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Une espèce de requin reclassée omnivore

On voit de haut, en gros plan, un requin-marteau tiburo nager dans l'eau sur le dos. Une femme nage à ses côtés et le manipule à l'aide de gants.
Un requin-marteau tiburo Photo: Associated Press / Yannis P. Papstamatiou/University of California Irvine

Les requins sont considérés comme les prédateurs les plus redoutables de la planète. Toutefois, des chercheurs ont remarqué qu'au moins une espèce avait tendance à troquer les repas de poissons pour... une salade!

Un texte de Renaud Manuguerra-Gagné

Les attributs de chasseur exceptionnel du requin sont imprégnés dans l’imaginaire collectif. Mais, on le sait, dans toute famille, on retrouve un cousin « particulier » qui se démarque des autres. Chez les requins, ce parent éloigné pourrait bien être le requin-marteau tiburo (Sphyrna tiburo), le premier omnivore dans cette famille de redoutables prédateurs.

Proche cousin du véritable requin-marteau (Sphyrna mokarran), le tiburo serait l’un des requins les plus communs au monde. Jusqu’à 5 millions d’individus peuvent se trouver le long des côtes américaines, autant dans l’océan Pacifique que dans l’Atlantique, allant du sud du Brésil jusqu’au nord des États-Unis.

Depuis sa découverte, l’espèce, dont la taille varie entre 80 cm et 1,5 m, était considérée comme carnivore. Après tout, ce requin avait été observé plusieurs fois en train de se nourrir de petits poissons et de divers crustacés.

Toutefois, un comportement étrange a piqué la curiosité des chercheurs de l’Université de la Californie et de l’Université internationale de la Floride.

Certaines personnes ont rapporté avoir observé le requin en train de consommer de copieuses quantités de plantes faisant partie d’herbiers marins, des plantes à fleurs poussant dans les mers littorales et qui ne sont pas de la même famille que les algues.

Initialement, les chercheurs croyaient que ces requins mangeaient ces plantes accidentellement alors qu’ils tentaient d’attraper des proies qui s’y cachaient, et n’en tiraient aucune valeur nutritive.

Des scientifiques américains ont toutefois voulu vérifier (Nouvelle fenêtre) comment réagissait le système digestif de ces animaux à la présence de cet accompagnement de légumes et si cette consommation était vraiment accidentelle.

Repas végétariens, cinq soirs sur sept

Pour vérifier si les requins pouvaient tirer leur subsistance des plantes, les chercheurs sont allés récupérer de grandes quantités de plantes issues d’herbiers marins. Après les avoir transplantés en laboratoire, ils ont exposé ces végétaux à du bicarbonate de soude, afin de leur donner une signature isotopique distinctive facilement reconnaissable lors de tests en laboratoire.

L’équipe est ensuite retournée capturer cinq spécimens de requins-marteaux tiburo, qu’elle a nourris pendant trois semaines avec des bouchées composées à 90 % d’herbe et 10 % de calmar.

Cette vidéo de laboratoire diffusée par la revue Science montre un requin-marteau tiburo en train d'attraper un repas composé majoritairement d'algues.

À la fin de cette période, les chercheurs ont analysé le système digestif et les matières fécales des animaux. Ils ont alors constaté que les requins avaient extrait plus de 50 % des éléments nutritifs présents dans les plantes, soit une proportion presque deux fois plus grande que chez le panda, un autre animal ayant des attributs de carnivore, mais se nourrissant exclusivement de plantes.

Ces requins ne possèdent pas, non plus, les dents nécessaires pour broyer ce type de végétation. Pour pallier ce manque, leur système digestif est équipé d’enzymes digestives capables de dégrader les cellules végétales, leur permettant ainsi d’assimiler les éléments nutritifs qui s’y trouvent.

Des traces des isotopes présents dans le bicarbonate de soude ajouté à l’herbe au début de l’expérience ont aussi été retrouvées dans le sang et le foie des animaux, montrant que les éléments nutritifs participent à leur métabolisme.

En tout, l’étude révèle que les végétaux constituent jusqu’à 60 % de la diète chez cette espèce. Si ces résultats étaient confirmés, cela ferait du tiburo le premier type de requin omnivore.

À l’heure actuelle, aucune autre espèce de requin ne figure sur une liste de candidats potentiels à un statut d’omnivore. Toutefois, ce ne sont pas toutes les espèces de requins qui consomment des poissons.

Par exemple, la plus grande espèce de requins, le requin-baleine, pouvant mesurer entre 4 m et 14 m et peser des dizaines de tonnes, se nourrit essentiellement de plancton et de krill. Bien que microscopiques, ces êtres vivants restent tout de même des animaux, ce qui fait que le requin-baleine ne peut être considéré comme un végétarien.

L’étude montre aussi qu’il est problématique d’assimiler le comportement d’une espèce animale à celui d’autres espèces qui lui sont proches sans vérifier directement ses habitudes.

Science