de ces demandes depuis quelques années.

Un autre site de sociofinancement, Onedollargift.com, en dénombre aussi énormément.

Au 22 septembre, dans ses 10 premières pages – réservées au Canada francophone – 62 des 160 campagnes du site concernaient des soins médicaux.

« Dès qu'une campagne pour les soins de santé d'un particulier est médiatisée et amasse un grand montant, il y a toujours un boom de nouvelles campagnes. L'accès aux soins de santé est le sujet qui a le plus grand effet domino. Il semble que ce soit malheureusement une réalité de plusieurs Québécois », explique la directrice d’ODE Technologies.

Jade Bourdages soutient que les sujets récurrents sont la fécondation in vitro, les traitements pour le cancer ou encore les soins dentaires. En un an, ces campagnes ont généré 46 000 $ de dons.

D’après M. Contandriopoulos, la recrudescence des appels aux dons pour des soins de santé peut révéler les limites du système.

Certaines personnes doivent souvent choisir entre être privées de tels soins ou faire de grosses économies pour se les offrir.

Damien Contandriopoulos, professeur à l’école de sciences infirmières de l’Université de Victoria

« Des parents sont prêts à tout essayer. Le ministère de la Santé devrait peut-être se demander ce que l’on peut faire pour ceux à qui on n’offre aucune solution. Ce n’est pas étonnant que ces personnes tentent de trouver des solutions en cherchant sur Internet », ajoute-t-il.

Des coûts indirects à supporter

Outre les soins eux-mêmes, les frais qu’entraîne une maladie font l'objet d'une demande d’aide auprès de la population de la part des internautes.

Une famille de Saguenay, dont le fils souffre d’un cancer lymphatique, explique vouloir récolter 5000 $. « [Les] traitements sont uniquement disponibles au CHU à Québec et ils dureront plusieurs mois. Ça implique une absence au travail de ses parents, beaucoup de frais liés aux déplacements, à l'hébergement et aux repas », peut-on lire sur un site de sociofinancement.

Cette réalité n’est pas nouvelle et a toujours représenté un défi, assure Damien Contandriopoulos. « Tout le monde ne peut pas se payer un hôtel proche de l’hôpital pour rester au chevet de son enfant malade. Malheureusement, il n’y a aucun système au monde qui tient compte de cela, d’autant plus que, généralement, ces situations concernent une proportion infinitésimale de la population », ajoute-t-il.

Une réflexion à entamer

M. Contandriopoulos prône un travail de réflexion sur les choix que fait le ministère lorsqu’il détermine ce qui doit être couvert ou non. « Ce ne sont pas des questions faciles, surtout pour un système qui n’a pas évolué depuis les 40 dernières années », dit-il.

Paul Brunet, président du Conseil pour la protection des malades.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Il est urgent de ventiler, à tout le moins, les chambres où résident les personnes vulnérables dans le réseau public, argue Paul Brunet, président du Conseil pour la protection des malades.

Photo : Radio-Canada

Paul Brunet, président du Conseil de la protection des malades, estime de son côté que la démarche entamée par ces citoyens est « légitime » et se demande pourquoi le ministère ne s'interroge pas sur ce phénomène.

L'accès véritable à un médecin pour des maux mineurs ou même à un spécialiste est encore un défi. Imaginons le défi d’autant plus grand que cela représente pour ceux qui ont des maladies rares ou qui ont besoin de traitements particuliers. Ce qui est inquiétant, c'est que le système ne parvient pas à traiter ces gens.

Paul Brunet, président du Conseil pour la protection des malades

Interrogé par Radio-Canada sur une éventuelle étude menée sur ce phénomène de financement participatif, le ministère répond qu’il « n'a pas effectué d'étude sur les campagnes de sociofinancement pour financement de soins ».

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