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Lise Payette sur le plateau de <i>Tout le monde en parle </i> en 2016

Lise Payette sur le plateau de Tout le monde en parle en 2016

Photo : Radio-Canada/Karine Dufour

Franco Nuovo

CHRONIQUE – Je ne vous apprends rien en vous disant que, dans une autre vie j'étais chroniqueur, et que pendant cette période, assez longue tout de même, j'ai bien dû écrire certainement plus d'un millier de textes d'opinion. Je n'en regrette aucun. Ou plutôt si. Je déplore d'avoir écrit deux de ces papiers. Le premier sur Yvon Deschamps parce que j'étais complètement dans le champ. Je vous raconterai peut-être un jour. Et l'autre sur Lise Payette.

Oui, Lise Payette, de qui l’on apprenait la mort hier matin. Je ne cherche pas la rémission puisque je m’en suis déjà confessé à maintes reprises, dont une fois publiquement, il y a quelques années, à Tout le monde en parle.

C’était au milieu des années 1990. Mme Payette animait avec ses deux filles une émission du matin baptisée Un air de famille. Ce qui était somme toute une bonne idée de départ, puisqu’on misait sur la « bigénération », n’a toutefois pas tenu la route. Les résultats à l’antenne étaient boiteux, voire désastreux. On connaissait déjà les chevaux de bataille de Mme Payette, mais à trop vouloir taper sur le clou du féminisme, par exemple, sujet qui revenait plus que régulièrement, et à trois en plus, les animatrices ont fini par irriter les auditeurs plus qu’à les gagner à leur cause.

J’en avais fait une critique cruelle, m’attaquant injustement à Lise Payette. Je dis injustement parce que, dans ce papier où je ne montrais que les crocs, j’évacuais le travail de cette femme au lourd bagage. Je m’en suis voulu d’avoir omis de rappeler ce qu’elle avait déjà accompli médiatiquement, socialement, politiquement et culturellement. Parce que tous ont droit à l’erreur, ce qu’était sûrement Un air de famille. Or, un égarement n’enlève rien à la valeur et aux qualités d’une personne. Les années qui passent aident à comprendre bien des choses.

Malaise

Toutefois, hier, surtout hier matin, à entendre la planète entière louanger Mme Payette, cette même Lise Payette qu’on a allègrement lapidée récemment, j’ai ressenti un malaise. Parce que très rares sont ceux qui ont fait référence aux controverses qui ont pavé les dernières années de sa vie. Personne n’a pris sa défense.

Pourtant, ces polémiques, ces débats, cette liberté de parole, c’était elle; la même femme, la même authenticité, le même courage, la même imprudente bravoure avec laquelle elle défendait idées et ses amis.

On a bien sûr souligné l’affaire des Yvettes, mais c’était il y a bien longtemps. Or, ses positions sur ce qu’on peut aussi appeler « l’affaire Jutra » ou encore « l’affaire Léa Clermont-Dion », ou encore son renvoi inélégant du journal Le Devoir, ça, on ne l’a pas évoqué, à l’exception peut-être de quelques-uns qui ont effleuré ces sujets.

On peut ou non être d’accord avec les propos de Lise Payette. Reste que cette femme obstinée, intègre et fidèle a défendu son ami mort, accusé de pédophilie, parce qu’elle ne croyait pas à l’histoire que l’on racontait et qu’elle a voulu écrire sur son ami de toujours, celui qu’elle avait connu et pour qui elle gardait une amitié précieuse.

Franco Nuovo

Interrogée par la journaliste Nathalie Collard dans La Presse en septembre 2016, elle avait affirmé que « faire le procès de quelqu’un qui est mort il y a 30 ans [était] odieux ». « Pour moi, c'est insupportable. Il n'est pas là pour se défendre et il n'y a personne pour prendre sa défense. »

Qu’on soit d’accord ou non, pouvait-on alors reprocher à cet être authentique et fidèle de porter le glaive pour son ami?

Claude Jutra à Québec, en 1984.

Claude Jutra à Québec, en 1984.

Photo : La Presse canadienne / Jacques Nadeau

Dans l’affaire Léa Clermont-Dion, qui a porté plainte pour agression sexuelle, on a accusé Lise Payette d’avoir conseillé à la jeune femme de ne pas dénoncer son agresseur. C’est vrai, Mme Payette a reconnu avoir tenté de dissuader Mme Clermont-Dion, mais elle a affirmé aussi – et ça on l’a occulté – que c’était pour protéger la jeune femme, que c’était il y a quelques années, que Léa Clermont-Dion était jeune et qu’elle souhaitait la faire réfléchir sur les conséquences de son geste… « Tu vas te retrouver seule, lui avait-elle dit. » Il n’y avait pas de vague #MoiAussi à l’époque. « C’était un conseil d’une mère à sa fille. »

Qu’on soit d’accord ou non avec elle, une fois encore, pouvait-on vraiment reprocher à cette féministe parmi les féministes, à cette femme authentique et déterminée, de dire tout haut ce que les gens ne voulaient plus entendre en 2017?

Reconnaître un être libre

Dans le fond, on ne peut reprocher à tous ceux qui l’ont connue de n’évoquer que les belles choses, ses réalisations, sa loi sur l’assurance automobile, ses téléromans, Jean-Paul Belleau… Non, ce que je déplore, c’est que Lise Payette, au cours des derniers temps, était la preuve de notre incapacité à reconnaître un être libre, prêt à se battre pour ses idées, à rester authentique, à se tenir debout, à lutter pour, femme de conviction, défendre ses convictions, et même « à mourir pour des idées, mais de mort lente » comme le chantait Brassens; une libre penseuse au milieu du bataillon de la pensée unique et correcte.

Maintenant, on ne peut avoir un parcours qui s’étend sur des décennies comme celui de Lise Payette sans être blessé en cours de route. Or, malgré les obstacles, les critiques, les exécutions publiques, elle n’a jamais reculé.

Pierre Bourgault avait l’habitude de me dire : « Mon petit gars, quand tu montes au front pour des idées, te croyant arrivé au but, tu te retournes et tu réalises qu’il ne reste que toi, que tu es seul… »

Des modèles comme Lise Payette, il n’en reste plus, ou en tout cas plus beaucoup!

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