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Pénurie d'anesthésiologistes à Maniwaki : jusqu'à 1500 $ par jour en primes

Pour éviter un bris de service en anesthésiologie à l’Hôpital de Maniwaki, les médecins spécialistes qui viennent y remplacer touchent des primes qui grimpent jusqu’à 1500$ par jour.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Pour éviter une interruption des services en anesthésiologie à l'Hôpital de Maniwaki, les médecins spécialistes qui viennent y faire du remplacement touchent des primes qui grimpent jusqu'à 1500 $ par jour. Un non-sens, estime la préfète de la MRC de la Vallée-de-la-Gatineau, qui croit que les anesthésiologistes n'ont pas d'incitatif à s'établir dans la région de façon permanente.

Un texte de Laurie Trudel

À Maniwaki, un criant manque d’anesthésiologistes menace le département de chirurgie de fermeture temporaire pendant deux semaines en septembre, ce qui provoquerait le détournement d’ambulances vers les hôpitaux de Hull ou de Mont-Laurier.

Le nouveau Plan provincial de remplacement en anesthésiologie-réanimation, une entente conclue en mars dernier entre la Fédération des médecins spécialistes du Québec et le premier ministre Philippe Couillard, vise à éviter de telles ruptures de services en offrant notamment de généreuses primes visant à attirer de la main-d’œuvre en région. C’est ce qu'ils ont notamment dû offrir lors du long week-end de la fête du Travail.

Remplacer ou rester?

Les primes versées par la Régie de l'assurance maladie du Québec (RAMQ) ne font cependant pas l’affaire de tous.

Madame Lamarche répond aux questions de la journaliste.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Chantal Lamarche, préfète de la MRC Vallée-de-la-Gatineau,

Photo : Radio-Canada / Laurie Trudel

La préfète de la MRC Vallée-de-la-Gatineau, Chantal Lamarche, estime que ces primes n'incitent pas un anesthésiologiste à déménager à Maniwaki, puisqu’il est plus lucratif d’y effectuer des remplacements que d’y demeurer.

Je suis complètement en désaccord, parce que quand on fait ça, on avantage l'anesthésiologiste et non la population [...] et ils ne s'installent pas dans notre région.

Chantal Lamarche, préfète de la MRC Vallée-de-la-Gatineau

Actuellement, un seul anesthésiologiste est en poste durant la journée à l’Hôpital de Maniwaki. Deux personnes seraient plutôt nécessaires au bon fonctionnement de la salle d’opération.

Le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de l’Outaouais veut donc embaucher des médecins spécialistes le plus rapidement possible, d’autant plus qu’un des anesthésiologistes en poste doit prendre sa retraite en décembre prochain.

Selon la Société canadienne des anesthésiologistes, le salaire annuel moyen d'un anesthésiologiste d'expérience peut atteindre 230 000 $. L’Association des anesthésiologistes du Québec évalue le salaire moyen de ses membres à environ 400 000 $, primes comprises.

10 500 $ pour déménager

Les médecins spécialistes qui choisissent de s’établir de façon permanente à Maniwaki peuvent bénéficier d’une prime d’installation de 10 500 $.

Le CISSS de l’Outaouais est en recrutement intensif à l'étranger et en pourparlers avec deux médecins, un Français et un Belge, mais le processus d’immigration, de stage et d’installation pourrait durer de 12 à 18 mois.

Les autorités de santé de la région tentent aussi de convaincre des anesthésiologistes d’ailleurs au Québec de déménager à Maniwaki.

L'anesthésiologie est une spécialité médicale qui comprend l'évaluation du patient et la prestation de services d'assistance cardio-respiratoire et d'analgésie au cours des interventions chirurgicales et des accouchements, l'évaluation et le traitement des patients en phase critique et l'évaluation, de même que le traitement de la douleur aiguë et chronique.

Selon Mme Lamarche, la prime d’installation de 10 500 $ est raisonnable pour encourager les anesthésiologistes à s’établir à Maniwaki, mais la prime à plus de 1000 $ par jour pour les remplaçants, elle, ne l’est pas.

Je veux qu'il y ait une prime [...] pour qu'ils viennent s'installer à Maniwaki. Si, financièrement, ils peuvent le faire, on veut des anesthésiologistes à temps plein. On en veut deux. Si on n'a pas d'anesthésiologistes, on va perdre nos chirurgiens. Plus de chirurgiens, plus d'urgence, plus d'hôpital.

Chantal Lamarche, préfète de la MRC de la Vallée-de-la-Gatineau
Nicolas Gillot répond aux questions de la journaliste.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Dr Nicolas Gillot, reconnaît que le recrutement d’anesthésiologistes est difficile, surtout en région éloignée.

Photo : Radio-Canada / Laurie Trudel

Le directeur adjoint aux services professionnels du CISSS de l’Outaouais, le Dr Nicolas Gillot, reconnaît que le recrutement d’anesthésiologistes est difficile, surtout en région éloignée. La pratique est beaucoup plus diversifiée et complexe dans les petits hôpitaux, comparativement aux grands centres, selon lui.

Dans un milieu plus éloigné, ils ont besoin de connaître différentes techniques, donc certains médecins se sentent un petit peu plus mal à l'aise à cause de ça et ça peut être un frein au recrutement, soutient le Dr Gillot.

Le jumelage avec un grand centre, une solution?

L’entente conclue entre le gouvernement Couillard et la Fédération des médecins spécialistes prévoit plusieurs plans de remplacement. L’Outaouais a accès à la garde en disponibilité, mais pas encore au jumelage.

Il s’agit d’un processus de parrainage par un grand centre, déjà en vigueur dans 12 petits hôpitaux de la province. De généreuses primes allant également jusqu’à plus de 1000 $ par jour sont aussi rattachées à cette formule de remplacement.

En plus de la rémunération additionnelle, d’autres primes peuvent s’ajouter, comme des primes pour éviter l’isolement de 3500 $ par semaine.

L’Association des anesthésiologistes du Québec souhaite ajouter l'Hôpital de Maniwaki à cette liste de jumelage d’ici décembre 2019.

Jean-François Courval en entrevue dans le studio de Montréal. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Jean-François Courval, président de l’Association des anesthésiologistes du Québec

Photo : Radio-Canada / Laurie Trudel

Je souhaite ardemment que l'Outaouais, Maniwaki, fasse partie de ces jumelages. [...] Ce n'est pas une question de rémunération, c'est vraiment d'avoir un centre qui vous offre des services et qui offre la possibilité d'avoir du temps de répit, de meilleures conditions de travail, fait valoir Jean-François Courval, président de l’Association des anesthésiologistes du Québec.

Le CISSS de l'Outaouais confirme que des discussions sont en cours afin de procéder à un jumelage partiel. Un anesthésiologiste d’un grand centre serait ainsi dépêché, pour une période maximale de 12 semaines par année. Les primes rattachées au jumelage partiel représentent environ 75 000 $ par année.

Ottawa-Gatineau

Santé