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Comment les chefs se préparent-ils aux débats?

Françoise David, François Legault, Pauline Marois et Philippe Couillard sur plateau du débat des chefs de 2014.
Françoise David, François Legault, Pauline Marois et Philippe Couillard sur plateau du débat des chefs de 2014. Photo: La Presse canadienne / Paul Chiasson
Radio-Canada

Ce sont des incontournables, souvent des points de bascule de la campagne électorale. Les débats télévisés sont un moment charnière et une épreuve pour laquelle Philippe Couillard, Jean-François Lisée, François Legault et Manon Massé se préparent minutieusement. Incursion derrière les portes closes.

Un texte de Mathieu Gohier, de l'émission Les coulisses du pouvoir

L'enjeu est de taille durant les 120 minutes que dure le débat des chefs. L'ancienne porte-parole de Québec solidaire Françoise David, qui s'est prêtée à l'exercice en 2012 et 2014, a rapidement mesuré les effets de celui-ci.

« Tous les journalistes ont dit en 2012 : "Elle a gagné le débat". Deux jours après, le pointage montait en flèche dans ma circonscription », se souvient celle qui a été députée de Gouin, à Montréal, jusqu'en 2017.

Françoise David, le 27 mars 2014La porte-parole de Québec solidaire, Françoise David, le 27 mars 2014 Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

Pour cette épreuve, tout est planifié dans le menu détail. Conseiller dans les cabinets de Gilles Duceppe, Pauline Marois et Jean-François Lisée, Dominic Vallières en sait quelque chose.

« Au début, on s'entend [avec le diffuseur] sur quel type de lutrin, si les chefs peuvent amener des notes en studio, s'il va y avoir un public ou non, etc. », relate-t-il.

Sauf que la préparation va bien au-delà de la configuration du studio. La majorité des chefs vont suspendre leurs activités de campagne et s'isoler pendant une journée ou deux.

Je suis partie à l'extérieur de Montréal dans des chalets, dans les deux cas il y avait une équipe qui m'appuyait et c'est moi qui l'avais choisie. J'imagine que les autres chefs font ça aussi, c'est très important d'être entouré de gens qu'on choisit, qu'on aime, avec qui on est en confiance et qui nous connaissent bien, nos forces et nos faiblesses.

François David, ancienne co-porte-parole de Québec solidaire

Loin des caméras, certains chefs vont jusqu'à simuler les échanges. Pour eux, l'objectif est surtout de maîtriser le déroulement du débat, raconte Dominic Vallières.

« C'est de faire des débats, d'avoir des conseillers, donc des gens qui sont proches de la campagne, qui vont personnifier des adversaires politiques. Ce n’est pas tant pour pratiquer les petits punchs ou les petites lignes incisives, mais c'est beaucoup pour que le candidat ou la candidate sache comment ça va se passer quand il va être en studio », explique-t-il.

Philippe Couillard prépare le débat des chefs de 2014 avec ses conseillers. Philippe Couillard prépare le débat des chefs de 2014 avec ses conseillers. Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

L'art de la réplique

Les débatteurs vont parfois se préparer quelques angles d'attaques, des expressions, mais pour qu'elles soient réussies, il faut laisser place à la spontanéité, rappelle Mme David.

« C'est à la personne qui est dans le débat de choisir ce qu'elle veut dire et quand et comment elle veut le dire. »

Dominic Vallières renchérit, l'entourage du chef ne cherche pas à tout prix la « ligne » pour faire mal à l'adversaire.

« On ne s'est pas assis avec un cahier en se disant : « Ah! Il faudrait avoir une attaque envers tel ou tel candidat ». C'est organique, ça se bâtit durant la campagne », souligne l'ancien conseiller péquiste.

L'ancien conseiller au Parti québécois Dominic VallièresL'ancien conseiller au Parti québécois Dominic Vallières Photo : Radio-Canada

De toute façon, les formules toutes faites peuvent se retourner contre ceux qui les utilisent, croit Bernard Motulsky, titulaire de la Chaire de recherche de relations publiques et communication de l'UQAM.

« Si vous répétez sans arrêt le slogan que vous avez choisi, votre signature, si vous avez la même phrase clé qui revient, c'est sûr que ça va nous énerver. Comme quand on voit des messages publicitaires qui passent cinq fois de suite », analyse-t-il.

Pas à l'abri des surprises

Santé, éducation, économie, chaque dossier est révisé en profondeur par les chefs avant le débat. Mais une attaque imprévue peut toujours surprendre.

« Jean Charest avait déstabilisé Bernard Landry en brandissant une déclaration qu'aurait faite Jacques Parizeau. M. Landry a eu du mal à répondre de façon précise », rappelle Bernard Motulsky.

Bernard Landry et Jean Charest lors du débat des chefs de 2003. Bernard Landry et Jean Charest lors du débat des chefs de 2003. Photo : La Presse canadienne / PAUL CHIASSON

Parce que si le débat est une occasion en or pour s'adresser directement aux électeurs, il n'en demeure pas moins une dure épreuve pour les chefs.

La première expérience de Françoise David l'avait passablement rendue nerveuse.

« J'étais beaucoup moins stressée en 2014. Parce qu'en 2012, honnêtement, j'étais assez terrorisée, c'était super stressant. En 2014, j'étais plus calme, plus sereine. »

Celui qui a côtoyé plusieurs chefs rappelle que les débats sont extrêmement exigeants.

C'est dur, ils sont debout pendant 120 minutes, sans aucune pause, avec un niveau de tension incroyable.

Dominic Vallières, ex-conseiller dans les cabinets de Gilles Duceppe, Pauline Marois et Jean-François Lisée

Pour de nombreux électeurs, le débat des chefs est souvent le moyen d'évaluer la qualité des candidats, croit Bernard Motulsky.

« On regarde comment ils se comportent en situation longue, est-ce qu'il gardent leur calme, est-ce qu'ils restent sereins, est-ce que ce sont des gens en qui on peut avoir confiance pour faire face à des situations critiques? »

Un impact sur le reste de la campagne

L'issue d'une campagne électorale peut se jouer devant les caméras durant ces deux heures. Pas surprenant, alors qu'une bonne performance donne un second souffle à une campagne et qu'à l'inverse, un débat moins inspiré plombe une élection.

« Le premier effet, c'est le sourire du chef. Un chef qui a eu un bon débat, vous remarquerez qu'au lendemain, le sourire est plus facile, le chef va continuer de faire beaucoup d'activités », indique Dominic Vallières.

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