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Le Québec toujours aux prises avec des problèmes d'alphabétisation

Une jeune femme vue de dos lit un livre dans un café.
Selon la Fondation pour l'alphabétisation, 1 Québécois sur 5 aurait des difficultés majeures en lecture. Photo: iStock

Depuis le début de la campagne électorale, la question de l'éducation est sur les lèvres de tous les chefs des principaux partis. Au-delà de l'état des écoles publiques et du surmenage des professeurs, quel est l'état de la littératie des Québécois? Portrait.

Un texte de Jean-Philippe Guilbault

En pleine campagne électorale, la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) et la Fédération des syndicats de l’enseignement ont d’ailleurs apostrophé les partis politiques, les invitant à en faire plus pour l’éducation des adultes.

« Dans un contexte où plusieurs emplois exigeant notamment un bon niveau de littératie sont, et seront, à pourvoir dans les prochaines années, on ne peut pas se permettre, comme société, de laisser de côté des dizaines de milliers de personnes analphabètes », indiquait vendredi par voie de communiqué Line Camerlain, vice-présidente de la CSQ.

Or, les résultats de l’Évaluation des compétences chez les adultes, publiés en 2013 par l’OCDE, avaient déjà sonné l’alarme dans la province.

Selon ce rapport, près de la moitié de la population du Québec est « analphabète fonctionnelle », soit incapable de lire, mais pouvant quand même bien se débrouiller dans la société.

Pour sa part, l’OCDE classe les populations selon six niveaux de compétence.

Ainsi, sous le niveau 1, une personne « n’a pas besoin de comprendre la structure des phrases ou des paragraphes » et ne comprend qu’un « vocabulaire de base ».

Au niveau 5, le participant doit notamment « rechercher des informations dans plusieurs textes denses et les intégrer, synthétiser des idées ou des points de vue semblables ou contraires, ou évaluer des arguments fondés sur des faits concrets. »

« Si on additionne les pourcentages de population aux niveaux 1 et 2, ça nous donne 49 % de la population [du Québec] qui est quand même aux niveaux inférieurs au niveau 3 qui, lui, est considéré dans plusieurs pays comme un seuil minimum à maintenir », explique Chantal Ouellet, professeure titulaire au Département d’éducation et de formation spécialisée de l’Université du Québec à Montréal.

C’est d’ailleurs au niveau 3 que les textes deviennent plus longs et complexes et que le lecteur doit être capable d’interpréter plusieurs informations à la fois.

Piètre performance du Québec

En prenant en compte ceux en dessous du niveau 1, le Québec compte 53,2 % de sa population âgée entre 16 et 65 ans qui aurait de graves problèmes de littératie.

La province serait ainsi 9e au pays, loin derrière le Yukon (44,4 %), l’Alberta (44,9 %) et l’Île-du-Prince-Édouard (45,3 %).

Si elle précise qu’il ne s’agit pas « d’analphabétisme complet », Mme Ouellet assure que les personnes classées aux niveaux 1 et 2 ont des compétences insuffisantes « compte tenu des exigences qu’on a maintenant pour être capables de lire des documents sur Internet ou de se faire une idée rapidement à partir de plusieurs sources d’information qui peuvent contenir des phrases complexes ».

Du côté de la Fondation pour l’alphabétisation, on assure qu’une personne sur cinq au Québec « éprouve des difficultés majeures en lecture », selon le vice-président de son conseil d’administration, Matthieu Le Blanc.

C’est sûr qu’on a des programmes d’éducation, on a l’école qui est là, mais ce n’est pas tout. C’est un problème de société.

Matthieu Le Blanc

Or, le vice-président souligne qu’il est un peu futile de vouloir comparer les différentes provinces.

« Pour la Fondation, c’est un peu de comparer des pommes avec des bananes, parce que le reste des provinces ne parlent pas la même langue », résume-t-il.

Contexte économique

Pour la professeure, le contexte économique instable et la mobilité de la main-d’oeuvre sont d’autres raisons de s’inquiéter de ces niveaux de littératie bas.

« Là où ça devient problématique, c’est pour une personne qui travaille dans le milieu manufacturier et qui perd son emploi, il doit se recycler pour se retrouver dans d’autres types d’emploi qui nécessitent de lire », explique Mme Ouellet. « Ou ne serait-ce que de se former, cette personne aura beaucoup de difficulté. »

Dans son enquête, l’OCDE accordait également beaucoup d’importance au contexte des nouvelles technologies sur lesquelles se produit principalement du contenu écrit.

« La capacité à gérer les informations et à résoudre des problèmes en utilisant un ordinateur devient une nécessité à l’heure où les applications TIC [technologies d’information et de communication] deviennent omniprésentes au travail, à l’école, à la maison, et dans les interactions sociales de façon plus générale », souligne d’emblée le rapport.

Des efforts attendus

Pour Chantal Ouellet, l’enjeu, très populaire dans les années 1990, a un peu sombré dans l’oubli au tournant des années 2000.

Du côté de la Fondation pour l’alphabétisation, on assure maintenir les programmes auprès de plusieurs franges de la population : jeunes, adultes, femmes, personnes autochtones.

« On a des programmes dans chacune des communautés, dans chacun des arrondissements en ville. Il y a une implication, il y a une volonté », assure Matthieu Le Blanc.

Pendant ce temps, il reste quelques semaines aux partis politiques pour faire écho aux demandes faites par les syndicats avant la fin de la campagne électorale.

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