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Donald Trump marche sur un terrain gazonné.

De nombreux proches de Donald Trump ont affirmé publiquement ne pas avoir écrit une lettre non signée publiée par le New York Times.

Photo : Reuters / Chris Wattie

Christian Latreille

ANALYSE - La Maison-Blanche, centre du pouvoir politique aux États-Unis, vient de se transformer en terrain de chasse. Le président, Donald Trump, veut traquer celui ou celle qui est derrière une lettre non signée publiée par le New York Times.

Il est fascinant de voir les membres du Cabinet et de l’entourage du président sortir un à un pour dissiper tout doute à leur sujet. Du vice-président, Mike Pence, au secrétaire à la Défense, James Mattis, en passant par le secrétaire d’État, Mike Pompeo, tous se dissocient du « traître ». En tout, près d’une vingtaine ont jusqu’à maintenant prêté, d’une certaine façon, allégeance à Trump.

La missive explosive rédigée, selon le Times, par un membre haut placé de l’administration vient confirmer le dysfonctionnement de l’actuelle présidence et les pires craintes au sujet de la capacité de Trump de gouverner correctement le pays.

« Il n’y a aucun moyen de prévoir si ce président va changer ou ne va pas changer d’idée d’une minute à l’autre, affirme la source secrète. Plusieurs dans son entourage tentent de déjouer son agenda et ses pires instincts. »

L’auteur de la lettre a voulu rassurer les Américains en leur disant que des « adultes » se trouvent dans la Maison-Blanche, « savent » ce qui se passe et tentent de faire les choses « correctement ».

L’idée qu’une administration parallèle soit à l’oeuvre au sein même du pouvoir exécutif américain dépasse l’entendement. Le signataire aura peut-être réussi davantage à inquiéter ses compatriotes.

Il évoque également l’idée de l’inaptitude du président Trump à gouverner. « Des membres du Cabinet auraient songé à utiliser le 25e amendement », écrit-il. Cette disposition de la Constitution américaine prévoit la mise à l’écart du président en cas d’incapacité mentale ou physique.

La lettre publiée par le New York Time précise qu’une résistance tranquille s’est installée à la Maison-Blanche pour que le pays redevienne une priorité : « Plusieurs de ceux qui ont été nommés par le président ont promis de protéger les institutions démocratiques et de contrecarrer ses impulsions mal avisées jusqu’à ce qu’il ait quitté le pouvoir. »

Que penser de cette lettre? Pourquoi l'écrire à ce moment-ci? Et quel est l’impact recherché? Le journaliste David Frum du magazine The Atlantic croit que cette sortie fracassante va compliquer la résistance de ceux qui, en coulisse, tentent d’empêcher le président de commettre des erreurs irréparables.

Aujourd’hui, tous les employés de la Maison-Blanche deviennent suspects aux yeux de Donald Trump, un président qui carbure à la loyauté. Le mot « trahison » est apparu sur le compte Twitter du chef de l’État. Ceux qui, jusqu’à maintenant, ont eu le courage de résister auront probablement le réflexe de survie de rentrer dans le rang.

L’auteur de la missive non signée souligne tout de même les bons coups de l’administration Trump, comme l’abolition de certaines réglementations, les baisses d’impôt et les investissements massifs dans le secteur militaire. Mais il note du même souffle que « la principale préoccupation, ce n’est pas ce que Trump a fait à la présidence, mais plutôt ce que nous lui avons, comme nation, permis de nous faire. Nous sommes descendus très bas avec lui ».

Cette lettre s’ajoute à de nombreux reportages sérieux illustrant l’état de chaos permanent de cette présidence. Mardi, les extraits du livre à paraître du légendaire journaliste Bob Woodward traçaient aussi le portrait d’un président « ignorant, impulsif, malhonnête et narcissique », comme l’écrit ce matin le Washington Post dans son éditorial.

Donald Trump va tout faire pour savoir qui de son équipe a bien pu oser s’en prendre à lui anonymement. Le sénateur du Tennessee Bob Corker, un républicain critique de Trump, affirme que « la question n’est pas de savoir qui a écrit cette lettre, mais plutôt qui n’aurait pas voulu l’écrire ».

Cette boutade en dit long sur l’atmosphère toxique qui règne à Washington. Le président aura beau faire la chasse au coupable, il se retrouve de plus en plus isolé, voire traqué au sein de sa propre administration.

Christian Latreille est correspondant de Radio-Canada à Washington

Donald Trump, président des États-Unis

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