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Le réalisateur américain Michael Moore répond aux questions des journalistes sur le tapis rouge du TIFF.

Le réalisateur américain Michael Moore a répondu aux questions des journalistes avant la présentation de son documentaire Fahrenheit 11/9.

Photo : Associated Press / Arthur Mola

Radio-Canada

Une tendance semble déjà marquer le Festival international du film de Toronto (TIFF) cette année : plusieurs films, à commencer par Fahrenheit 11/9 de Michael Moore, dénoncent ou mettent en lumière les spasmes de la société américaine.

Un texte de Sébastien St-François

« S'il vous plaît, ayez confiance : des millions d'Américains travaillent pour réparer les dommages qu'il cause dans le monde entier », a lancé Michael Moore aux journalistes qui le questionnaient, jeudi soir, sur le tapis rouge.

Pas besoin de nommer le sujet : tous les journalistes présents savaient que le documentariste américain parlait de Donald Trump. Le président américain n'a pas besoin d'être physiquement présent à Toronto pour être partout. Une dizaine de films et de documentaires, au minimum, touchent directement ou indirectement à sa présidence et aux mouvements sociaux qu'elle agite.

Avant même sa présentation en première mondiale au théâtre de l'Université Ryerson, Fahrenheit 11/9 était probablement le plus attendu de ces films.

Même s’il reprend le nom du documentaire phare, primé à Cannes il y a 14 ans, le nouveau film de Moore s’attaque cette fois-ci à la présidence de Trump plutôt qu’à celle de George W. Bush.

Dans la même lignée, Divide and conquer est un autre exemple de ces films qui braquent les projecteurs sur un pan de la politique américaine peu connue du grand public : la carrière de Roger Ailes, fondateur et grand patron de Fox News, la chaîne préférée de Donald Trump. Ce grand faiseur d'images a influencé les présidences et les candidats américains de Nixon à Trump, en passant par Reagan.

Steve Bannon, pendant une longue période l'éminence grise de Donald Trump, fait lui aussi l'objet d'un documentaire présenté au TIFF. American Dharma, du réalisateur américain Errol Morris, était présenté en première mondiale à Venise ce mercredi, où il a suscité des questions pointues des journalistes lors de la projection.

Son réalisateur se défend bien de banaliser les idées de Bannon, selon les propos relayés par différents médias présents à Venise. American Dharma sera présenté pour la première fois à un public nord-américain dimanche au Bell Ligthbox, l'édifice du TIFF.

Les programmeurs n'ont évidemment pas planifié une thématique trumpienne pour la quarante-troisième année du festival. Ils visionnent des centaines de films par année, rencontrent les réalisateurs, négocient avec les producteurs pour les amener à Toronto. Mais difficile de passer sous silence le fait que tant de films touchant directement ou non à Trump se retrouvent au TIFF au même moment.

« Ça fait maintenant deux ans que Donald Trump a été élu, et c'est à peu près la période de gestation d'un très bon documentaire », explique Thom Powers, le directeur de la section documentaire, lors du brunch d'ouverture du TIFF.

« Deux ans, c'est le laps de temps nécessaire pour que les réalisateurs de documentaire réfléchissent et digèrent ce qui s'est passé », ajoute-t-il.

#BlackLivesMatter, #MeToo et autres #DossiersSociaux

D'autres cinéastes ont fait le choix de prendre le pouls de ce qui se passe présentement aux États-Unis. Prenez par exemple Monsters and Men, produit par le rappeur Drake, l'enfant chéri du grand Toronto.

Son film raconte l'histoire d'un agent de sécurité noir, père d'une jeune famille, qui filme sur son téléphone cellulaire la mort d'un homme noir qui résistait à son arrestation par les policiers. Raconté de l'intérieur, ce film espère montrer la réalité complexe des familles noires aux prises avec des événements du genre, trop nombreux à faire les manchettes au cours des dernières années. #BlackLivesMatter, vous dites? Plutôt... #quandlafictionexpliquelaréalité.

Est-ce que le TIFF est l'antidote au cynisme de Donald Trump? « D'une certaine manière, n'est-ce pas ? », répond, sourire en coin, Piers Handling, le grand manitou du TIFF.

« Le festival n'est pas ici pour être un antidote à Donald Trump ou qui que ce soit. Mais pour nous, c'est important d'avoir des voix diverses. Des voix non anglophones, pour moi, c'est très important. De voir le monde au travers des yeux de quelqu'un d'autre, c'est une grande éducation pour moi. »

Le documentaire This changes everything, produit par l'actrice Geena Davis, présente pour sa part les témoignages d'actrices qui expliquent à la caméra la réalité des femmes à Hollywood. La grande Meryl Streep y participe, de même que la Canadienne Sandra Oh et Jessica Chastain (qui n'a pas été coupée au montage cette fois...) On soupçonne des révélations à venir de ce côté-là. Le documentaire sera présenté samedi au Roy Thomson Hall.

Même Poutine est au TIFF

Et pour ceux qui veulent remonter aux sources russes du psychodrame américain, le TIFF présente le documentaire Putin's Winesses, réalisé au terme de centaines d'heures de tournage où l’équipe a eu accès au cercle intime du président russe lors de son arrivée au pouvoir.

Les images (et la musique) de la bande-annonce du film sont tellement étranges qu'on croirait voir des acteurs jouant les rôles de Poutine, Gorbachev, Boris Eltsin et Dimitri Medvedev. Le réalisateur, Vitaly Mansky, lituanien d'origine, poids lourd du documentaire en Russie, vit maintenant en exil en République tchèque.

Le TIFF, un porte-voix?

Quel est le rôle d'un énorme festival de films comme le TIFF (342 films cette année)? Est-ce que ses films peuvent agir en porte-voix des débats publics sur des sujets tels que la place des femmes dans la société, le traitement réservé à la communauté noire aux États-Unis, ou encore les origines du phénomène Trump?

Thom Powers, le grand patron de la section documentaires du TIFF, a sa petite idée là-dessus...

« Le TIFF est présenté à un moment clé : au mois de septembre, souligne-t-il. C'est l'automne que les gens commencent à réfléchir plus sérieusement, après la pause de l'été. C'est le moment où l'industrie cinématographique au grand complet réfléchit à la saison des Oscars, et au plan politique, les élections de mi-mandat auront lieu dans deux mois. Je pense qu'un film comme Farnheit 11/9 peut probablement interpeller les gens qui réfléchissent à cette élection. »

C'est en tout cas le but avoué de Michael Moore : provoquer discussion... et action.

Tout juste avant la grande première de son nouveau documentaire, un journaliste lui a lancé une dernière question.

« Vous croyez que le fascisme va faire son apparition aux États-Unis? », a-t-il demandé à la fierté de la ville de Flint, au Michigan.

« Il est déjà là! », a répondu Moore avant de s'engouffrer dans la salle de cinéma.

Qu'on soit d'accord ou non avec l'affirmation, il faut bien l'admettre : les programmeurs du TIFF, à dessein ou non, pourraient très bien être à l'origine de quelques débats au sud de la frontière au cours des prochaines semaines.

Toronto

Cinéma